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Darfour . La communauté internationale se relaie au chevet du Darfour en proie à une guerre civile et à une crise humanitaire, tandis que le gouvernement accuse l'étranger de vouloir faire de cette région un prétexte pour intervenir dans ses affaires internes.

Khartoum tente de se racheter

Le gouvernement soudanais s'est empressé de prendre des mesures pour tenter d'améliorer la situation dans la région du Darfour, déchirée par la guerre civile, à la veille des visites du secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, et du secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, arrivés ce mardi.

Colin Powell est arrivé avec dans ses bagages une aide humanitaire d'urgence de 95 millions de dollars. Le but de son voyage est d'accentuer la pression sur les autorités pour démanteler les milices arabes pro-gouvernementales qui terrorisent la population locale et restaurer un semblant d'ordre et de normalité.

Le gouvernement du général Omar Al-Béchir a accueilli favorablement les deux visites et s'est déclaré prêt à joindre ses efforts à ceux de la communauté internationale pour trouver une solution au conflit qui fait rage depuis 16 mois dans cette région. « Nous accueillons favorablement la visite au Soudan de M. Annan », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Moustapha Osmane Ismaïl, qui a fait preuve de la même courtoisie à l'égard de Powell, dont la visite est la première d'un secrétaire d'Etat américain au Soudan depuis des décennies.

Le gouvernement fait « tout ce qu'il peut pour rétablir la normalité au Darfour », a dit le ministre en se référant à une série de mesures récemment adoptées pour prouver l'engagement du gouvernement à y faire régner la paix. Il a cité la désignation du ministre de l'Intérieur, le général Abdel-Rahim Mohamad Hussein, représentant personnel du Béchir au Darfour, qui a entamé sa mission jeudi par une visite de la région et des réunions sur la sécurité et la situation humanitaire. Le général Hussein a déclaré que sa mission consistait à mettre les citoyens à l'abri de toute forme de violence, « fournir l'assistance humanitaire aux nécessiteux et assurer la sécurité des villages » afin que les déplacés puissent y retourner avant la saison des pluies. Sa principale mission consistera, selon des sources proches du gouvernement, à tenter de prendre en main les djandjawids (milices arabes) et de les désarmer ainsi que les autres groupes pro-gouvernementaux accusés de la majorité des destructions. Il devra également assurer suffisamment de sécurité à la population noire locale qui se sent délaissée par le gouvernement, qu'elle accuse de collusion avec les milices arabes.

Omar Al-Béchir a également démis le gouverneur du Darfour, le général Adam Hamid Moussa, et désigné un civil pour le remplacer, Atta Al-Manan Idris. Cette décision a été perçue comme le début d'un processus de limogeage des responsables soupçonnés d'avoir encouragé la violence.

Ces mesures sont à l'évidence destinées à éviter l'accentuation des pressions internationales, notamment américaines. Les Etats-Unis ont évoqué la semaine dernière la possibilité d'appliquer des sanctions économiques et politiques contre les responsables soudanais qui seraient jugés les plus impliqués dans ce conflit. Alors que certains officiels américains commencent à évoquer un « génocide », des parlementaires américains avaient lancé un appel au président George W. Bush pour intervenir militairement au Darfour afin d'arrêter « le génocide » en cours. Samedi, les Etats-Unis et l'Union européenne ont fait part de leurs « graves inquiétudes » concernant le conflit et demandé aux autorités soudanaises de lutter contre les milices, dans une déclaration commune adoptée au sommet tenu en Irlande. Mais, le président Omar Al-Béchir a accusé l'étranger de vouloir faire du Darfour un « portail de substitution pour ses interventions au Soudan », après le rétablissement de la paix entre le Sud et le Nord du pays.

Le conflit au Darfour reste cependant dans l'impasse. Le Mouvement pour la Justice et l'Egalité (MJE), un des deux mouvements rebelles, a refusé jeudi de participer à toute nouvelle rencontre de paix avec le gouvernement de Khartoum au Tchad, ce pays étant « impliqué dans le conflit ». Le MJE et le Mouvement pour la Libération du Soudan (MLS), qui accusent Khartoum de laisser le Darfour dans un état de sous-développement chronique, affrontent depuis février 2003 l'armée soudanaise et des milices arabes alliées au pouvoir, les djandjawids.

Le conflit au Darfour, qui a éclaté en février 2003, a fait environ 10 000 morts, déplacé un million de personnes et poussé plus de 100 000 autres à se réfugier au Tchad voisin. Le Darfour est en proie, selon l'Onu, à la pire crise humanitaire en cours dans le monde.

Maha Salem

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