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Patrimoine. le déplacement de la célèbre statue de la Ramsès, menacée notamment par la pollution, est de nouveau à l'ordre du jour. Une mission délicate qui demande une préparation minutieuse.

Les tribulations de Ramsès II

Une fois de plus, les responsables du ministère de la Culture parlent du déplacement de la statue Ramsès II de la place où elle se trouve depuis 1954 et connue aussi sous le nom de place de la gare. Un nom qui lui avait été donné lors de la construction de la gare de chemins de fer vers la fin du XIXe siècle.

Cette statue colossale avait été découverte dans la région de Mit Rahina à Guiza, fragmentée en 6 pièces, la plus grande d'entre elles pesant quelque 45 tonnes. Les pièces ont été rassemblées, restaurées puis transportées à la place de la gare à la suite de la Révolution de 1952 pour que tous les voyageurs à leur entrée dans la capitale soient en face d'un symbole de la gloire avec laquelle Nasser voulait renouer.

A cette époque, la statue de Ramsès qui fait avec son piédestal plus de 30 mètres de haut était le point culminant de cette place. Elle était donc un trait caractéristique qui attirait l'attention autant par sa grandeur que par sa beauté. Mais maintenant, le panorama du lieu a négativement changé. Quatre ponts enjambent la place, la hauteur des bâtiments rivalise avec celle de la statue elle-même, ce qui l'a beaucoup dévalorisée. En outre, le développement a eu ses effets néfastes sur la statue. Perchée au beau milieu d'une place traversée par des milliers de véhicules chaque jour générant un taux considérable de pollution, en plus des vibrations issues du métro souterrain, elle souffre effectivement de grands maux qui risquent de lui devenir fatals si elle reste à sa place plus longtemps. « Le déplacement de la statue est devenue donc une nécessité si on veut conserver en bon état une statue antique chère à tous les Egyptiens, surtout qu'elle n'a subi aucune restauration depuis un demi-siècle », explique Khaled Abdel-Hadi, directeur du département architectural au Conseil Suprême des Antiquités (CSA).


La nouvelle demeure de Ramsès

Les responsables de ce projet se sont d'abord interrogés sur le nouvel emplacement. Certains voulaient qu'elle revienne à Mit Rahina, d'autres ont dit préférer la placer dans le jardin du nouveau musée égyptien qui sera prochainement construit sur la route du Fayoum où elle pourra être mise en valeur. C'est finalement cette option qui a été retenue par le ministre de la Culture, Farouk Hosni. « La tâche n'était pas du tout facile. En fait, les responsables ont pris beaucoup de temps pour prendre la décision de déplacer la statue Ramsès. Les craintes de perdre une telle statue ont effectivement entravé plusieurs tentatives de son déplacement auparavant », explique Khaled Abdel-Hadi.

A sa découverte, la statue était privée de sa jambe droite. Pour la mettre debout, il fallait sculpter une jambe en granit (la même pierre dont est fabriquée toute la statue) et avec des dimensions appropriées. Cette partie a adhéré au socle, faisant un seul bloc. Le piédestal doit être déplacé avec la statue d'où la difficulté. Mais le point le plus difficile est celui des rivets qui lient les six parties et qui se sont rouillés sous le joug du temps et de l'humidité, ce qui rend toutes les parties dans un état instable. Tout cela a rendu cette opération très compliquée. Actuellement, on envisage de placer la statue dans une énorme boîte en béton. Elle sera ensuite déposée dans un camion gigantesque d'une longueur de 33 mètres, d'une largeur de 3,75 mètres et d'un poids de 160 tonnes.


Le parcours du combattant

Ensuite, il faudra parcourir un trajet de 40 km. Ainsi, le département architectural du CSA, en coopération avec le gouvernorat du Caire, l'Organisme des ponts et des chaussées, ont choisi le trajet le plus sûr. Le camion devra passer dans la rue Ramsès dans le sens inverse jusqu'à la place Tahrir puis se diriger vers la rue de Qasr Al-Aïni, ensuite traverser la corniche du Vieux-Caire, puis sur le pont de Mounib qui est le seul pont en Egypte construit pour supporter des poids excessivement élevés. Le camion arrivera ensuite à la région de Marioutiya dans la région des pyramides et enfin Ramsès arrive à son terminal au nouveau musée égyptien. Ce parcours s'effectuera en plusieurs jours, car la vitesse ne doit pas dépasser 20 km/heure et pendant la nuit seulement pour éviter les embouteillages que peut créer le camion qui peut bloquer complètement la circulation. Une fois remise debout dans son nouvel emplacement, la statue de Ramsès subira une restauration totale qui prendra pas moins de 6 mois. A ce moment-là, on pourra dire mission accomplie.

« Mais avant cela, nous allons simuler le tout lors d'une expérience qui fera office d'essai », assure fermement le Dr Abdel-Hadi. En fait, aucune étape de ce projet ne sera mise en place avant que l'entreprise qui l'exécute ne reproduise d'avance le scénario du transport de la statue. Il s'agira donc de fabriquer une statue des mêmes dimensions, poids et structure avec tous les détails comme par exemple les parties collées. Cette statue sera transportée exactement de la même manière et sur le même itinéraire proposé.

C'est une garantie très importante et nécessaire pour transporter une telle statue, d'autant plus que l'opération de transport sera suivie par les télévisions et les agences de presse. Ce sera la première fois dans le monde que l'on déplace une statue aussi colossale et qui a autant de valeur.

Dalia Farouk
 

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