| L'autobiographie
de l'ex-président américain Bill Clinton, Ma
Vie, est parue le 22 juin. En 1 000 pages
et 500 000 exemplaires vendus, la parution
de ce livre quelques semaines seulement avant
les présidentielles américaines aura certainement
une influence sensible sur le nom du futur président
américain : Le candidat républicain George
W. Bush ou démocrate John Kerry ?
Clinton
est quelqu'un qui sort de l'ordinaire ; un
homme qui est parti de rien pour devenir pendant
8 ans l'homme le plus puissant du monde. Sans
pourtant pouvoir se débarrasser de ce qu'il a
appelé « ses vies parallèles ».
Il
a vécu une enfance triste. Il est né le
19 août 1946 dans un petit village de 6 000
habitants appelé Hope dans l'Etat d'Arkansas,
l'un des plus pauvres des Etats-Unis. Son père,
un vendeur ambulant, est mort dans un accident
de voiture trois mois avant sa naissance. Sa mère,
Virginia Kelly, était infirmière. Elle
était connue pour être une femme courageuse. Elle
a élevé son fils dans des conditions difficiles.
Son grand-père qui était épicier n'hésitait pas,
malgré ses revenus limités, à prêter de l'argent
aux Noirs du village pour qu'ils subviennent à
leurs besoins essentiels. C'est ainsi que Clinton
a très tôt appris à respecter les Noirs américains
au point que Tony Morrison, la lauréate du prix
Nobel de littérature, l'ait surnommé « le
premier président noir des Etats-Unis » !
Sa
mère, Virginia, n'a pas eu une vie facile. Elle
s'est trouvée très tôt obligée de laisser son
fils à son grand-père pour qu'elle puisse poursuivre
ses études à New-Orleans. Un beau jour, elle rencontra
Roger Clinton et l'épousa. Il possédait une agence
de voitures à Hope. Au départ, il traitait bien
son beau-fils au point que ce dernier a insisté
à prendre son nom. C'est ainsi qu'il est devenu
Bill Clinton. Cependant, Roger Clinton est devenu
petit à petit alcoolique et recourait souvent
à la violence. Lors d'une dispute familiale, il
tira une balle de son revolver qui faillit atteindre
sa femme. Le petit garçon a vécu cet événement
dramatique ainsi que l'arrivée de la police qui
a arrêté celui qui était devenu son père.
Cependant,
grâce à son intelligence, Bill Clinton a réussi
à poursuivre ses études avec brio malgré de nombreux
obstacles. Il était brillant au point d'avoir
obtenu une bourse d'une année à l'Université d'Oxford.
Après son séjour en Grande-Bretagne, il rencontra
en 1975 Hillary Rodham à la faculté de droit de
l'Université de Yale et l'épousa. Elle est parvenue
en quelque sorte à calmer son tempérament, mais
les vieux démons continuaient à le hanter. C'est
ainsi que plusieurs femmes l'ont accusé d'harcèlement
sexuel. La plus célèbre était une jeune femme
dénommée Paula Jones qui l'a poursuivi en justice
pendant des années. Puis 20 ans après, pendant
son second mandat, ce fut Monica Lewinsky dont
l'histoire s'est connue du monde entier. Vu l'importance
de cette liaison qui a failli lui coûter son poste,
il était impossible pour lui de ne pas en parler
dans son livre. C'est ainsi qu'il lui a consacré
de nombreuses pages.
Pour
sauver son mariage, Clinton a suivi pendant un
an des cours de psychothérapie avec Hillary. De
plus, il a régulièrement consulté des prêtres
et des hommes de religion. C'est ainsi que, selon
ses dires, il a réussi à redécouvrir sa femme
et lui a promis de mettre définitivement un terme
à ses « vies parallèles ».
Simultanément à la fermeté qu'il a adoptée
pour remédier à ses déviations personnelles, il
a adopté une méthode non moins sévère pour poursuivre
ceux en lesquels il voyait des adversaires représentant
la montée d'une nouvelle droite républicaine.
Une nouvelle droite qui voulait exploiter cette
aventure pour le destituer. |
Nombreux
sont ceux qui se demandent si Clinton a pu imaginer
l'ampleur du terrorisme qui allait frapper les
Etats-Unis le 11 septembre 2001 ? Ou bien
a-t-il minimisé l'ampleur de ce danger ?
Il y avaient pourtant des signes avant-coureurs
comme l'explosion simultanée survenue dans deux
ambassades américaines en Afrique. Clinton avait
riposté par des frappes en Afghanistan et au
Soudan. Cependant, ces frappes ne traduisent
pas une connaissance exacte de la portée du
défi.
Une
autre question s'impose : A quel point
Clinton a-t-il contribué à parvenir à un règlement
au conflit arabo-israélien ? Jusqu'aux
derniers jours de son mandat, il poursuivait
ses tentatives. Cependant, ses efforts intenses
n'ont pas abouti. Il a jeté la responsabilité
de son échec sur Arafat, qui l'a qualifié de
grand homme. Clinton a répondu dans ses mémoires
en disant : « Monsieur le président,
je ne suis pas un grand homme. J'ai échoué et
c'est à cause de vous ! ».
Clinton
jouit toujours d'une large popularité parmi
les membres du Parti démocrate qui sont convaincus
qu'il était victime d'une campagne organisée
par les forces conservatrices américaines. Clinton
représente incontestablement un soutien important
pour le candidat démocrate, John Kerry. Celui-ci
est conscient de cette réalité. Cependant, Clinton
est rejeté par de larges secteurs du Parti républicain.
Il était certainement le premier président américain
dont la majorité qui le soutient est formée
de l'ensemble des minorités de la société américaine
contre la majorité traditionnelle.
Clinton
présente régulièrement ses conseils par téléphone
à Kerry sur la manière de gérer sa campagne
électorale. Les deux personnalités sont radicalement
différentes. Kerry appartient aux classes aisées.
Le Parti démocrate l'a choisi non parce qu'il
représente les différentes composantes du parti
mais parce qu'il est le plus apte à vaincre
Bush et à gagner les voix des forces du centre.
La
mise en vente maintenant du livre de Clinton
représente une promotion gratuite pour la campagne
de Kerry aux présidentielles mais aussi pour
toutes les institutions du Parti démocrate.
Le livre de Clinton rappelle les années de son
pouvoir, caractérisées par une grande relance
économique.
Clinton
soutient Kerry et n'attaque pas Bush. Celui-ci
lui a rendu le compliment en le qualifiant d'« homme
chaleureux ». Est-ce là la formule
exemplaire et la plus civilisée pour que Clinton
contribue au retour du Parti démocrate aux affaires ?
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