Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'invité


La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Liban . Député au Parlement libanais, Nayla Moawad est candidate aux prochaines élections présidentielles qui devraient se tenir en automne. Elle parle de son programme, des relations de son pays avec la Syrie et des réformes dans le monde arabe.
« Le monde arabe doit changer et est
à la recherche d’un moyen de changer 
»

Al-Ahram Hebdo : Quelle est la raison de votre visite en Egypte ?

Nayla Moawad : Je viens d’annoncer ma candidature à la présidence du Liban. Pour cette raison, j’ai pensé qu’il serait important de venir au Caire, une des principales capitales arabes. J’ai estimé qu’ici, je peux faire des contacts, voir la presse et confirmer ma candidature à travers celle-ci. Bien sûr j’ai voulu aussi réaffirmer les liens plus qu’étroits qu’unissent l’Egypte et le Liban et qui doivent aussi, à mon avis, lier tous les pays arabes. J’estime aussi que cette candidature à la présidence libanaise est une étape très importante, non seulement dans notre vie nationale, mais aussi dans celle de tous les Arabes. Ceci étant donné que nous sommes à la veille de grands bouleversements dans la région : la question palestinienne qui prend des tournants dramatiques et assez irréversibles, la guerre en Iraq, sans oublier la violence qui se répand à travers le monde entier. Je pense qu’aujourd’hui, le Moyen-Orient est de nouveau au centre de l’attention mondiale.

— Quel est le programme de votre candidature à l’élection présidentielle libanaise qui devrait avoir lieu en novembre prochain ?

— Personnellement, je pense, justement, que dans le cadre de ces grands bouleversements dans le monde arabe, le Liban peut reprendre son rôle d’un projet pilote de convivialité, de coexistence et de valeurs partagées entre les Libanais. Et quand je dis cela, je pense que cette idée doit se répandre à travers tout le monde arabe. Lorsque je parle de cela, je rappelle que la première renaissance arabe a démarré à partir du Liban, vers la fin du XIXe siècle. Nous autres, au Liban, avons connu toutes les guerres, cru au pouvoir de la violence comme levier de changement, nous avons vécu toutes les ségrégations, imposé et subi toutes les purifications communautaires. Nous avons fait de la religion une identité milicienne avant de rejeter toutes les valeurs dont elle était porteuse, celles de tolérance, de respect de la personne humaine et de la justice. Nous avons beaucoup souffert, mais nous avons aussi beaucoup appris. Nous avons payé cher le prix de la connaissance. Nous avons perdu 144 240 morts, 17 415 disparus et 197 506 blessés. Je pense que tout ce que je dis pour le Liban doit aussi s’appliquer pour le monde arabe. Nous devons savoir comment réhabiliter le modèle de convivialité que nous avons créé, en nous libérant des pesanteurs communautaires et des querelles politiciennes qui l’ont dénaturé pour en faire un modèle à suivre pour conjurer la violence qui se répand dans le monde. Nous devons comprendre que la relation avec l’autre ne peut pas se limiter au simple voisinage ou à la simple coexistence, car elle est nécessaire à notre épanouissement et représente un élément constitutif dans la formation de notre personnalité.

— Le Liban est gouverné depuis son indépendance par un partage du pouvoir entre les différentes communautés. religieuses. Pensez-vous que c’est le système politique idéal à un moment où votre pays ainsi que le monde entier ont subi tant de changements ?

— Une vraie démocratie doit mener à une certaine laïcité. Mais en attendant, étant donné que nous sommes sortis de cette guerre intercommunautaire dramatique, qui a eu aussi plusieurs visages, il faut voir maintenant que l’essentiel, c’est que nous voulons revenir à l’idée des valeurs démocratiques partagées. Nous somme profondément attachés à notre système démocratique, même si je pense qu’il faut en faire une meilleure pratique, et celui-ci ne peut être protégé que par l'indépendance de l’Etat de droit. Donc, ce pacte consensuel qui s’est fait entre Libanais doit pouvoir évoluer pour arriver plus tard à un système moins confessionnel et plus laïc. Malheureusement, pour l’instant, ceci n’est pas en train d’avoir lieu.

— Votre pays entretient des relations spéciales avec son grand voisin, la Syrie. Comment voyez-vous ces rapports ainsi que la présence militaire syrienne au Liban ?

— On ne peut pas discuter de l’avenir du Liban sans parler de rééquilibrage de ses relations avec la Syrie. Celles-ci sont un fait géographique et historique et elles doivent être les plus profondes possibles. Mais toutefois, nous réclamons un rééquilibrage de ces relations. Il faut les faire sortir de cette réalité de suivisme et d’hégémonie. Et en faire, au contraire, des relations où l’on puisse avoir une réconciliation historique avec la Syrie. Il faut en faire une relation stratégique basée sur un dialogue permanent, celui des pays qui se parlent au même niveau et qui puissent constituer le noyau d’une relation arabo/arabe, à l’instar de celle entretenue entre les pays de l’Union européenne. Il faut que la nouvelle relation soit faite dans le respect de la souveraineté du Liban. Donc, cette nouvelle relation libano/syrienne pourrait servir de modèle à tout le monde arabe, qui aujourd’hui se trouve confronté à une série d’échecs successifs et est dans l’obligation de faire des réformes et de se moderniser.

