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Israël-Palestine . Dans l'attente de l'application par Sharon de son plan de retrait unilatéral de Gaza, les Palestiniens se préparent tant bien que mal à assurer la sécurité de la zone qui sera évacuée. L'Egypte pourrait envoyer des experts en renfort.
Le cadeau empoisonné

Gaza,
De notre correspondant —

Comment les Palestiniens se préparent-ils à la nouvelle donne qui résultera du retrait israélien de Gaza ? Une question qui se pose avec insistance dans les territoires palestiniens, à Rafah notamment, qui se remet difficilement des séquelles de l'opération meurtrière israélienne. Si la question amorce un nouveau tournant, c'est aussi à la suite de la visite qu'a effectuée Omar Soliman, chef du service égyptien de renseignements, dans les territoires palestiniens et en Israël la semaine dernière, au cours de laquelle il s'est entretenu et avec le président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat et avec le premier ministre israélien Ariel Sharon. Une source diplomatique nous a confié que « la visite d'Omar Soliman s'est soldée par un succès et qu'une première rencontre entre le premier ministre palestinien Ahmad Qorei et son homologue israélien Sharon aurait lieu dans les prochains jours ». La même source s'est déclarée persuadée qu'un « mouvement vers l'apaisement serait amorcé ».

Certes, ses propos plus ou moins optimistes contrastent avec l'opinion de la majorité des Palestiniens qui considèrent que le plan de désengagement unilatéral d'Ariel Sharon n'est qu'une manœuvre dont le seul but est de consacrer l'occupation israélienne des territoires palestiniens. Ils mettent en garde contre la publicité faite autour de cette initiative et le fait de la considérer comme le début d'une évacuation israélienne des territoires. L'opinion palestinienne se fonde dans son pessimisme sur le fait que le plan de désengagement se trouvera allégé face à l'opposition du Likoud. D'ailleurs, le premier ministre n'a-t-il pas remis d'une semaine le vote du cabinet sur son plan ? N'a-t-il pas modifié le plan initial pour qu'il se déroule selon un programme progressif de 4 étapes ? La première devrait consister en l'évacuation des colonies de Netzarim, Morage et Refih yam, à Gaza. Lors de la deuxième, il s'agira d'un retrait de colonies isolées, Ghonem, Kedim, Homeche, Woussa et Nour. La troisième étape est le rassemblement des colonies Ghoush Katif et Kfar Drom. Tandis que la dernière étape verra l'évacuation des colonies du nord de Gaza. Le plan doit se terminer fin 2005. L'une des multiples ombres au tableau est la poursuite par Israël de la construction du mur de séparation. Il maintiendra le contrôle sur les frontières terrestres de Gaza, ainsi que sur l'espace aérien et poursuivra ses opérations dans les eaux territoriales de Gaza qui seront un secteur désarmé. Israël se réservera le droit de faire usage de la force pour faire face à toute menace contre sa sécurité qui émanerait du secteur de Gaza. Il s'agira aussi de recourir à des opérations préventives le cas échéant.

Que peuvent faire les Palestiniens face aux habits neufs du plan Sharon ? Selon Gamil Al-Magdalawi, membre du bureau politique du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) et l'un des principaux dirigeants de ce mouvement, « le retrait israélien de Gaza est une forte possibilité, mais n'est pas inéluctable. De nombreux facteurs peuvent le reporter à une date indéterminée. Il s'agit notamment de la situation interne en Israël, des différends et des divergences entre les membres du Likoud ». Al-Magdalawi ajoute que Sharon n'est arrivé à cette option de retrait de Gaza que suite à des facteurs politiques, démographiques et personnels. Pour lui, le principal élément est « cette résistance héroïque dont a fait preuve le peuple palestinien au cours de l’Intifada ».


