| |
|
Gouvernorats
. Dix ans après le lancement du plan national de développement
du Nord-Sinaï en 1994, le gouvernorat sort enfin de l'isolement.
Mais beaucoup reste encore à faire. Reportage.
|
| La
nouvelle vie du Nord-Sinaï |
«
L'installation de l'infrastructure était notre première
préoccupation. Notre objectif était effectivement
d'arrêter l'exode des habitants originaux du gouvernorat,
d'encourager le retour de ceux qui ont déjà
quitté le Sinaï et de transformer ce dernier en
un gouvernorat d'attraction pour les habitants de la vallée
du Nil », explique Hassan Wannane, responsable à
l'Organisme exécutif chargé du développement
urbain au gouvernorat. Ces objectifs étaient inscrits
dans le plan de développement du Sinaï lancé
il y a dix ans. 21 milliards de L.E. ont été
dépensés à cet effet. Et le résultat
? « L'électricité a été
installée dans 96 % des régions du gouvernorat.
Trois stations pour le dessalement de l'eau de mer ont été
construites ainsi que 3 stations de drainage sanitaire. De
même, le gouvernorat a crée 414 écoles,
9 hôpitaux, 54 unités sanitaires, 66 centres
de jeunesse, 38 directions des affaires sociales et 20 centraux
téléphoniques », lance fièrement
Wannane.
D'ici 2017, date de la fin du plan, 43 milliards de L.E. seront
consacrés à d'autres projets. Le coût
total du plan étant évalué à 64
milliards de L.E.
Ce bilan, positif du point de vue des responsables, n'a pourtant
pas réussi à attirer autant d'habitants que
ne le souhaitait le gouvernorat. En fait, en 1999, le nombre
d'habitants était évalué à 284
000 personnes, soit le double du chiffre enregistré
en 1982, date de la libération du Sinaï. Le gouvernorat
s'attendait à un débarquement massif de la main-d'œuvre.
Aujourd'hui, le gouvernorat compte 327 000 habitants. Le problème
majeur était le manque d’eau. En fait, même
avec les 3 nouvelles stations de dessalement, l'eau ne couvre
aujourd'hui que 85 % des besoins effectifs. « En 1999,
je ne voulais pas quitter mon village dans le gouvernorat
de Charqiya (au Delta) pour venir vivre dans un endroit où
il n'y avait pas de l'eau potable, pourtant les privilèges
étaient nombreux », raconte Hamed Al-Gharib,
âgé de 39 ans. Il affirme qu'il n'a changé
d'avis qu'après avoir été sûr que
l'eau arrivait bien à la terre qu'il voulait acheter.
Cela fut possible grâce à la construction du
canal Al-Salam. Aujourd'hui, Al-Gharib possède deux
feddans cultivés.
« Le canal Al-Salam a complètement changé
la vie au Nord-Sinaï, bien qu'il ne fonctionne qu'à
88 % de ses capacités. Il faudra attendre jusqu'à
juin 2007 pour que ce projet soit terminé. A mon avis,
l'image sera encore plus positive », affirme un responsable
au gouvernorat. Le but de ce canal est de transporter l'eau
du Nil vers le Nord-Sinaï. Son coût s'élève
à 5,7 milliards de L.E. et il doit alimenter en eau
au moins 400 000 feddans au Nord-Sinaï, dont 192 000
sont déjà cultivés. Les gens sont pourtant
sceptiques quant au fait que ce canal sera achevé à
temps car tous les investissements de l'Etat sont aujourd'hui
dirigés vers Tochka (au sud).
Malgré tout, les habitants ressentent aujourd'hui le
changement. Les nouveaux agriculteurs cultivent surtout des
pèches, des fraises et des cantaloups, sans compter
les légumes. « Je possède aujourd'hui
5 feddans cultivés de fraises. Le feddan produit 20
tonnes que j'exporte en entier vers des pays arabes »,
dit Atef Matar, propriétaire d'une ferme à Cheikh
Zoweid, à 15 km de Rafah. « Autrefois, nous devions
faire la queue pendant des heures devant les véhicules
qui arrivaient d'Ismaïliya (sur le canal de Suez) et
qui nous transportaient les légumes et les fruits.
