Jeudi, sous la
pluie londonienne, 3 heures du matin, Abou-Hamza Al-Masri
(l’Egyptien) a été arrêté par les officiers de Scotland Yard
dans sa maison de Shépard Bush à l’Ouest de la capitale. Abou-Hamza
est l'une des figures les plus tapageuses de l'islam radical
en Grande-Bretagne. D'origine égyptienne, l'ancien imam de
la mosquée salafiste de Finsbury Park au Nord de Londres est
depuis jeudi 27 mai sous les verrous dans le cadre d'un mandat
d'arrêt lancé par les Etats-Unis.
Né à Alexandrie
d'un père officier, sous le nom de Moustapha Kémal, il était
arrivé à Londres en 1979 pour y suivre des études d'ingénieur.
Il a d'abord travaillé comme videur dans plusieurs boîtes
de nuit. Fondateur en Grande-Bretagne du mouvement des supporters
de la charia. Il s'était fait remarquer, à partir de 1996,
pour ses critiques violentes à l'encontre des Etats-Unis et
d'Israël. Depuis des années, l'homme défraye la chronique
avec ses appels répétés au Djihad, la guerre sainte, et son
allure de capitaine Crochet. Il prétend avoir perdu un œil
et ses deux avant-bras lors de son Djihad contre l'armée rouge
soviétique en Afghanistan. Selon lui, c'est une mine soviétique
qui l'aurait handicapé durant son séjour de trois ans et demi
dans les montagnes du Panshir, à partir de 1989. Mais selon
d'autres sources, il s'agirait en réalité d'un accident.
Ce prêcheur au
fervent discours anti-occidental a comparu jeudi après-midi
devant un tribunal londonien quelques heures après son arrestation.
Il pourrait être extradé vers les Etats-Unis. Dans une interview
téléphonique accordée à Al-Ahram Hebdo, la porte-parole
du Home Office (le ministère britannique de l'Intérieur) a
expliqué que « la demande américaine a été approuvée
mais elle n’a toujours pas été examinée par le CPS (Crown
Service Persecution le Parquet de la couronne). Elle ne
voit pas Abou-Hamza quitter le pays avant au moins 2 ans.
Elle explique : « La décision de la Cour britannique
n’a pas été encore prise. Le district juge va décider si Abou-Hamza
sera extradé aux Etats-Unis ou non. Seulement après, le ministre
de l’intérieur décidera de son départ . Ce qui prendrait
2 années supplémentaires, selon elle. Question de temps et
de procédure.
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Pour les Américains,
c'est un homme très recherché et dangereux pour la sécurité
de leur pays. Le secrétaire américain à la Justice, John Ashcroft,
a annoncé qu'Abou-Hamza était inculpé aux Etats-Unis .
Les Etats-Unis
et le Yémen le réclamaient pour de présumées activités terroristes.
Il a été inculpé à New-York avec 11 chefs d'accusation liés
au terrorisme, notamment de prises d'otages. Il aurait aussi
tenté de créer un camp d'entraînement paramilitaire dans l'Oregon.
Pour les autorités yéménites, Al-Masri serait lié à l'Armée
islamique d'Aden-Abyane, liée à Al-Qaïda, responsable de l'enlèvement
de 16 touristes occidentaux, dont quatre ont trouvé la mort
à la fin décembre 1998. Dix hommes, dont le fils d'Abou-Hamza,
ont été condamnés à des peines allant de sept mois à sept ans
de prison dans le cadre de ce dossier. Il y a moins d'un mois,
Abou-Hamza aurait aussi apporté son soutien au GIA, le Groupe
islamique armé algérien, à l’organisation égyptienne du Djihad
islamique, à un groupe armé au Cachemire et à Al-Qaïda. Il aurait
également encouragé et soutenu la participation à des combats
à l'étranger et à des actes terroristes au nom du djihad.
Abou-Hamza figurait
donc sur la liste noire américaine et yéménite depuis longtemps.
Pourtant en Grande-Bretagne, il a été toléré pendant de longues
années. Sa mosquée, très visible, permettait au MI5, le service
de sécurité intérieure, de surveiller les extrémistes islamistes.
Et même si en février 2003, la police, après le démantèlement
d'un réseau algérien soupçonné de préparer des attentats, l'a
chassé de son bastion de Finsbury Park et l'a démis de ses fonctions
d'imam, il continuait à prêcher chaque vendredi à l'extérieur
de la mosquée devant quelques dizaines de partisans. Deux mois
après cette décision, le ministre de l'Intérieur, David Blunkett,
a engagé une procédure pour lui retirer sa citoyenneté britannique,
acquise après son mariage avec une catholique anglaise il y
a plus de 20 ans et dont il est aujourd’hui séparé. Au terme
d'une loi adoptée peu de temps auparavant, toute personne détenant
la double nationalité peut perdre la britannique si elle porte
atteinte aux intérêts et à la sécurité du royaume. L'imam conteste
depuis cette mesure. Aujourd’hui, quoiqu'en détention, Abou-Hamza
est toujours un citoyen britannique qui conteste la décision
de son ministre de l'Intérieur, selon la porte-parole du ministère.
Un citoyen britannique qui aurait même droit à l’argent public
pour se défendre contre la décision de l’Etat.
La presse britannique
doute que la demande de son extradition vers les Etats-Unis
soit rapidement acceptée, étant donné l'impartialité du système
judiciaire britannique. Les journaux soulignent que le système
judiciaire britannique est lui-même prisonnier de son propre
libéralisme. La question qui se pose alors est la suivante :
si Abou-Hamza a de tout temps été recherché par plusieurs pays
et s'il a de tout temps joui de la tolérance du Royaume-Uni
qui n’a jamais détenu assez de preuves pour l’arrêter, pourquoi
Scotland Yard est-il venu l’arrêter aujourd'hui seulement ?
La porte-parole du ministère de l'Intérieur britannique n’a
pas de réponse.
Pour les organisations
des droits de l'homme, les priorités sont bien différentes.
Qu’il soit britannique ou pas, le Royaume-Uni est bien un pays
d'accueil qui doit s’assurer des engagements américains avant
de le livrer. Nichole Choueiry, porte-parole d’Amnesty International,
explique que l’affaire d'Abou-Hamza a été évoquée avec le ministre
britannique de l’Intérieur David Blunkett. « Nous lui
avons demandé de s’assurer qu’Abou-Hamza ne sera pas condamné
à la peine de mort, une fois rapatrié aux Etats-Unis »,
explique-t-elle. « Il est vrai que le ministre de l'Intérieur
a déclaré qu’il n’y aura pas de peine de mort, mais nous voulons
aussi qu’il ait des assurances qu’Abou-Hamza ne sera pas torturé.
Il faut que les autorités britanniques aient accès à son lieu
de détention pour surveiller son traitement et veiller là-dessus »,
assure-t-elle.
Le quotidien Al-Ahram
annonçait dimanche qu'Abou-Hamza ne détenait plus la nationalité
égyptienne. Il en a été déchu conformément à la loi après avoir
obtenu la nationalité britannique sans en informer les autorités
égyptiennes.
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