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Des rêves de bon augure ?
Par Mohamed Salmawy

J'ai vu dans mes rêves que la rigidité politique et le marasme économique qui ont frappé mon pays il y a quelques années se sont enfin ébranlés et que les cloisons qui s'élevaient de part et d'autres se sont effondrées. La patrie est devenue alors libre et les sources en eau ont ruisselé pour arroser la terre assoiffée devenue presque aride. La jeunesse alors s'est mise à la tâche, construisant et urbanisant pour ressusciter le bon vieux temps, celui du progrès, du développement, des lumières de la liberté et de la prospérité que le pays mérite.

Les rêves sont l'unique échappatoire qui s'offre à l'individu pour fuir le quotidien. Ils l'emportent vers un monde imaginaire de liberté et de beauté même si ce n'est que pour quelques heures. Mais une fois réveillé, on est choqué par la laideur de la réalité. Parfois la réalité avec tout son bagage s'impose à l'individu, même pendant son sommeil, pour envahir le monde des rêves et le reformuler selon les désirs du dormeur. Ainsi, la réalité dans le rêve devient plus belle que l'imaginaire.

Je ne sais pas si ce que j'ai vu dans mes rêves est imaginaire ou bien si ce sont là les prémices de ce qui va advenir. Les rêves ne sont pas toujours l'expression de désirs et d'imaginations refoulés, ils peuvent parfois être des prédictions et des lectures de ce qui surviendra.

J'ai fait trois rêves. Dans le premier, majestueux, j'ai vu avec mes concitoyens la plus grande idole du temple païen s'écrouler soudainement devant nos yeux pour se transformer en poussière une fois au sol.

J'ai écouté mes concitoyens hébétés se répéter sans cesse une question : cet écroulement est-il celui d'une seule idole ou bien le début d'une chute en cascade de toutes les autres ?

Cette idole qui est tombée devant nous était l'un des symboles d'un système politique dépassé, mais qui a quand même perduré parce que son clergé est resté cloué à son siège. Le départ de cette idole était-il l'éclipse de juste l'une d'elles alors que les autres continueront à survivre pour protéger le temple et à nous barrer le lumière de la vérité tant attendue ?

Ce rêve était le reflet de cette patrie à l'histoire et à la civilisation anciennes qui se trouve au seuil d'une nouvelle époque. Une période qui verra l'écroulement de toutes les idoles pour injecter du sang neuf et redonner vie à cet organe qui a presque atteint le stade de la mort clinique. Oui, ce corps malade arrachera tous les tuyaux qui ont été raccordés à ses veines, telles des menottes. Empli de jeunesse, il s'élancera vers les horizons de démocratie et de liberté pour respecter les droits de l'homme et profiter des richesses du pays pour que le bonheur et la prospérité se répandent.

J'ai vu en rêve le temple s'écrouler et les prêtres livrés à leur sort, là où l'Histoire leur demanderait des comptes pour toutes les humiliations qu'ils nous ont fait subir. A tel point que nous, le pays de la civilisation, sommes devenus un objet de risée pour le monde avec le fameux « zéro » sportif et des « zéros » en sciences, culture et économie.

Le deuxième rêve était déprimant. J'étais un citoyen russe dans l'ancienne République soviétique. J'ai regardé autour de moi pour voir les ministres, les responsables et les membres du comité central du Parti communiste au pouvoir, des septuagénaires. J'ai vu le pays secoué par les courants d'évolution et de renouvellement, mais le clergé de l'ancien temple — le Kremlin dans le rêve — se tenaient aux aguets contre tout changement. J'ai hurlé sur la Place Rouge que le pays connaîtrait une implosion et que, dans ce cas-là, la réforme serait vaine, mais personne ne m'a écouté. Mes cris douloureux s'étaient transformés en une pluie fine éparpillée au milieu de la neige qui a couvert la place. Le Kremlin demeurait silencieux à mort.

