| Al-Ahram
Hebdo : Comment évaluez-vous cette session ?
Al-Badri
Farghali : C'est la pire session de la législature
2000-2005 du point de vue législatif. Lors des précédentes
sessions, l'Assemblée du peuple était qualifiée d'institution
pro-gouvernementale. Au cours de cette session, le Parlement
s'est surpassé et a mérité le titre de marionnette dont
les fils sont dans les mains du gouvernement. Le Parlement
n'a effectivement rien fait au cours de cette session.
Son rôle se limitait au fait d'attendre que le gouvernement
daigne lui passer un projet de loi pour l'adopter tel
quel. Parfois pourtant, on changeait les projets de loi
au niveau de la forme sans toucher au fond. La plupart
des lois de cette session étaient d'ordre économique,
sous prétexte que le gouvernement poursuit sa politique
de réforme économique lancée depuis 1991. Les réformes
sociales et politiques n'occupent aucune place sur l'agenda
du gouvernement. Ce dernier se contente de nous donner
un seul projet de loi social par an, juste pour la forme.
Quant à la performance des députés, l'opposition est devenue
de plus en plus faible par rapport aux sessions précédentes.
D'une part, le mandat de 3 députés du rang de l'opposition
et des indépendants a été déclaré invalide lors de cette
session. D'autre part, nous sommes déçus, car nos critiques
et nos débats n'aboutissent pas, puisque le gouvernement
fait finalement ce qu'il veut à travers la majorité du
Parti National Démocrate (PND). Même notre rôle de contrôle
sur l'action du gouvernement était très limité à la suite
des mesures strictes prises par le président de l'Assemblée
du peuple concernant la discussion d'une seule interrogation
tous les mois.
— Comment
justifiez-vous le fait que le Parlement n'a reçu aucune
loi sur la réforme politique ?
— Le
président Moubarak a déjà promis lors de son discours
inaugural de la session en novembre dernier de présenter
au Parlement les lois sur l'exercice politique et l'organisation
des partis politiques. Nous attendions avec impatience
l'examen de ces lois, mais nous n'avons rien reçu. Mais
ce n'est pas grave. Nous nous sommes déjà habitués à ce
genre de promesses non tenues, notamment celles qui concernent
la réforme politique. Il fallait qu'on s'attende à cela
dès le départ parce que le gouvernement Ebeid n'allait
jamais présenter un projet de loi touchant la réforme
politique, puisque ceci est contre ses intérêts. Nous
sommes sûrs que ces deux lois ne verront jamais la lumière,
car leur première conséquence sera la réduction du nombre
des députés du PND au sein du Parlement.
— Le
PND affirme que le dialogue national est la preuve que
la réforme politique est déjà entamée en Egypte. Qu'en
dites-vous ?
— Je
ne vois pas quelle est l'importance d'un tel dialogue
si les lois régissant les partis politiques et définissant
l'exercice des droits politiques n'ont pas été remaniées
et si la loi d'urgence est toujours en vigueur. Plus encore,
ce dit dialogue national n'a eu aucun résultat jusqu'à
présent. Au début, des réunions ont été tenues avec les
présidents des partis politiques et les responsables du
PND. Quelques semaines après, c'était le calme le plus
total. Apparemment, le dialogue a échoué, car le PND ne
va pas accepter de perdre ou de réduire son autorité.
D'ailleurs, j'estime qu'on a eu recours à ce dialogue
national à cause des pressions exercées par des forces
étrangères pour instaurer une ambiance plus démocratique
en Egypte.
— Est-il
prévu que les lois sur la réforme politique passent au
Parlement lors de la prochaine session ?
— Le
gouvernement devra présenter la loi sur l'organisation
de l'exercice politique avant les élections législatives
de 2005. Pourtant, jusqu'à présent, on n'a pas décidé
quel sera le système électoral qui sera suivi. Sera-t-il
par liste ou individuel. Nous allons réclamer au gouvernement
de présenter cette loi importante au début de la session
afin d'avoir le temps de la discuter. Mais, on a peur
que le gouvernement la passe à la fin de la session en
toute rapidité et sans être bien discutée. |