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Homme de terrain, de principes et d'engagements, Salah Hafez, 61 ans, est un gourou de l'écologie. Géophysicien, ancien directeur exécutif de l'Agence Egyptienne pour les Affaires de l'Environnement (AEAE), il met aujourd'hui sa riche expérience au service d'ONG œuvrant pour la protection de la planète.

Le gestionnaire de la nature

L'aristocrate. Un mot qui décrit le mieux le géophysicien, Salah Hafez. Son accent, ses vocables, sa manière de saluer ou de s'habiller révèlent indubitablement l'aristocratie du personnage. Descendant de Labib pacha Al-Chahed et fils d'Abdel-Hamid pacha Hafez, Salah est le benjamin d'une famille comptant 7 sœurs et un seul frère. Il a passé son enfance dans un vieux sérail du quartier résidentiel de Hadaëq Al-Qobba. Les filles de la famille ont été éduquées à la française et les garçons à l'anglaise. « La grande famille a ses avantages, comme ses inconvénients », affirme-t-il. Un large sourire aux lèvres, il se rappelle sa souffrance des vendredis, lors des réunions de famille : « Comme nous étions nombreux, on ne pouvait pas tous dîner en même temps, alors on nous divisait en groupes. Etant le moins âgé, je dînais en dernier avec mes neveux, une fois que mes parents et mes sœurs aînées aient terminé leur repas avec la seconde génération de la famille ». Etre membre d'une famille nombreuse implique aussi des engagements et des devoirs. Son cousin, Mohamad Mahfouz souligne que sa tante, la maman de Hafez, a exigé la création d'un de fonds de soutien aux membres de la famille, qui leur viendrait en aide en cas de problèmes financiers. Une tradition qui a survécu et dont Hafez est aujourd'hui en charge. « Malgré ses préoccupations, Salah tente toujours de venir en aide aux membres de sa famille, soit en leur donnant de l'argent soit en les conseillant », affirme son cousin. En dépit des problèmes inhérents à une famille nombreuse, Hafez regrette de n'avoir eu que deux enfants : Marwa, 31 ans, diplômée en communication et Ahmad, 28 ans, ingénieur en écologie. La première travaille avec son père et le deuxième collabore au nouveau projet du barrage de Nag Hammadi, en Haute-Egypte. « Ma femme et moi pensons parfois qu'on aurait dû avoir plus d'enfants. Cela aurait été une bonne chose », lance-t-il.

Dès son jeune âge, Salah Hafez a mené une vie aisée. Il est sociable, sportif mais surtout un grand lecteur. « La lecture c'est ma vie. Chaque jour, je dois passer entre deux à trois heures dans la lecture ». Il a hérité de son grand-père maternel une bibliothèque bien garnie et se cultive dans tous les domaines : histoire, littérature, religion, géophysique, antiquité ... « A l'école, j'ai découvert les grands classiques comme Shakespeare et D.H. Laurence. Je me suis particulièrement intéressé à comparer leur style », indique Hafez. C'est là un des traits marquants du personnage : ne rien faire sans objectif précis. Ses multiples lectures ont fait ainsi de lui un touche-à-tout infatigable. « Je suis un mécanicien professionnel. Chez moi, je répare tout ce qui tombe en panne. Je répare même ma propre voiture. C'est ainsi que je me sens en vie ! ». Il est même devenu expert en antiquité. « C'est ma mère qui m'a encouragé à aimer les vieux meubles. Encore petit, je l'accompagnais au quartier alexandrin d'Attarine, réputé pour les meubles et les objets anciens. J'assistais avec elle aux ventes aux enchères et progressivement j'ai acquis de l'expérience. Je possède actuellement plus de 60 livres spécialisés dans ce domaine ». Plus encore, Hafez a ouvert une galerie, rue Doqqi, où il donne des cours sur les objets antiques.

