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Iraq . Mohamad Al-Sayed Saïd, vice-directeur du Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram, estime que les Américains garderont le pouvoir sur le terrain après le 30 juin. Entretien.

« Le nouveau gouvernement aura une autorité de pure forme »

Al-Ahram Hebdo : Que représente au juste ce transfert du pouvoir à un gouvernement iraqien ?

Mohamad Al-Sayed Saïd : Théoriquement, l'autorité qui va être transférée au gouvernement iraqien le 30 juin est supposée être celle que pratique tout autre gouvernement dans le monde, comme la gestion des affaires administratives. Le gouvernement va prendre en main le ministère de l'Intérieur et celui de la Défense, qui étaient auparavant contrôlés par les Américains. Le gouvernement iraqien va aussi prendre le contrôle des revenus du pétrole. Théoriquement, il devra décider de la politique d'exportation et des prix. Mais en réalité, ce gouvernement n'aura aucune autorité sur les opérations militaires des forces de la coalition, qu'elles soient d'une nature offensive ou défensive. Par conséquent, il ne peut pas contrôler les territoires iraqiens sans l'intervention de ces forces. Alors, la situation en Iraq sera soumise à une double souveraineté, les Etats-Unis détenant le pouvoir sur le terrain, et le gouvernement ayant une autorité de pure forme. Ce ne sera pas un transfert de souveraineté, mais des fonctions de souveraineté.

— Comment concevez-vous la situation après le 30 juin ?

— Il est très difficile d'imaginer quelle va être la situation en Iraq après le 30 juin. Rien ne garantit que le transfert de la souveraineté au peuple iraqien va conduire à une amélioration de la situation sécuritaire en Iraq. Les Américains eux-mêmes n'ont pas réussi à contrôler des zones dangereuses, comme celle du centre, et notamment Fallouja, et ne sont guère présents dans les zones sunnites. Les Etats-Unis théoriquement se débarrassent du statut de puissance occupante, mais en pratique, ils le restent. Ils ont installé un gouvernement provisoire qu'on ne peut pas qualifier de légitime, puisque ce sont les forces américaines qui l'ont désigné. De plus, il ne bénéficie pas du soutien de toutes les catégories du peuple iraqien. D'ailleurs, les Américains ont brûlé leurs cartes en se comportant de manière irresponsable, comme cela s'est passé dans la prison d'Abou-Gharib. Cela représentera un fardeau pour le gouvernement. Si les Américains étaient bien intentionnés, ils auraient organisé des élections bien avant cela, au cours de la période où la sécurité était plus ou moins établie, entre juin 2003 et octobre 2003.

— Dans quelle mesure les Iraqiens sont-ils capables d'assumer le pouvoir ?

— Assumer les fonctions du pouvoir n'est pas un grand problème. L'Iraq dispose de milliers de cadres qualifiés. Mais la question est celle du manque de sécurité qu'affronte l'Etat dan plusieurs régions. Sans sécurité, aucun gouvernement ne pourra gérer l'Etat. La situation sera plus difficile du fait de la dualité du pouvoir. L'Iraq ne pourra pas devenir un Etat normal dans un proche avenir.

— Et que dire de l'islamisation de plus en plus évidente de la résistance ?

— En vérité, la résistance dans la région sunnite a un caractère religieux et communautaire, étant donné le rôle central que jouaient les sunnites au sein de l'Etat iraqien et dont ils se sentent désormais privés. Le seul moyen pour les sunnites de récupérer leur prééminence est d'installer un Etat islamique en Iraq. Cela aussi afin de distinguer la résistance de l'ancienne ligne bassiste de Saddam Hussein. La seule formule présente comme alternative à la démocratie est l'islam politique.

— Mais les chiites restent majoritaires ...

— Les chiites, à l'exception du groupe de Moqtada Al-Sadr, c'est-à-dire dans leur majorité, sont pour des élections libres avec le maintien de la présence américaine jusqu'à ce que la situation soit stable. En fait, les élections feront des chiites la pierre angulaire du système. Cette situation se reflète d'ailleurs dans la constitution du Conseil de gouvernement transitoire et dans le gouvernement actuel qui va gérer la transition à partir du 30 juin.

Propos recueillis par
Aliaa Al-Korachi

Un an de violences et de tergiversations

2003
Mai

— 1er : Six semaines après le déclenchement de l'opération « Liberté de l'Iraq », le président américain George W. Bush déclare que l'essentiel des combats est terminé, que les Etats-Unis et leurs alliés « l'ont emporté », mais que la guerre contre le terrorisme continue.

— 2 : Mise en place d'une force de stabilisation internationale, prévoyant la division de l'Iraq en trois secteurs.

— 16 : L'Américain Paul Bremer, nommé administrateur civil, interdit l'accès aux fonctions publiques aux responsables du parti Baas. Le 23, il annonce la dissolution des organes de sécurité.

