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Histoire . A l'occasion de la parution de la traduction arabe de L'Histoire des musulmans de la Sicile, ouvrage majeur de Michele Amari à la maison d'édition italienne Le Monnier, le centre culturel italien a tenu le 23 mai une conférence pour présenter le livre, son auteur et les principaux traducteurs.

La Sicile musulmane

La présence arabe en Sicile qui a duré deux siècles et demi a largement marqué l'histoire de l'île. « Elle a surtout contribué à l'épanouissement économique, urbain et intellectuel de La Sicile. Un épanouissement qui se répandra par la suite dans le reste de l'Italie », comme le remarque Michele Amari dans la conclusion de son livre, et comme l'a souligné durant la conférence Moheb Saad Ibrahim, professeur de littérature italienne à la faculté des langues d'Aïn-Chams et principal traducteur de l'ouvrage de trois volumes. C'est cette influence qui explique l'intérêt porté par Amari (1806-1889), considéré comme le fondateur de l'orientalisme italien, à l'étude de l'islam.
Militant pour l'autonomie de La Sicile au sein d'un Etat fédéral, Amari est surtout un grand chercheur de l'identité sicilienne. Pour lui, l'héritage islamique est indissociable de l'identité de son pays. Ainsi on pourra noter parmi son œuvre, Une Chronologie du Coran, deux rééditions, celle de l'ouvrage de Ibn Zafer ( Soltvan el Mota), et celle de la Description de Palerme de l'historien arabe Ibn Hawkal. Mais son ouvrage majeur demeure pourtant l'Histoire des musulmans de Sicile qui s'étend sur trois volumes et a été rédigé sur une période de 18 ans. Dans ce chef-d'œuvre, considéré comme un livre sur l'histoire des civilisations plutôt qu'une pure recherche historique, Amari traite de l'histoire de l'île depuis le troisième siècle avant notre ère jusqu'à la reconquête de La Sicile des mains des Arabes par les Normands au début du XIe siècle. L'accent est mis sur l'apport musulman à la terre sicilienne à travers un riche échange culturel entre les musulmans — au début surtout chiites d'origine berbère puis chiites de différentes provenances fuyant la persécution sunnite — et les originaires de la Sicile — grecs et romains. L'auteur, en parlant de l'arrivée des Fatimides en Sicile en 906, un an après leur arrivée au pouvoir à Kairouan, souligne comment ils ont bâti une nouvelle ville réservée aux chiites sur l'île : « A coté de la vieille ville fortifiée de Palerme, le Qasr — qui deviendra le Cassaro — et qui reste étranger à la doctrine chiite, ils fondent en 936 une ville forte qui surveille le port et qui comprend le palais et les casernes de la garnison. C'est la Khâlisa, l'élue, qui n'est habitée que par les chiites, et qui constitue le prototype de la ville du Caire fondé par Djawhar le Sicilien en 969 ». Amari parle également des nombreux savants, historiens et géographes arabes qui se sont établis en terre sicilienne. La tolérance religieuse était en Sicile un phénomène frappant surtout pour un juriste malékite comme Ibn Hawkal qui a visité Palerme. Il remarque ainsi que les couples mixtes partagent leurs enfants entre la foi chrétienne et la foi musulmane. Il note également dans son journal de voyage qui deviendra plus tard une référence pour Amari que les musulmans époux de chrétiennes permettaient à leurs filles de choisir la religion chrétienne. C'est dire l'indifférence profonde à l'égard de la foi : la religion est un statut politique plus ou moins avantageux, les compromis toujours possibles avec les traditions religieuses locales.
Cependant, les conflits intérieurs entre chiites et sunnites et entre différents princes musulmans (surtout descendants du prophète) voulant chacun instaurer un califat, et la faiblesse militaire due à la dissolution en 1015 des régiments spécialisés de Berbères et de Noirs expliquent largement la rapidité de la conquête normande.
Mohamad Moënis, professeur d'histoire du Moyen-Orient à Aïn-Chams, a lui souligné dans sa contribution intitulée L'importance de L'Histoire des musulmans de la Sicile : « Amari est un orientaliste objectif qui a reconnu l'importance de l'apport des Arabes et leur rôle majeur dans la civilisation italienne ». Cependant, Moënis reproche à Amari sa critique acerbe contre les soufis et quelques fautes qu'il a commises concernant les noms des ouvrages des savants arabes.
Claudio Lojacono, Professeur d'histoire du Proche-Orient à l'Université de Naples, à mis l'accent sur la rareté des ouvrages qui traitent de la présence arabe en Sicile, d'où l'importance de l'œuvre d'Amari. « Les conquêtes des Fatimides au Nord d'Afrique allant vers la Syrie, Les victoires des Croisades, l'affaiblissement du califat de Bagdad, la guerre entre les Syriens et Byzance, les invasions des tribus des Hilal sont tous des événements contemporains à la conquête des musulmans en Sicile qui se sont déroulés en Orient du monde arabe, ce qui a attiré l'attention des historiens vers là-bas, négligeant ainsi l'histoire de la Sicile qui restait un territoire islamique marginal », dit Claudio Lojacono. On doit donc à Amari ce précieux témoignage d'un dialogue créateur de civilisations qui s'est déroulé il y a huit siècles entre les deux rives de la Méditerranée.
Suzanne Iskandar, professeur de littérature italienne à Aïn-Chams et l'une des traductrices de l'ouvrage, a souligné les multiples ressemblances de lexique entre la langue arabe et la langue italienne. Elle a surtout parlé des différents caractères de la prose d'Amari qui varie selon le thème traité entre scientifique et romanesque.
Il ne reste qu'à saluer le ministère des Affaires culturelles italien qui a financé le projet et surtout tous les traducteurs de cet ouvrage qui ont travaillé deux ans durant pour sortir à la lumière le travail d'Amari : Suzanne Badie, Emad Baghdadi, Samir Morcos, Rabie Salama, Nermine Waguih, Abdel-Mohsen Abdel-Bassit, Mohamad Abdel-Raouf et surtout le professeur Moheb Saad qui a révisé le travail de cette équipe
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Hayssam Khachaba
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