Diplômé en physique-chimie de l'Université d'Aïn-Chams, il s'est spécialisé en géophysique à l'Université de Leeds, au Royaume-Uni. Il a ensuite entamé sa carrière professionnelle dans les déserts égyptien et libyen, en tant que membre des missions de prospection pétrolière. Aussi se déplace-t-il d'un endroit à l'autre, à condition de ne pas rester plus de 6 ans au même endroit. Selon lui, au-delà, on s'ennuie. « Quand je commence un nouveau travail, j'élabore une stratégie précise de formation du personnel et de définition d'un système d'opération. Elle porte ses fruits au bout de 5 à 6 ans. Ensuite, que je sois là ou pas, ça tourne bien. C'est alors que je décide de trouver un nouveau travail », explique Hafez. Avant de rajouter que toute personne devrait faire un bilan personnel tous les 5 ans. S'il est négatif, ceci veut dire qu'il faut penser à changer de lieu de vie ou même de carrière.

Après 6 ans de travail dans le Désert occidental, et 5 autres années passées dans le désert libyen, Salah Hafez passe six autres années en tant que directeur exécutif de l'Agence Egyptienne pour les Affaires de l'Environnement (AEAE). Que vient faire un géophysicien à l'Agence de l'environnement ? Salah Hafez n'a pas été surpris lorsque le premier ministre actuel, Atef Ebeid, l'a choisi pour ce poste. « La géophysique est une science appliquée dans la prospection du pétrole. Elle est en même temps l'une des sciences de l'environnement. Quand je travaillais dans le pétrole, je pensais constamment à la gestion des ressources pétrolières. Dans l'environnement, c'est pareil : comment gérer les ressources naturelles d'une manière plus efficace ? », précise Hafez.

Durant les 6 ans où il a été directeur de l'Agence de l'environnement, plusieurs défis se sont présentés à lui, dont le plus important a été de préparer une loi sur l'environnement, adoptée en 1994. « Avant, dans les années 1960, personne ne parlait de pollution. On croyait que la mer, la terre et l'air étaient capables d'assimiler toutes sortes de polluants. Mais un roman, Silent Spring (Le Printemps silencieux), de Rachel Carson, a créé le déclic », ajoute Hafez. Dans ce roman, l'écrivain traitait de l'utilisation en masse des pesticides, lesquels ont réduit la reproduction des oiseaux. Du coup, à l'arrivée du printemps, leurs gazouillis ont perdu en intensité, d'où le titre du roman. L'œuvre a mis les problèmes écologiques sur le tapis et l'environnement est devenu une des préoccupations des pays développés. En Egypte, ce n'est qu'en 1991 que le gouvernement a commencé à s'intéresser à la question, en créant l'AEAE. « Pour moi, les problèmes de l'environnement émanent en premier lieu d'une manière de penser. C'est une question de culture. Et la diffusion d'une culture propre à l'environnement dans un pays comme l'Egypte — qui traverse en ce moment une crise économique — n'est pas chose facile et ne peut être réalisée du jour au lendemain », souligne Hafez. Selon lui, les médias doivent jouer un rôle plus important quant à la sensibilisation de la population, notamment les enfants. « La plupart des problèmes environnementaux pourront être réglés si l'écologie fait partie intégrante de l'éducation des enfants », prédit-il.

Salah Hafez est certes officiellement à la retraite depuis 7 ans. Mais il ne cesse pas pour autant de défendre l'environnement. Que ce soit par l'intermédiaire de son bureau privé, qui s'occupe des questions relatives à l'énergie, ou par son travail dans les organisations non gouvernementales. Car Hafez est fidèle à ses engagements. Et il le restera.

Dalia Abdel-Salam

Jalons

1943 : Naissance au Caire.

1964 : Licence en physique-chimie à la faculté des sciences de l'Université d'Aïn-Chams.

1971 : Etudes supérieures en géophysique à l'Université de Leeds au Royaume-Uni.

1964-1970 : Membre des missions de prospection pétrolière dans le Désert occidental.

1972-1977 : Chef des géophysiciens et responsable des excavations pétrolières dans le désert libyen.

1977-1978 : Expert au projet américain à l'Université de South California.

1978-1980 : Géophysicien à l'Organisme général du pétrole.

1985-1991 : Vice-président de l'Organisme général du pétrole.

1991-1997 : Directeur exécutif de l'Agence égyptienne pour les affaires de l'environnement.

 

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