— 22 : L'Onu met fin à 13 ans de sanctions contre l'Iraq.

Juillet

— 6 : Bremer accepte la création d'un « Conseil de gouvernement transitoire » doté de pouvoirs exécutifs.

— 22 : Les fils de Saddam Hussein, Oudaï et Qoussaï, sont tués à Mossoul.

Août

— 7 : 14 morts dans un attentat à la voiture piégée contre l'ambassade de Jordanie à Bagdad.

— 19 : Attentat suicide contre le siège de l'Onu à Bagdad : 22 morts, dont son représentant, Sergio Vieira de Mello.

— 29 : Attentat à la voiture piégée devant une mosquée de Najaf (sud de Bagdad) : plus de 83 morts, dont l'ayatollah Mohammad Baqer Hakim.

Septembre

— 3 : Premier gouvernement de l'après-Saddam. Après les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, la Pologne prend le commandement d'une zone d'occupation.

Octobre

— 2 : Rapport du Groupe d'inspection en Iraq (ISG) : aucune Arme de Destruction Massive (ADM) n'a été découverte.

— 16 : Résolution de l'Onu qui prévoit une force multinationale, mais préserve le contrôle quasi absolu de Washington sur l'Iraq.

— 23-24 : A Madrid, conférence des donateurs pour la reconstruction : promesses de 33 milliards de dollars.

— 27 : Attentats suicide à Bagdad contre le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) et quatre postes de police : 43 morts.

- 30: L'Onu annonce son retrait de Bagdad.

Novembre

— 12 : Attentat suicide contre une base militaire italienne à Nasseriya (sud) : 28 morts, dont 19 Italiens.

— 15 : Accord sur un calendrier de passation des pouvoirs.

— 27 : Visite de George W. Bush aux troupes américaines à Bagdad.

Décembre

— 10 : Création d'un Tribunal spécial iraqien, chargé de juger les crimes de l'ancien régime.

— 13 : Après plus de huit mois de cavale, Saddam Hussein est capturé dans son fief de Tikrit (nord de Bagdad). Il obtient le statut de prisonnier de guerre.

2004

Janvier

— 18 : Attentat suicide devant le QG américain à Bagdad : 24 morts.

— 23 : Démission du patron de l'ISG, David Kay. Ses accusations contre les services de renseignement qui auraient exagéré la présence d'ADM entraînent la création de commissions d'enquête par Washington et Londres.

Février

— 1er : Double attentat suicide contre les sièges des deux principaux partis kurdes à Erbil (nord) : plus de 100 morts.

— 10-11 : Plus de 100 morts dans deux attentats contre les forces de sécurité.

Mars

— 2 : Série d'attentats anti-chiites quasi simultanés à Bagdad et Kerbala : plus de 170 tués.

— 8 : La Constitution provisoire est signée, ouvrant la voie à un transfert des pouvoirs le 30 juin 2004.

Avril

— 4 : Début d'affrontements violents entre forces de la coalition et partisans du chef chiite radical Moqtada Sadr dans les principales villes chiites du sud et à Bagdad.

— 5 : L'armée américaine lance une opération d'envergure contre la ville rebelle sunnite de Fallouja (ouest de Bagdad).

— 8 : Début de prises d'otages de civils étrangers.

— 18 : L'Espagne, suivie par le Honduras et la République dominicaine, décide de retirer ses troupes.

— 21 : 74 morts dans cinq attentats à la voiture piégée contre la police dans le sud, jusqu'alors épargné.

— 28 : Des photos de soldats américains infligeant des sévices à des Iraqiens dans la prison d'Abou-Gharib suscitent l'indignation dans le monde.

— 30 : Un accord entre Marines et combattants iraqiens met fin à un mois de combats à Fallouja. Au moins 280 morts iraqiens et des dizaines dans les rangs américains.

Mai

— 17 : Le président du Conseil de gouvernement transitoire, Ezzedine Sélim, est tué à Bagdad dans un attentat suicide.

— 19 mai : Un premier GI est condamné dans l'affaire des sévices à un an de prison. Des Britanniques doivent également être jugés.

— 20 : Soupçonné par Washington d'avoir renseigné l'Iran, Ahmad Chalabi, allié privilégié des Etats-Unis, annonce sa rupture avec la coalition.

Juin

— 1er : Dissolution du Conseil de gouvernement transitoire et prise de fonction du nouveau cabinet du premier ministre Iyad Allaoui. Ghazi Al-Yaouar est désigné premier chef de l'Etat iraqien après Saddam Hussein.

— 8 : Adoption à l'Onu de la résolution 1 546 sur le transfert de souveraineté.

— 17 : 41 personnes sont tuées dans deux attentats contre les forces de sécurité à Bagdad et au nord de la capitale.

— 20 : Allaoui annonce qu'il prend en main les services de sécurité.

 

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