Aujourd'hui, tous nos besoins en légumes et fruits
ont été remplis », assure Naguiba Mahmoud,
paysanne. Le Nord-Sinaï produit actuellement 322 300
tonnes de fruits et de légumes dont la valeur s'élève
à 8 575 millions de L.E. 80 % du produit visent à
couvrir les besoins du gouvernorat et à la vente dans
les gouvernorats de la vallée du Nil, alors que les
20 % qui restent sont destinés à l'exportation.
Dans ce contexte, il était nécessaire de faire
sortir le gouvernorat de son isolement. En 1996, le port d’Arich
a été construit avec un coût de 321 millions
de L.E. Au niveau du transport, la première phase d'une
ligne ferroviaire liant le gouvernorat d'Ismaïliya à
Arich (chef-lieu du gouvernorat du Nord-Sinaï), a été
installée sur une longueur de 100 km et d'un coût
de 700 millions de L.E. La deuxième phase de cette
ligne est en voie d'exécution visant à lier
ensuite Arich à Rafah. Le pont Al-Ferdane, destiné
au transport ferroviaire, au-dessus du Canal de Suez, a été
construit avec un coût de 650 millions de L.E. En 2001,
le pont suspendu Moubarak, au-dessus du Canal de Suez, a été
inauguré après quatre ans de travaux. Ce grand
projet dont le coût s'élève à 650
millions L.E., assure la liaison entre le gouvernorat et le
Delta à partir de la ville de Qantara, près
d'Ismaïliya. Il commence à partir de la route
Ismaïliya/Port-Saïd et se termine à la route
de Arich/Rafah. « La longueur du pont est de 9,5 km.
Il permet de traverser le canal en dix minutes, ce qui a beaucoup
facilité le commerce et le transport des marchandises.
Autrefois, le seul passage entre les deux rives du canal était
les bacs ou le tunnel Ahmad Hamdi. On devait attendre pendant
des heures l'arrivée des bacs ou l'ouverture du tunnel.
Ceci a provoqué parfois beaucoup de dégâts
dans les produits transportés, notamment quand il s'agit
de produits alimentaires », explique Mohamad Al-Sayed,
un chauffeur qui transporte des fruits du Nord-Sinaï
vers Alexandrie.
|
Industrie
en quête de main-d'œuvre
|
Le
développement industriel était aussi l'un des
objectifs du gouvernorat. A l'instar d'autres régions,
une zone industrielle a été créée.
L'Etat offre aux investisseurs les terrains avec leur infrastructure.
Le Nord-Sinaï renferme aujourd'hui 9 grandes usines qui
produisent du verre, du charbon, de la céramique, du
ciment et des produits alimentaires. « J'ai commencé
par un crédit accordé par le Fonds social. Le
gouvernorat m'a aidé à obtenir rapidement l'autorisation
de la construction et de l'achat des équipements nécessaires
», affirme Mahmoud Dorgham, propriétaire de la
seule usine de marbre au Nord-Sinaï, construite il y a
9 ans. Cet investisseur est en train de construire une usine
d'huile d'olive qui sera fonctionnelle dans quelques mois.
Pourtant, un des problèmes majeurs auxquels font face
les investisseurs est la main-d’œuvre. Pour encourager
la main-d'œuvre des autres gouvernorats à venir,
il fallait la motiver. Ainsi, le gouvernorat a offert 80 % d'augmentation
de salaire à toute personne qui se déplacera de
n'importe quelle région de l'Egypte vers le Nord-Sinaï.
« Je suis originaire de Mansoura. Je suis venu travailler
ici car je touche ici 1 000 L.E. alors que je ne touchais que
400 L.E. seulement », ajoute un des ouvriers dans l'usine
de marbre. Même son de cloche pour ceux qui travaillent
dans le domaine des services. « Je touche ici un salaire
deux fois plus élevé que celui que je touchais
dans mon gouvernorat d'origine, des primes plus importantes
et plus de vacances, sans compter que les prix ici sont très
abordables », assure Abdel-Hakim Mohamad, professeur originaire
de Charqiya (au Delta). Selon les statistiques du gouvernorat,
50 % des habitants du Nord-Sinaï sont des citoyens provenant
du Delta et de la vallée du Nil, dont 80 % sont venus
pour l'avantage financier.
|
Intégration
des bédouins
|
Les
habitants du Nord-Sinaï grosso modo sont contents des changements
dans leur gouvernorat. « C'est un nouveau mode de vie.
