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Drogue . Avec un chiffre d'affaires de trois milliards de L.E. et environ 2 millions de consommateurs, l'Egypte est l'un des pays d'Afrique les plus concernés par le trafic de stupéfiants. Enquête à l'occasion de la tenue cette semaine au Caire de la réunion annuelle des responsables de la lutte anti-drogue en Afrique.
L'Egypte, un pays de transit

On se souvient encore de la bataille qui a opposé il y a quelques semaines dans le village de Nékheila, à Sohag en Haute-Egypte, les forces de l'ordre aux barons de la drogue. La chute de cet important fief du commerce des stupéfiants a donné lieu à une série d'interrogations. L'Egypte est-elle devenue une plaque tournante du trafic de drogue en Afrique et au Proche-Orient ? Par où transite la drogue et quels sont les réseaux de trafic ? La question a été à nouveau posée cette semaine à l'occasion de la tenue au Caire de la réunion annuelle des chefs des départements anti-drogue en Afrique (voir encadré).

Les pertes économiques dues aux activités liées à la drogue se chiffrent en milliards de L.E. Au cours des dix dernières années, les procès liés au trafic de drogue se sont multipliés en Egypte. Pourtant, selon les responsables, l'Egypte n'est pas un centre important pour le trafic de drogue. « L'Egypte a fait un grand effort dans ce domaine. La multiplication des procès est une preuve de la réussite des appareils de lutte contre le trafic de drogue », estime le général Moustapha Al-Kachef, ancien responsable du département de lutte anti-drogue au ministère de l'Intérieur.

C'est dans les années 1970 et 1980 que le commerce de la drogue a connu ses meilleurs jours en Egypte, favorisé par la politique de l'Infitah ou de l'ouverture économique lancée par l'ancien président Anouar Al-Sadate. Dans les années 1980, la drogue rentrait en Egypte à travers le Canal de Suez. Aujourd'hui, les trafiquants suivent des itinéraires différents pour échapper au contrôle de la police. Vu sa situation géographique, l'Egypte se pose aujourd'hui comme un pays de transit. Elle a souvent attiré l'attention de trafiquants à la recherche d'un centre de distribution. « Pendant de longues années, le Liban a été l'un des principaux fournisseurs de résine de cannabis (haschisch) et autres drogues douces sur le marché égyptien », explique une source du ministère de l'Intérieur ayant requis l'anonymat. Les navires chargés de cannabis quittaient le Liban et traversaient la Méditerranée en direction de la Libye où la marchandise était réacheminée vers l'Egypte via le Désert occidental. Pour les trafiquants, il s'agissait surtout d'un moyen de contourner les côtes méridionales de l'Egypte où la surveillance est renforcée. « Le commerce en provenance du Liban a ensuite connu une certaine régression avant de reprendre récemment. Les trafiquants dans ce pays ont trouvé qu'il était plus facile d'exporter leurs marchandises vers d'autres régions », explique la source du ministère de l'Intérieur.

En réalité, les trafiquants de drogue changent souvent d'itinéraire pour ne pas se faire repérer. L'autre grande filière, la plus en vogue actuellement, est celle du Maghreb arabe. La marchandise part du Maroc, traverse l'Afrique du Nord et arrive en Egypte via le Désert occidental. D'autres filières existent encore. Des pays comme le Pakistan et la Turquie sont pourvoyeurs mais de manière occasionnelle. Des navires en provenance de ces deux pays sillonnent l'océan Indien et s'engagent en mer Rouge par le détroit de Bab Al-Mandab afin de livrer leur marchandise.


Une armée de petits trafiquants

Pour faire face à ce trafic, il est nécessaire de se doter de moyens importants. Mais pour le général Al-Kachef, il est impossible de mettre totalement fin au trafic de drogue. « Aujourd'hui, nous avons en Egypte affaire non pas à de grands réseaux mais à une multitude de petits trafiquants qui ont recours à des moyens extrêmement ingénieux pour faire circuler leur marchandise ». A chaque fois que les services de lutte anti-drogue découvrent les moyens utilisés par les trafiquants, ces derniers s'ingénient à en découvrir d'autres encore plus difficiles à détecter. L'un des moyens couramment utilisés consistait à faire circuler la drogue en la plaçant dans l'estomac de certains animaux comme les chameaux ou les ânes. Ces animaux traversaient le désert entre la Libye et l'Egypte sans susciter le moindre soupçon.

Le général Mohamad Farahat, chef des opérations au département de la lutte anti-drogue, énumère quant à lui les différentes variétés de drogue sur le marché égyptien. Le bango (variété de cannabis cultivée en Egypte) arrive en premier lieu, avec 76 % de l'ensemble des marchandise saisies. Il est suivi par le cannabis (11 %), l'héroïne (5 %), l'opium et la cocaïne. « Nous avons réalisé un grand succès récemment en lançant des campagnes en Haute-Egypte pour traquer les trafiquants de drogue. Quatre campagnes en tout ont été lancées jusqu'à présent durant l'année en cours en coordination avec l'armée égyptienne et les forces aériennes », annonce le général Farahat. Le ministère de l'Intérieur affirme avoir mis en échec en 2003 un trafic de l'ordre de 600 millions de L.E.

Chérine Abdel-Azim

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L'Afrique coordonne son action dans la lutte anti-drogue

C'est dans le cadre des festivités organisées à l'occasion du 75e anniversaire de la création du département égyptien de lutte contre la drogue au sein du ministère de l'Intérieur que Le Caire a accueilli du 30 mai au 3 juin la réunion des responsables africains des départements anti-drogue. L'Egypte avait déjà accueilli en 1990 et en 1996 de telles réunions, qui se tiennent annuellement. La conférence a été organisée par le département de la lutte contre la drogue au ministère de l'Intérieur en coordination avec le Conseil économique et social des Nations-Unies. 31 pays africains, dont la Libye, le Soudan, le Maroc, Togo, l'Afrique du Sud y ont participé. L'Allemagne, l'Italie, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite étaient également présents en qualité d'observateurs. Les discussions ont porté sur le trafic de drogue sur le continent noir. Plusieurs accords bilatéraux ont été signés surtout entre les pays liés par une même ligne de trafic. Le ministre de l'Intérieur, Habib Al-Adeli, a souligné « l'importance de cette réunion au moment où le trafic de drogue menace les efforts de développement économique ». Al-Adeli a expliqué que le trafic de drogue est lié à d'autres crimes plus dangereux comme le terrorisme, la corruption et le blanchiment d'argent. Il a de même souligné la nécessite d'une coordination entre les pays en matière d'extradition des criminels et de l'échange des informations et des expériences. Enfin, le ministre a exigé un contrôle plus accru des ports et aéroports ainsi que des frontières entre les différents pays africains.

 

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