Al-Ahram Hebdo :
Comment l'Egypte sera-t-elle affectée par la hausse record
des cours du pétrole ?
Sameh Fahmi :
Il y a quelques années seulement, la hausse des cours de pétrole
portait préjudice à l'Egypte à cause de ses exportations limitées
et de sa consommation importante. Parallèlement, la facture
de gaz égyptienne s'élevait (car le prix du gaz est fixé en
fonction du brut). Aujourd'hui, nous réussissons à couvrir
notre consommation de diesel et de gaz ménager. Nous avons
aussi augmenté nos exportations en produits pétroliers de
haute qualité et produits pétrochimiques finis. Nous sommes
donc devenus bénéficiaires de la hausse des cours mondiaux.
Surtout que nos importations de produits pétroliers ont nettement
baissé.
Les exportations
de brut, de dérivés et de produits pétrochimiques et de gaz
naturel sont passées de 16,5 millions de tonnes en 2002/2003,
pour une valeur de 3,4 milliards de dollars, à près de 19
millions de tonnes en 2003/2004 pour une valeur de 4 milliards
de dollars. Ces exportations doivent s'élever en 2004/2005
à 27 millions de tonnes (y compris les 5 millions de tonnes
exportées par nos partenaires étrangers) pour une valeur de
5,4 milliards de dollars. En 2010, les exportations du secteur
pétrolier devraient passer à 45 millions de tonnes pour une
valeur de 10 milliards de dollars.
— L'amendement
de la tarification du gaz n'a-t-il pas joué en faveur de l'Egypte ?
— En
effet, cet amendement a été fondamental, pendant la période
de hausse des cours du pétrole. En juillet 2000, nous avons
fixé un prix plafond et un prix minimum pour le gaz naturel
acheté à nos partenaires étrangers. Cela a permis d'économiser
environ 1,150 milliards de dollars de juillet 2000 et à la
fin mai 2004.
— Est-ce
que cette hausse des cours du pétrole vous paraît logique,
malgré l'augmentation de la production saoudienne ?
— Les raisons
de cette hausse sont nombreuses, nous pouvons les résumer
comme suit : l'inexactitude des informations relatives
à l'offre et à la demande internationales. L'énorme et rapide
croissance économique de la Chine et de l'Inde a mené à l'augmentation
inattendue de la demande internationale. Il y a aussi une
carence évidente de raffineries à l'échelle mondiale, et notamment
aux Etats-Unis et en Europe. En effet, aucune nouvelle raffinerie
n'a été créée dans le cadre de l'accord de Kyoto, entraînant
une hausse du prix de vente des produits pétroliers et par
conséquent l'augmentation des revenus des raffineries, ce
qui leur a permis d'acheter du brut à des prix élevés.
De plus, les
perturbations politiques et les appréhensions qui les accompagnent
dans certaines régions de production pétrolière au Moyen-Orient,
en Afrique et en Amérique du Sud ont influé sur les cours
du pétrole, entraînant leur hausse actuelle.
De même, les
grands pays consommateurs de pétrole, membres de l'OCDE et
notamment les Etats-Unis, ont relevé leurs réserves stratégiques
à leur niveau normal après avoir atteint des niveaux extrêmement
bas. A tout cela s'ajoute l'incapacité de l'Opep à pallier
les problèmes : l'organisation monopolise 38 % seulement
de l'offre internationale de brut.
— Vous
considérez le gaz naturel comme un pilier des exportations
égyptiennes. Quand commencera l'acheminement de gaz liquéfié
vers l'Europe ?
— Les exportations
commenceront à la fin de l'année vers l'Espagne et l'Italie
grâce à l'usine de liquéfaction construite à Damiette dans
le Delta. Sa capacité devra atteindre 7,5 milliards de mètres
cubes par an. C'est la plus grande unité de liquéfaction au
monde. Contribue au projet la compagnie Union Fenosa Gaz
(hispano-italienne) pour 80 %, et le secteur pétrolier
égyptien pour 20 % avec des investissements de 1,3 milliard
de dollars.
