Bien que le patrimoine
copte soit très riche et représente une importante vision de
l'histoire égyptienne, peu d'archéologues le choisissent comme
spécialité. Pour eux, l'art copte est toujours enseigné dans
les facultés et les sections des antiquités comme une branche
des antiquités gréco-romaines et islamiques. Ainsi, les diplômés
ignorent complètement ce côté de l'histoire égyptienne. Par
conséquent, « plusieurs inspecteurs, lorsqu'ils fouillent,
détruisent des bases d'églises ou de monastères »,
explique Achraf Al-Bakhchawangui, professeur d'architecture
à la faculté d'archéologie de l'Université de Sohag et l'un
des participants à la manifestation
qui a eu lieu la semaine dernière au siège du Conseil suprême
de la culture. Selon lui, la plupart des sites archéologiques
en Haute-Egypte contiennent dans leurs strates des antiquités
coptes et qui sont donc souvent détruites ou ignorées. « A
cause de l'ignorance, on perd beaucoup », déplore-t-il.
Chaza Gamal, spécialiste d'antiquités coptes, le rejoint :
« Le patrimoine copte est d'ailleurs présenté comme
exclusivement chrétien alors qu'il est égyptien, puisqu'il date
du IIIe siècle av. J.-C. C'est l'art populaire égyptien qui
contrastait avec l'art gréco-romain des classes dirigeantes ».
Ce préjugé empêche
la recherche de prendre son élan librement. De plus, cette inconscience
fait que des « cités coptes antiques ensevelies subissent
de nombreuses détériorations. Elles sont souvent foulées aux
pieds ou écrasées par les poids lourds », explique
Al-Bakhchawangui. C'est ce qui s’est passé par exemple dans
la zone archéologique de Madina, à proximité de Minya.
Les difficultés
peuvent aussi venir du clergé et de l'Eglise. Tous les anciens
monastères et églises renferment des bibliothèques qui comprenaient
des milliers de manuscrits bibliques rédigés en langues copte
et arabe. Malheureusement, « la plupart des moines modernes
ignorent l'endroit de ces bibliothèques, affirme Gamal Hermina,
spécialiste de l'art copte. Ceux qui le connaissent n'admettent
pas que les spécialistes les consultent sur place, sinon ils
l'acceptent à condition d'obtenir un permis de la part du principal
du monastère ». Pour lui, il n'y a pas de loi qui engage
ces moines à remettre ces manuscrits au Conseil Suprême des
Antiquités (CSA) pour les restaurer et les conserver. Et Chaza
Al-Gamal de confirmer : « Bien que le pape Chénouda
III accepte de telles mesures sans aucune difficulté, il n'est
pas très accessible, donc son accord est difficile à obtenir ».
D'autre part, les
chercheurs souffrent du manque de références dans ce domaine.
Les règlements de la bibliothèque spécialisée de la cathédrale
de Saint-Marc sont très durs. « Il est permis d'y accéder
deux fois par semaine et deux heures seulement chaque fois »,
affirme Chaza Al-Gamal. En même temps, il est défendu de photocopier
les ouvrages ou même de les emprunter ne fusse que pour une
heure, explique-t-elle.
Quant à la bibliothèque
du Musée copte, malgré son importance et la flexibilité de ses
règlements, « elle est fermée pour de bon, à cause de
la restauration du musée », ironise Chaza Al-Gamal.
« Plusieurs pièces et manuscrits coptes sont exposés
et conservés dans les musées européens. Malheureusement, on
n'arrive pas à les récupérer. Et par conséquent, on ne peut
pas les étudier ou les examiner. Aussi, on ne peut pas en faire
des copies ou des exemplaires », poursuit Chaza Al-Gamal.
Autre problème
selon elle, les chercheurs en antiquités coptes ne se connaissent
pas pour échanger leurs vues et collaborer. Il est rare d'organiser
des « conférences ou des réunions pour les antiquités
coptes à travers lesquelles nous pouvons travailler ensemble »,
explique Al-Bakhchawangui. Quant aux fouilles étrangères, « il
faut avoir des liens personnels avec le chef de la mission pour
communiquer avec eux et profiter de leurs expériences »,
affirme Chaza Al-Gamal. Sinon, on est censé attendre la publication
des résultats de leurs fouilles, continue-t-elle.
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