Les intérêts d'Israël en premier

Quoi qu'il en soit, il rappelle que le retrait de Gaza, s'il a lieu, sert les intérêts de Sharon et de son plan de « règlement transitoire à long terme », c'est-à-dire le retrait de la totalité ou de la grande majorité de Gaza, et de 42 % de la Cisjordanie. Les Palestiniens pourraient proclamer leur Etat sur ces portions de territoire. Par la suite, les deux Etats entreraient en négociations sans calendrier contraignant sur un règlement définitif. Al-Magdalawi estime que la politique de Sharon au cours des semaines à venir se concentrera sur les points suivants :

— Accélérer la construction du mur de l'apartheid en Cisjordanie.

— Accélérer la judaïsation de Jérusalem-Est qui serait vidée de ses habitants arabes.

— Attirer la résistance dans des batailles que déterminerait Sharon, de manière à ce qu'Israël mène de vastes incursions dans les territoires palestiniens comme cela s'est passé à Zeitoun, à Rafah et à Gaza.

— Poursuivre la chasse aux dirigeants palestiniens et aux cadres de la résistance pour perturber la scène palestinienne et pousser les Palestiniens à se combattre.

Afin de faire face à ce plan et pour que le retrait de Gaza ne se transforme pas en piège pour les Palestiniens, Al-Magdalawi estime nécessaire le renforcement de l'unité nationale palestinienne. C'est le moyen de protection du projet national palestinien. « Il faut remettre de l'ordre dans la maison palestinienne », renchérit-il. Pour ce faire, il propose la création d'un commandement palestinien unifié auquel participent toutes les forces et factions nationales et islamistes. « Il faut mettre fin au processus unilatéral de prise de décision », affirme-t-il. Le membre du FPLP s'oppose à la suggestion de certains milieux palestiniens de créer une administration pour le secteur de Gaza. « C'est une erreur parce que le projet national palestinien est de libérer tous les territoires palestiniens occupés et pas seulement le secteur de Gaza », relève-t-il.

Il est à noter que Gaza connaît depuis quelque temps une situation incontrôlée en matière de sécurité. La loi est bafouée, les jeunes sont de plus en plus porteurs d'armes, ce qui augmente les appréhensions des Palestiniens de voir éclater des troubles internes, notamment sur le moyen de gérer le territoire qui serait évacué par Israël à Gaza.

Selon le général Amin Al-Hendi, directeur des renseignements palestiniens, ses services sont là pour « protéger la patrie palestinienne, le citoyen, son droit à la vie, à la propriété ». Et d'ajouter qu'il faudrait aussi « protéger l'Autorité palestinienne et les engagements de l'OLP tels que figurant dans les accords déjà conclus ». Il reconnaît cependant qu'il existe des « excès » dans l'action des services de sécurité palestiniens. Mais « nous nous efforçons de ne pas en faire la règle. Nous avons proposé la promulgation par le pouvoir législatif d'une loi organisant le travail des autorités de sécurité et leur fonctionnement », précise-t-il.

Il explique cependant les abus par les difficultés auxquelles ont dû faire face les services de sécurité palestiniens après les agressions israéliennes continuelles. « Faiblesse et recul » ont été les résultats des bombardements et destructions des locaux de ses services, l'arrestation d'un grand nombre de cadres de sécurité par les Israéliens. Mais il ne manque pas de reprocher à l'Autorité palestinienne son « incapacité » à contrôler la situation sécuritaire. « De plus, Israël et les Etats-Unis veulent que les services palestiniens assurent la sécurité de l'Etat hébreu », renchérit le responsable.

L’Egypte apporterait une assistance dans ce contexte de la sécurité qui semble d'ores et déjà un des premiers tests attendant les Palestiniens. Le Caire a annoncé avoir accepté à la demande d'Israël de jouer un rôle de sécurité à Gaza, où elle est disposée à envoyer immédiatement des « experts » pour aider l'Autorité palestinienne. Le président Hosni Moubarak s'est en effet déclaré prêt, dans un message adressé au premier ministre israélien Ariel Sharon, à « dépêcher immédiatement un groupe d'experts spécialisés dans tous les domaines, dont la sécurité, dans les territoires palestiniens ».