Autrefois, c'était le désastre : aucune route
goudronnée, aucune école, pas d'infrastructure.
Pour sauver une personne malade, on devait parcourir 200 km
à dos de chameau pour arriver à l'hôpital
le plus proche dans le gouvernorat d'Ismaïliya »,
se rappelle Saleh Khamis, originaire du gouvernorat. Il ajoute
que le Nord-Sinaï a beaucoup changé dans une période
de 20 ans depuis le retrait israélien. En fait, pour
sédentariser les bédouins, les habitants originaires
de la région, le gouvernorat a effectivement lancé
un plan pour leur développement social afin de les intégrer
dans la société.
Depuis 1986 donc, de nouvelles habitations en pierre ont commencé
à remplacer les anciennes maisons de bédouins
qui étaient construites en feuilles de palmiers et les
tentes. Plus important encore, les terres sur lesquelles ils
habitaient leur ont été accordées gratuitement
(voir encadré). « Pour les intégrer, il
fallait résoudre tous leurs problèmes. Nous leur
avons fourni toutes les matières alimentaires dont ils
avaient besoin et nous leur avons accordé les engrais
nécessaires pour cultiver la terre. Aujourd'hui, ils
s'autosuffisent. Nous les avons aussi inscrits sur les registres
de l'état civil », explique Hassan Wannane.
Mais malgré tous ces succès le gouvernorat marche
à pas très lents dans le développement
à cause d'une crainte que les responsables n'arrivent
pas à éliminer, à savoir le danger israélien.
Pourtant, l'objectif du gouvernorat est de compter dans cinq
ans, 3,5 millions d'habitants. |
Héba
Nasreddine |
|
|
Trois
questions
à Al-Sayed Eid Qotb, secrétaire général
du gouvernorat
du Nord-Sinaï. |
| Al-Ahram
Hebdo : Certains affirment que le développement du Nord-Sinaï
est en retard. Qu'en est-il exactement ? |
|
Al-Sayed
Eid Qotb : Nous ne sommes pas en retard. Nous avons accompli
beaucoup de choses au cours des 10 dernières années.
Par exemple, les projets du canal Al-Salam et de la ligne
ferroviaire Ismaïliya-Rafah ont été réalisés
à 85 % et il ne leur manque que la dernière
phase qui doit s'achever d'ici 2007 au maximum. En ce qui
concerne le reste du plan national du développement
du Nord-Sinaï, tout fonctionne naturellement. En fait,
l'Etat nous accorde les sommes nécessaires pour chaque
phase. Nous nous attendons à ce que le nord du Sinaï
devienne en 2017, date de la fin du plan, comparable à
n'importe quel autre gouvernorat du Delta ou de la Vallée
du Nil.
— Le plan de développement n'a donc fait
face à aucun obstacle ?
— Il existe bien sûr des obstacles. Le Nord-Sinaï
est un gouvernorat frontalier d’Israël. C'est pourquoi
avant de commencer notre plan de développement, il
nous fallait d'abord y assurer la sécurité stratégique
afin d'encourager les gens à y résider. Nous
avions aussi à faire face notamment à la pollution
de la mer causée par les déchets des colonies
israéliennes.
— Le Nord-Sinaï devait
être transformé en une région touristique.
Pourquoi ce projet n'a-t-il pas eu de succès ?
— Le nombre de touristes du Nord-Sinaï est limité.
Il ne dépasse pas les 50 000 pendant la période
estivale. Le Sud-Sinaï attire davantage les touristes,
notamment les stations balnéaires connues comme Charm
Al-Cheikh. Les visiteurs y sont aussi attirés par des
sites touristiques et historiques comme le mont Sinaï
et le monastère de Sainte-Catherine. Face à
cette concurrence, nous essayons d'investir dans nos plages
de la Méditerranée, notamment à Arich,
et d'organiser des festivals pour le patrimoine bédouin.
Nous organisons aussi des courses de chameaux.
|
| Propos
recueillis par H.N |
|
|