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L'aristocrate.
Un mot qui décrit le mieux le géophysicien, Salah Hafez.
Son accent, ses vocables, sa manière de saluer ou de s'habiller
révèlent indubitablement l'aristocratie du personnage.
Descendant de Labib pacha Al-Chahed et fils d'Abdel-Hamid
pacha Hafez, Salah est le benjamin d'une famille comptant
7 sœurs et un seul frère. Il a passé son enfance dans
un vieux sérail du quartier résidentiel de Hadaëq Al-Qobba.
Les filles de la famille ont été éduquées à la française
et les garçons à l'anglaise. « La grande famille
a ses avantages, comme ses inconvénients », affirme-t-il.
Un large sourire aux lèvres, il se rappelle sa souffrance
des vendredis, lors des réunions de famille : « Comme
nous étions nombreux, on ne pouvait pas tous dîner en
même temps, alors on nous divisait en groupes. Etant le
moins âgé, je dînais en dernier avec mes neveux, une fois
que mes parents et mes sœurs aînées aient terminé leur
repas avec la seconde génération de la famille ».
Etre membre d'une famille nombreuse implique aussi des
engagements et des devoirs. Son cousin, Mohamad Mahfouz
souligne que sa tante, la maman de Hafez, a exigé la création
d'un de fonds de soutien aux membres de la famille, qui
leur viendrait en aide en cas de problèmes financiers.
Une tradition qui a survécu et dont Hafez est aujourd'hui
en charge. « Malgré ses préoccupations, Salah
tente toujours de venir en aide aux membres de sa famille,
soit en leur donnant de l'argent soit en les conseillant »,
affirme son cousin. En dépit des problèmes inhérents à
une famille nombreuse, Hafez regrette de n'avoir eu que
deux enfants : Marwa, 31 ans, diplômée en communication
et Ahmad, 28 ans, ingénieur en écologie. La première travaille
avec son père et le deuxième collabore au nouveau projet
du barrage de Nag Hammadi, en Haute-Egypte. « Ma
femme et moi pensons parfois qu'on aurait dû avoir plus
d'enfants. Cela aurait été une bonne chose »,
lance-t-il.
Dès son jeune
âge, Salah Hafez a mené une vie aisée. Il est sociable,
sportif mais surtout un grand lecteur. « La lecture
c'est ma vie. Chaque jour, je dois passer entre deux à
trois heures dans la lecture ». Il a hérité de
son grand-père maternel une bibliothèque bien garnie et
se cultive dans tous les domaines : histoire, littérature,
religion, géophysique, antiquité ... « A
l'école, j'ai découvert les grands classiques comme Shakespeare
et D.H. Laurence. Je me suis particulièrement intéressé
à comparer leur style », indique Hafez. C'est
là un des traits marquants du personnage : ne rien
faire sans objectif précis. Ses multiples lectures ont
fait ainsi de lui un touche-à-tout infatigable. « Je
suis un mécanicien professionnel. Chez moi, je répare
tout ce qui tombe en panne. Je répare même ma propre voiture.
C'est ainsi que je me sens en vie ! ». Il
est même devenu expert en antiquité. « C'est ma
mère qui m'a encouragé à aimer les vieux meubles. Encore
petit, je l'accompagnais au quartier alexandrin d'Attarine,
réputé pour les meubles et les objets anciens. J'assistais
avec elle aux ventes aux enchères et progressivement j'ai
acquis de l'expérience. Je possède actuellement plus de
60 livres spécialisés dans ce domaine ». Plus
encore, Hafez a ouvert une galerie, rue Doqqi, où il donne
des cours sur les objets antiques.
Diplômé en
physique-chimie de l'Université d'Aïn-Chams, il s'est
spécialisé en géophysique à l'Université de Leeds, au
Royaume-Uni. Il a ensuite entamé sa carrière professionnelle
dans les déserts égyptien et libyen, en tant que membre
des missions de prospection pétrolière. Aussi se déplace-t-il
d'un endroit à l'autre, à condition de ne pas rester plus
de 6 ans au même endroit. Selon lui, au-delà, on s'ennuie.
« Quand je commence un nouveau travail, j'élabore
une stratégie précise de formation du personnel et de
définition d'un système d'opération. Elle porte ses fruits
au bout de 5 à 6 ans. Ensuite, que je sois là ou pas,
ça tourne bien. C'est alors que je décide de trouver un
nouveau travail », explique Hafez. Avant de rajouter
que toute personne devrait faire un bilan personnel tous
les 5 ans. S'il est négatif, ceci veut dire qu'il faut
penser à changer de lieu de vie ou même de carrière.
Après 6 ans
de travail dans le Désert occidental, et 5 autres années
passées dans le désert libyen, Salah Hafez passe six autres
années en tant que directeur exécutif de l'Agence Egyptienne
pour les Affaires de l'Environnement (AEAE). Que vient
faire un géophysicien à l'Agence de l'environnement ?
Salah Hafez n'a pas été surpris lorsque le premier ministre
actuel, Atef Ebeid, l'a choisi pour ce poste. « La
géophysique est une science appliquée dans la prospection
du pétrole. Elle est en même temps l'une des sciences
de l'environnement. Quand je travaillais dans le pétrole,
je pensais constamment à la gestion des ressources pétrolières.
Dans l'environnement, c'est pareil : comment gérer
les ressources naturelles d'une manière plus efficace ? »,
précise Hafez.
Durant les
6 ans où il a été directeur de l'Agence de l'environnement,
plusieurs défis se sont présentés à lui, dont le plus
important a été de préparer une loi sur l'environnement,
adoptée en 1994. « Avant, dans les années 1960,
personne ne parlait de pollution. On croyait que la mer,
la terre et l'air étaient capables d'assimiler toutes
sortes de polluants. Mais un roman, Silent Spring
(Le Printemps silencieux), de Rachel Carson, a créé
le déclic », ajoute Hafez. Dans ce roman, l'écrivain
traitait de l'utilisation en masse des pesticides, lesquels
ont réduit la reproduction des oiseaux. Du coup, à l'arrivée
du printemps, leurs gazouillis ont perdu en intensité,
d'où le titre du roman. L'œuvre a mis les problèmes écologiques
sur le tapis et l'environnement est devenu une des préoccupations
des pays développés. En Egypte, ce n'est qu'en 1991 que
le gouvernement a commencé à s'intéresser à la question,
en créant l'AEAE. « Pour moi, les problèmes de
l'environnement émanent en premier lieu d'une manière
de penser. C'est une question de culture. Et la diffusion
d'une culture propre à l'environnement dans un pays comme
l'Egypte — qui traverse en ce moment une crise
économique — n'est pas chose facile et ne peut
être réalisée du jour au lendemain », souligne
Hafez. Selon lui, les médias doivent jouer un rôle plus
important quant à la sensibilisation de la population,
notamment les enfants. « La plupart des problèmes
environnementaux pourront être réglés si l'écologie fait
partie intégrante de l'éducation des enfants »,
prédit-il.
Salah Hafez
est certes officiellement à la retraite depuis 7 ans.
Mais il ne cesse pas pour autant de défendre l'environnement.
Que ce soit par l'intermédiaire de son bureau privé, qui
s'occupe des questions relatives à l'énergie, ou par son
travail dans les organisations non gouvernementales. Car
Hafez est fidèle à ses engagements. Et il le restera.
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