— Justement, comment voyez-vous le projet du Grand Moyen-Orient qui nous est suggéré depuis l’extérieur ?

— Personnellement, j’ai commencé à annoncer la nécessité d’avoir des réformes bien avant le 11 septembre et le projet du Grand Moyen-Orient. Je pense aussi que tout dirigeant arabe aujourd’hui est parfaitement conscient qu’il y a quelque chose à changer. Aujourd’hui, les régimes sécuritaires qui ont pris le pouvoir dans le monde arabe à la suite du conflit israélo-arabe se rendent compte qu’il y a eu un changement profond dans la connaissance et l’accès à l’information. Et pour cette raison, il y a quelque chose qui ne marche pas avec la situation sur le plan mondial. Donc, avec ou sans projet du Grand Moyen-Orient, il existe une conscience et un accord que cette réforme ne peut venir que de l’intérieur. Rien ne peut être imposé depuis l’extérieur. Mais il faut que les acteurs eux-mêmes se rendent compte qu’ils doivent avoir leur mot à dire dans cette globalisation. Les réactions au Grand Moyen-Orient n’ont pas de raison d’être, car le monde arabe doit se réconcilier avec lui-même, avec ses peuples et avec le monde extérieur.

— Toujours dans la logique de modernisation et de réforme, vous êtes la première femme libanaise à présenter sa candidature à la présidence de la République. Avez-vous rencontré des obstacles dans votre parcours parce que vous êtes femme ?

— Au départ, j’ai entamé ma vie politique à cause du fait que j’étais l’épouse du président martyr René Moawad, qui a donné sa vie pour le Liban, pour sa vision de ce pays et pour la possibilité qu’il avait de traduire ses pensées en actes. Par contre, mon défi à moi c’était de montrer que j’étais à la hauteur de la cause que je portais. Je pense qu’évidemment j’avais aussi le privilège et l’honneur de représenter l’image et la cause de la femme. Le fait d’avoir été la seule femme au Parlement a certainement ouvert la voie à d’autres participations féminines. J’aimerais aussi dire que pour moi, le fait d’être une femme est une valeur ajoutée. La preuve c’est que, lorsque j’ai annoncé ma candidature, qui était déjà une première au Liban, cela a fait une petite révolution. Là où j’ai été extrêmement et très agréablement surprise c’est quand j’ai remarqué l’accueil que j’ai eu d’un nombre incalculable de personnes, à l’intérieur du Liban, dans toutes les régions et appartenances ainsi qu’à l’extérieur, de tous les pays arabes. J’ai été bombardée de courriers électroniques où on me disait que le monde arabe est en quête d’une image. Que ce monde arabe doit se réconcilier avec le reste du monde. Que le fait d’avoir une femme à la tête d’un gouvernement arabe est en lui-même un signe extrêmement positif au reste du monde ; et qu’il est en lui-même un résumé de démocratie, de modernité et force de changement. Le monde arabe doit changer et est à la red’un moyen de changer.

— Le Liban abrite l’une des plus grandes communautés de réfugiés palestiniens. Plusieurs rapports se plaignent de leurs conditions de vies et des harcèlements et tracasseries dont ils font l’objet. Qu’en dites-vous ?

— Nous aimerions dire à nos frères palestiniens que nous avons définitivement tourné la page de la guerre dont nous avons tous été victimes. Nous voulons leurs dire que seul un Etat indépendant et souverain peut les aider à obtenir la reconnaissance de leurs droits nationaux. Nous voulons leur dire également que la création d’un Etat palestinien indépendant est un facteur essentiel de stabilité pour le Liban. Nous rejetons l’exploitation qui est faite de la présence des réfugiés au Liban et nous demandons l’octroi aux réfugiés palestiniens de leurs droits humanitaires. Nous estimons que l’Etat doit, en accord avec l’Autorité palestinienne, exercer sa pleine souveraineté sur les camps palestiniens. Et nous pensons que la création d’un Etat indépendant en Palestine, responsable de ses citoyens aussi bien à l’intérieur qu’au Liban ou dans les pays de la diaspora, contribuera grandement à réduire le problème des réfugiés chez nous.

— Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, a appelé à la tenue d’un sommet entre le monde arabe et l’Amérique du Sud. Un tel appel semble vous concerner le plus, puisque les Libanais ont des rapports privilégiés avec les pays d’Amérique du Sud. Comment voyez-vous le rapprochement entre ces deux groupes de pays ?

— Le Liban et la Syrie ont d’importantes communautés en Amérique du Sud et particulièrement au Brésil. On dit que dans ce pays environ 10 % de la population a une origine arabe. Pour cette raison, le rapprochement avec ces pays devient un impératif. Le fait que ces pays d’immigration aient accueilli beaucoup des nos fils, frères et sœurs fait qu’ils aient cette perception et compréhension du monde arabe. Du côté du monde arabe, on a tout à gagner à nouer des contacts avec le monde extérieur, à faire des amis, à gagner des pays à notre cause et leur appui au sein des organisations internationales. Donc, ce rapprochement est dans notre plus total intérêt.

Propos recueillis par
Randa Achmawi

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631