Deux autres unités
de production de gaz liquéfié sont en cours d'exécution dans
la région d'Edcou (aussi au nord) pour une capacité de 10
milliards de mètres cubes annuel, et un investissement de
1,9 milliard de dollars. La première unité commencera à exporter
du gaz vers la France, mi 2005, et la seconde vers les Etats-Unis
et l'Italie à la fin de cette même année.
Les projets égyptiens
d'exportation de gaz naturel liquéfié sont des projets records
sur le plan mondial, que ce soit au niveau de la période d'exécution,
des coûts ou du transfert de technologie. En effet, 6 années
se sont écoulées entre la découverte du gaz et le début de
son exportation. Ces projets assurent à l'Egypte une place
de poids sur la carte des exportations, et elle figurera parmi
les 6 plus grands pays exportateurs de gaz liquéfié.
— Quelles
nouvelles du gazoduc arabe, dont les travaux sont en retard
de quelques mois ?
— Au cours
de la troisième réunion des ministres du Pétrole tenue en
Syrie en mai 2004, la Syrie a fait part de sa volonté d'exécuter
la troisième étape du gazoduc arabe qui démarre près de la
frontière jordano-syrienne et va jusqu'à Homs au centre de
la Syrie. Le diamètre de ce gazoduc doit être de 36 pouces
dans un premier temps. A également été envisagée la possibilité
de fournir le Liban en gaz à travers une branche du gazoduc
reliant Homs à la frontière syro-libanaise.
Il a été convenu
également de parachever le ligne du gazoduc arabe à l'intérieur
des territoires syriens jusqu'à la frontière syro-turque à
partir de Homs. Ces travaux doivent être exécutés par la Syrie
ou par la compagnie arabe du gaz. Ce dernier tronçon a été
décidé suite à la dernière réunion euro-méditerranéenne des
ministres de l'Energie et du Pétrole tenue fin décembre 2003
à Rome, et qui a vu la signature de deux déclarations de
principe. La première regroupe l'Egypte, la Syrie,
le Liban, la Jordanie et la Turquie pour une coordination
afin de prolonger le gazoduc arabe à travers la Syrie et la
Turquie. La seconde regroupe l'Egypte, la Syrie, la Turquie,
la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie et l'Autriche pour la
coordination concernant le prolongement de ce gazoduc vers
le centre de l'Europe.
— La
semaine dernière, le secteur des transports a traversé une
crise d'offre du diesel, son principal carburant. Quelles
en sont les raisons ?
— D'abord,
je voudrais souligner que j'ai donné des directives au président
de l'Organisme du pétrole de mettre sur le marché 20 %
de plus que les quantités habituellement commercialisées à
cette période de l'année. Ces quantités supplémentaires viennent
des réserves stratégiques et ont comblé la hausse imprévue
de la demande. Cette crise a surgi à cause des rumeurs qui
ont circulé disant que les prix du diesel allaient augmenter,
ce qui a poussé les gens à chercher à stocker. Plusieurs stations
ont à leur tour caché leur diesel, pour pouvoir le vendre
plus tard à un prix plus élevé.
— Un
carburant 92, plus cher, a été dernièrement lancé sur le marché.
Est-ce que cette mesure s'inscrit dans le cadre d'un plan
de réduction des subventions sur les carburants ?
— Le
carburant octane 92 est conforme aux normes européennes. Il
ne contient pas de plomb et est respectueux de l'environnement.
Les propriétaires
de voitures récentes cherchent à se procurer du carburant
à octane élevé et à un prix modéré par rapport au carburant
octane 95 qui est à 1,75 L.E. le litre. La diversité des carburants
80, 90, 92, 95 est le meilleur moyen de répondre aux besoins
de tous les consommateurs.
Pour ce qui est
des subventions directes, c'est-à-dire de la différence entre
le prix de vente local et le coût de production, elles sont
passées de 15 milliards de L.E. à 22 milliards en 2003/2004.
A la lumière des sommes énormes versées par l'Organisme du
pétrole — elles sont retranchées de ses revenus
directs — je trouve qu'il faut rationaliser la consommation
de produits pétroliers. Ces sommes influent directement sur
le secteur quant à la réalisation de ses objectifs stratégiques
et sur les ressources en monnaie locale et en devises de l'Etat.