Plus de
277 maisons palestiniennes à Rafah, dans le sud de la
bande de Gaza, où logeaient 2 066 Palestiniens,
ont été détruites durant l'opération « Arc-en-ciel »
menée par l'armée israélienne. Ce chiffre rapporté par
l'Office de secours et de travaux des Nations-Unies
pour les réfugiés de Palestine
au
Proche-Orient (UNRWA), montre évidemment qu'il s'agit
de la plus grave campagne de démolition de maisons à
Rafah depuis le début de l'Intifada en septembre 2000.
Selon le même rapport, l'armée israélienne a démoli
1 476 maisons palestiniennes à Rafah depuis septembre
2000, rendant 14 666 Palestiniens sans abri.
La destruction
des maisons est la méthode d'épuration ethnique favorite
d’Israël. C'est ce qu'a démontré aussi le Centre palestinien
pour les droits de l'homme en publiant un rapport le
17 mai relatif aux « actes de démolition et
de destruction des terres agricoles et des maisons,
ainsi que des propriétés civiles menés par les forces
de l'occupation israéliennes ». Ce rapport
s'est limité à la bande de Gaza et couvre la période
du 1er avril 2003 au 30 avril 2004. La région de Rafah
a vécu une réelle catastrophe et représenté un exemple
criant de la destruction et de la démolition des demeures
civiles, par rapport à l'ensemble des territoires palestiniens
occupés. Les forces militaires de l'occupation ont détruit,
depuis le début de l’Intifada jusqu'au 30 avril 2004,
1 059 maisons de façon totale, et des centaines
de maisons et d'habitations ont été partiellement détruites,
la plupart étant devenues inaptes à l'habitation. La
période couverte par le rapport montre une intensification
évidente et une augmentation nette du nombre des opérations
de démolition entreprises par les forces d'occupation.
Celles-ci ont détruit 487 maisons dans Rafah, ce qui
représente 46 % du nombre total des maisons détruites
depuis le début de l’Intifada le 29 septembre 2000.
Ces opérations se sont concentrées le long de la frontière
avec l'Egypte, et dans une grande mesure dans le camp
de Rafah, le quartier Qashta, ash-Shair, à l'est de
la porte Salaheddine, qui se trouve à la frontière,
le quartier Barazil, le quartier Salam, la zone Tel
Zurub, à l'ouest de Rafah et autour de la zone Mawraj.
Selon
Moustapha Barghouti, secrétaire général de l’Initiative
nationale palestinienne (ONG palestinienne), la persécution
israélienne de la population de Rafah n’a pas cessé
depuis le début de l’Intifada. Secteur le plus peuplé
d’une des régions les plus surpeuplées de la planète,
le peuple de Rafah a vu sa terre se réduire sous ses
pieds comme une peau de chagrin au fil d’incursions
israéliennes qui lui ont systématiquement ôté foyers,
moyens de survie et dignité.
En théorie
ville à part entière, Rafah fut coupée en deux lors
des accords de Camp David, en 1978, une moitié appartenant
désormais à l’Egypte. Depuis, des colonies israéliennes
ont été établies le long de la côte, empiétant toujours
plus loin vers l’intérieur de la ville déjà divisée.
Aujourd’hui,
le secteur palestinien de Rafah est un ramassis disparate
de sordides camps de réfugiés, encerclés par un nœud
de fer, l’infrastructure de la ville détruite, ses habitants
démunis. Le taux de chômage s’y élève à plus de 80 %.
Israël a pris pour cible l’infrastructure urbaine, laissant
les camps dans des conditions sanitaires déplorables.
Au-delà
de la démolition d’habitations, l’étau militaire israélien
sur Rafah s’est lui aussi resserré ; les conséquences
en sont désastreuses. Son emplacement à la frontière
égyptienne fait de Rafah un site de la bande de Gaza
d’une importance stratégique vitale, à l’économie appauvrie.
« Selon la honteuse logique israélienne, la
ville est devenue la cible de prédilection de ce désir
d’écraser tout semblant d’autonomie économique dans
les territoires occupés. Les travailleurs locaux cherchant
à accéder à leur travail en Egypte se voient régulièrement
interdits de passage à la frontière, voire refuser le
retour dans la ville en fin de journée », révèle
Barghouti.
Conscients
de la menace démographique que constitue l’augmentation
de la population palestinienne, à Rafah le nettoyage
ethnique a déjà commencé. « Non content de l’avoir
réduite à un état de dépendance totale, Israël nourrit
l’objectif d’éradiquer la ville au pas à pas. Le monde
doit réagir, il le faut », conclut Barghouti.
D'ailleurs,
même le ministre israélien de la Justice, Yossi Lapid,
survivant de l'holocauste, a fait scandale en déclarant
que les images de l'offensive de Tsahal sur le camp
de réfugiés palestiniens de Rafah lui rappelaient les
souffrances de sa famille à l'époque des nazis.