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Censure . Après les limites à la créativité artistiques posées par les institutions religieuses, Al Ahram Hebdo se penche cette semaine sur la question des films censurés pour des raisons idéologiques.

Black-out idéologique

De nombreux films étrangers n'ont pas été projetés en Egypte, car ils contiendraient des idéologies déformant l'image des Arabes, des Egyptiens, des musulmans ou même des pharaons. L’Organisme de la censure a toujours été à cheval sur ce point. La justification peut être pertinente. Mais la question qui se pose est de savoir à quel point la censure a le droit de priver le spectateur de voir des films qui abordent son identité nationale ou religieuse, même si l'œuvre représente une sorte d'offense. Faut-il continuer à appliquer la politique de l'autruche face à toute offense, appliquée par la censure ? « Interdire une œuvre pour la simple raison qu'elle ne correspond pas à nos critères politiques ou idéologiques est illogique », dit le critique Magdi Al-Tayeb. « Malheureusement, l'Organisme de la censure traite notre société comme étant un groupe de mineurs qu'il faut protéger et ne pas autoriser à tout voir.

Il se donne le droit de nous priver de notre libre arbitre, finalement ».

D'autant plus que selon Al-Tayeb, il faut séparer entre les convictions des censeurs et le rôle sélectif pour lequel la

censure a été fondée. «  Je me rappelle que la censure voulait, il y a presqu'un mois, refuser la projection d'un film australien intitulé Les Quatre plumes sous prétexte que sa projection pourrait nuire aux relations égypto-soudanaises », continue Al-Tayeb. « C'est un jugement exagéré, tout comme celui qu'a subi le film Matrix (qui a finalement été projeté) dont le contenu ne renfermait pas les symboles et les messages politiques dangereux, cités dans le rapport des censeurs », estime Al-Tayeb.

Un avis partagé par le critique Moustapha Darwich, ancien président de l'Organisme de la censure, qui accuse la censure de devenir actuellement l'un des éléments de la dépression artistique et de l'accroissement du fanatisme parmi le peuple égyptien. « Priver le spectateur de voir un film qui l'attaque signifie l'opprimer, en le privant de savoir les causes et les données de son accusation », souligne Darwich.


Religion et politique

La liste des films étrangers censurés pour des causes idéologiques est bien longue. C'est dans les années 1960 que ce genre de censure a connu son âge d'or. Celle-ci s'est poursuivie pendant les années 1980 et 1990 avec des films américains tels que Le Siège, La Guerre des Blancs, City of Angels, Meet Joe Black (ces deux films ont finalement été projetés). Et plus récemment, l'Organisme de la censure a refusé d'autoriser la projection du film canadien Le Déclin de l'empire américain de Denis Arcan, lors de la semaine des films canadiens au Caire, comme si la censure avait eu peur d'autoriser un film avec un tel titre ! D'ailleurs, ce dernier cas a suscité l'étonnement des quelque 200 intellectuels qui devaient assister à la projection (privée) du film, surtout que la censure a autorisé celle du film Les Invasions barbares qui constitue la deuxième partie du film refusé, et qui contenait également beaucoup de critique envers les Arabes !

D'un autre côté, le critique Ahmad Raafat Bahgat se déclare entièrement d'accord pour le fait de donner à la censure tout le droit de refuser la projection de tout film qui essaie de déformer notre image aux yeux du monde. « Il ne faut pas exagérer dans la réclamation de la liberté donnée aux spectateurs, même la liberté a des limites. Rien ne peut nous obliger à accepter officiellement des œuvres qui nous insultent sous prétexte du respect des libertés. Accepter de passer de telles œuvres et de tels mensonges signifie les approuver officiellement », argue Ahmad Raafat Bahgat, soulignant le refus des pays qui prétendent être les plus démocratiques de toute œuvre qui dévoile leur injustice ou leurs mensonges. Il défend le rôle de tuteur de la censure sur la société égyptienne — 60% de la population sont des illettrés, insiste-t-il, des gens dont la pensée naïve est visée par ces « bombes cinématographiques » occidentales. Et d'expliquer : « J'ai été choqué en assistant à la projection du film américain Indiana Jones de Harrison Ford à la salle du cinéma Métro, lorsque le protagoniste Indiana Jones jouait le rôle d'un Egyptien, habillé bizarrement et avec des épées et des poignards. J'ai été effrayé par les chauds applaudissement du public. Ils ne se rendaient pas compte qu'ils applaudissaient en fait le héros occidental oubliant que le vaincu est un Egyptien, tout simplement parce qu'ils étaient éblouis par l'image du héros américain invincible ! C'est depuis ce jour que je me suis rendu compte de l'impact que peuvent avoir les messages contenus dans ce genre de films sur nos spectateurs non cultivés, ce qui a été approuvé également par nombre de sociologues ».


Protéger le spectateur, mais de quoi ?

Du côté de la censure, c'est toujours le même discours qui revient. Pour Madkour Sabet, président de l'Organisme de la censure, le rôle de cette institution est avant tout de protéger le spectateur égyptien de ce qui peut lui nuire sans même, parfois, que ce dernier ne s'en rende compte. « Nous répétons toujours que, nous les censeurs, nous sommes pour la liberté de la création et de la réception, mais à condition que celle-ci ne nuise pas au bien général, qui est ici l'image et la réputation des Egyptiens et des Arabes ou des religions, dit Madkour Sabet. En refusant récemment un film américain comme La Lame qui est une offense a l'image de la personnalité arabe, nous essayons de montrer un refus officiel de ces injures ».

Pourtant, les censeurs sont bel et bien conscients que le public finit par regarder ce qu'il veut. « Je sais bien qu'une grande partie du public va voir ces films soit sur les chaînes satellites, dans des projections vidéo, ou sur CD. Cela n'empêche que nous ne devons pas les accepter. autoriser la projection publique de ces injures signifie que notre pays l'accepte, alors que ce n'est pas vrai. La liberté ne signifie pas, à mon avis, de se résigner aux mensonges des autres ».

Quoi qu'il en soit, si l'atteinte au religieux reste inadmissible pour la plupart des gens, y compris les spectateurs, la censure idéologique ou politique ne paraît plus acceptable dans le monde d'aujourd'hui. Et en attendant plus de flexibilité de la part des censeurs, le public reste la victime et l'art le perdant.

Yasser Moheb

 

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