Leur rôle serait « d'aider l'Autorité palestinienne à assumer ses responsabilités en matière de sécurité ». C'est la première fois que l'Egypte, qui administrait la bande de Gaza avant son ocen 1967, accepte de s'impliquer directement. Le Caire avait auparavant déclaré être prêt à aider à la formation de policiers palestiniens à Gaza pour assurer la sécurité après un éventuel retrait.

Les défis ne manquent pas. Al-Hendi relève cependant qu'en dépit de ces problèmes, ses services se donnent comme mission de « prendre le contrôle de toute terre dont se retirerait Israël, d’éviter toute atteinte à la sécurité, tout abus », parce qu'il est convaincu « qu'un certain désordre se produira à Gaza à la suite du retrait ».

Mohamed Moustapha

L'Egypte ne sera pas le gendarme d'Israël à Gaza

Emad Gad, rédacteur en chef du mensuel Israeli Digest publié par le Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques d'Al-Ahram (CEPS), affirme que Le Caire se limitera à la formation des policiers palestiniens après un retrait d'Israël.

Al-Ahram Hebdo : Quelle est la différence entre le premier plan de retrait de la bande de Gaza et celui modifié et devant être présenté au Conseil des ministres israélien ?
Emad Gad : C'est tout à fait simple. Le plan en fait reste le même. C'est une question de calendrier. Ariel Sharon propose au lieu d'évacuer en une seule fois toutes les colonies de la bande de Gaza et les trois isolées en Cisjordanie dont il avait parlé, de se retirer par étapes. Il s'agit de 4 étapes dont la dernière s'achève en 2005.

— Quel rôle Israël demande-t-il à l'Egypte de jouer dans cette affaire ?
— Israël veut que les autorités égyptiennes assument deux tâches. La première serait d'assurer la sécurité à l'intérieur de la bande de Gaza elle même, ce qui a été refusé catégoriquement par l'Egypte qui ne veut pas jouer le rôle du gendarme qui empêche les attaques palestiniennes contre les Israéliens. C'est une fourberie de la part de Sharon. Il veut que l'Egypte agisse ainsi à Gaza et que la Jordanie fasse de même dans l'avenir en Cisjordanie. L'Egypte a uniquement accepté d'entraîner les policiers palestiniens ou d'envoyer des experts pour les aider à améliorer leur performance. La deuxième tâche consiste à augmenter le nombre de garde frontières égyptiens le long du corridor dit Philadelphia qui sépare Rafah la palestinienne de Rafah l'égyptienne. Sur ce point, les deux parties étaient presque d'accord. Mais il fallait ajouter ou modifier une clause aux accords de Camp David. Avec l'assassinat du cheikh Yassine, les négociations se sont arrêtées.

— Aujourd'hui on constate cependant un retour des contacts entre Israël et l'Egypte sur cette question et on parle même de pressions égyptiennes sur les Palestiniens ...
— Il y a eu une escalade israélienne contre l'Egypte, l'accusant de favoriser la contrebande d'armes aux Palestiniens à travers des tunnels à Rafah. Le Caire veut mettre fin à ce type de discours. Il voit en tout cas que n'importe quel retrait israélien est un point en faveur des Palestiniens. Mais il veut introduire cela dans le cadre de la Feuille de route pour qu'il ne s'agisse pas d'un simple retrait sans engagement politique. Quant aux Palestiniens, le fait qu'Arafat ait le monopole des services de sécurité pose un problème pour les Israéliens, les Américains et même les Palestiniens. L'Egypte cherche à le convaincre de séparer les volets politique et sécuritaire et de laisser ce dernier aux mains du premier ministre ou du chef de la sécurité.

— L'Egypte, en acceptant de jouer un rôle dans les affaires sécuritaires à Gaza, ne veille-t-elle pas aussi sur ses propres intérêts ?
— C'est vrai, l'intérêt de l'Egypte et de tous les pays arabes est de mettre fin à l'occupation israélienne. L'anarchie dans la bande de Gaza affectera l'Egypte. En plus, n'importe quel rôle des autorités égyptiennes en matière de sécurité dans les territoires sera bien vu par les Etats-Unis.

Propos recueillis par
Samar Al-Gamal

 

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