Dans ce rêve, le sauveur n'était pas Gorbatchev, il n'est pas venu détruire l'ancien temple comme cela fut dans la réalité. Mais la vieille garde est restée clouée à son siège jusqu'à ce que le temple explose et ses colonnes se sont fissurées pour tomber en ruines. Il en a découlé des pierres volées en éclats et les flammes se sont élevées jusqu'au ciel, transformant le temple et tout son intérieur en poussière.

Dans ce rêve, le peuple ne s'est pas libéré de l'ancien régime et le chaos et la violence se sont emparés du pays. D'ailleurs, la liberté n'est pas seulement de se libérer de l'esclavage, mais c'est d'avoir un commandement raisonnable nous guidant vers la bonne voie. Mais ce commandement n'est pas apparu au milieu des nuages de fumée et la bonne voie s'est perdue dans le tas de cendres. Et la Place Rouge l'était encore plus, recouverte de sang.

Mais malheureusement, il y avait un groupe de brigands attendant impatiemment de s'emparer du pays. Au milieu de ce vide politique, l'occasion était propice pour que ces groupes exécutent leur plan. L'ancien temple était fermé sur ses grands prêtres qui n'ont pas permis l'émergence des jeunes et n'ont pas choisi comme successeurs une nouvelle génération. Ainsi, leur chute était la fin du parcours et ce qui est resté après l'écroulement du temple était un gouffre profond effrayant et noir.

Au lieu de s'ouvrir au monde, l'URSS s'est enfoncée — dans le rêve — dans une époque d'obscurantisme plus sévère que celle des anciens prêtres du Kremlin, où l'oppression a sévi au nom du droit et l'obscurité au nom de la lumière et de la justice.

Le 3e rêve m'a ramené — Dieu merci — dans mon pays, l'Egypte, celle que nous connaissons dans nos cœurs. L'Egypte de l'Histoire, de la civilisation et de la beauté et non l'Egypte du clergé qui s'est accaparé tous les biens et a laissé le peuple souffrir de la pauvreté et du chômage.

Dans le rêve, l'Egypte était une terre éblouissante qui a donné au monde Naguib Mahfouz, Tewfiq Al-Hakim, Oum Kalsoum, Abdel-Wahab, Gamal Abdel-Nasser, Saad Zaghloul, Al-Aqqad, et beaucoup d'autres. C'est l'Egypte qui a construit les Pyramides, le Sphinx et Karnak. Celle qui a construit la mosquée d'Amr Ibn Al-Ass, la synagogue, l'église Suspendue, l'Egypte dont le peuple a payé d'avance le prix de la liberté et de la démocratie à travers le sacrifice, au fil des ans, de son sang et de sa vie. Cette Egypte à laquelle n'appartiennent pas les prêtres idolâtres, qui ont édifié ce temple odieux et qui nous ont soumis à l'esclavage tout au long de ces années. L'Egypte que nous connaissons et qu'ils ignorent.

Tout en rêve j'ai vu ce pays, contrairement à l'Union soviétique, ouvrir les portes aux nouvelles générations, pour se renouveler et aller de pair avec le changement, le progrès, l'alternance sans laquelle les choses deviennent rigides jusqu'à la mort ou l'explosion.

En rêve, j'ai vu dans mon pays un nouveau gouvernement, où les ministres pleins de jeunesse et de nouvelles idées n'ont pas atteint l'âge de la retraite. Des idées n'ayant rien à avoir avec le clergé du passé qui a habité l'ancien temple pendant longtemps. Dans le rêve, ce temple et ce clergé ont disparu après que les idoles sont tombées et que le temps où les fils doivent prendre la relève est arrivé.

Tel est le rêve que je vis toujours et très prochainement adviendra le temps du réveil. Et c'est à ce moment-là qu'on verra si le rêve prédisait une réalité qui naîtra prochainement dans notre pays. Ou bien comme beaucoup de rêves, il ne sera que le défoulement de désirs populaires, enfouis au fin fond de l'inconscient, pour nous réveiller sur une réalité alarmante.

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