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Le sommet arabe s'adressait-il aux Etats-Unis ?
Par Mohamed Salmawy

Les dirigeants arabes qui s'étaient réunis à Tunis sont tombés dans une contradiction. Alors qu'avant le sommet, ils s'étaient élevés contre la demande des Etats-Unis à introduire des réformes, en invoquant que celles-ci doivent émaner de l'intérieur et non imposées de l'extérieur, ils ont adopté des résolutions qui représentent une réponse directe aux Etats-Unis.

Les régimes arabes ont paniqué à la vue du projet du « Grand Moyen-Orient » qui sera soumis au sommet du G-8 prévu en Géorgie aux Etats-Unis, en juin. Les dirigeants ont eu peur que les réformes ne menacent leur maintien au pouvoir, ils se sont alors hâtés d'attaquer le document avançant que la réforme doit émaner de l'intérieur et non de l'extérieur. Et puisque les appels aux réformes étaient uniquement des appels populaires, les leaders arabes se sont trouvés dans l'obligation de proposer un programme de réformes qui les engagerait devant leur peuple et qui les prémunirait contre ce que les Etats-Unis veulent leur imposer.

C'est dans ce contexte qu'est intervenue la conférence d'Alexandrie qui s'est soldée par l'élaboration d'une charte de réformes politique, économique, sociale et culturelle plus larges que celles citées dans le document américain qui s'est contenté de principes généraux. La déclaration d'Alexandrie a parlé de la nécessité d'une alternance au pouvoir et de la limitation des mandats des fonctions publiques pour éviter qu'elles ne soient à vie, un sujet que le document américain n'a pas abordé.

Certains ont imaginé qu'en apportant leur bénédiction à la déclaration d'Alexandrie ils seront à l'abri des pressions des Etats-Unis ou du peuple. Mais le document s'est retrouvé finalement dans un tiroir et est déjà jeté aux oubliettes. D'ailleurs, aucun pays arabe ne s'est engagé à l'appliquer.

Cependant, la question de la réforme a de nouveau occupé le devant de la scène au sommet arabe. Certains ont essayé d'ajourner le sommet pour s'en débarrasser. Mais la question s'est imposée. Comme prévu, le sommet a souligné que la réforme ne doit pas être imposée de l'extérieur et a présenté un projet conforme à la réalité arabe et non aux pressions américaines.

Mais les formules du communiqué final sur les réformes ont clairement abordé les requêtes américaines. A tel point qu'il semblait s'adresser directement aux Etats-Unis et non pas aux peuples arabes. Sinon pourquoi cette insistance à lier la réforme interne au règlement du conflit arabo-israélien ?

Le fait de lier la réforme à la paix est une reconnaissance inconsciente par les dirigeants arabes que la réforme est à leurs yeux une revendication américaine et non une aspiration populaire. Mais reporter l'application des réformes et la démocratie jusqu'à la réalisation de la paix n'est en fin de compte qu'une tentative de se dérober de cette réforme.

Ce qui étonne vraiment est que l'autre partie au conflit, Israël, n'a pas reporté sa démocratie en attendant le règlement du conflit avec les Arabes. Si cette partie a prouvé sa suprématie dans ce conflit, ceci tient à la solidité de sa structure politique qui repose sur la démocratie, alors que nous la refusons sous prétexte qu'elle émane de l'étranger.

Cette réalité montre un autre paradoxe dans la politique arabe. Alors que les pays arabes suivent la politique des Etats-Unis dans plusieurs domaines économique et politique, ils se dressent en bloc contre leurs appels aux réformes sous prétexte qu'elles proviennent de l'extérieur. Le système économique que certains pays arabes tentent d'appliquer ne provient-il pas de l'étranger ? Pourquoi donc refuser les réformes ? D'autant plus que la démocratie est une revendication arabe authentique ayant fait l'unanimité de toutes les forces nationales dès la fin du XIXe siècle. En revanche, le système économique libéral a toujours eu ses partisans et ses opposants.

Ce qui attire l'attention, c'est qu'au moment où le récent sommet était incapable d'adopter une position solide contre les humiliations et les répressions subies en Palestine et en Iraq, sa position était claire et nette pour ce qui est des réformes.

Indubitablement, les Etats-Unis ont contribué sans le vouloir à cette prise de position refusant les réformes à cause de ce qu'ils commettent au nom de la démocratie en Iraq. Par conséquent, les régimes arabes n'ont eu aucune difficulté à mobiliser médias et opinion publique contre cette réforme.

La réalité incontestable est que la demande d'une réforme politique n'est pas uniquement américaine. C'est une revendication occidentale en conformité avec des appels arabes authentiques. Ainsi, le projet du « Grand Moyen-Orient » a été suivi par d'autres initiatives occidentales dont la plus importante fut le projet franco-allemand impliquant les mêmes appels à la démocratie, les droits de l'homme, le raffermissement de la société civile et les droits de la femme.

Sans les pressions américaines, la cause de la réforme n'aurait pas fait partie des priorités du discours politique officiel arabe et n'aurait pas été discutée au cours du dernier sommet arabe. Des voix n'ont pas cessé de s'élever dans le monde arabe pour revendiquer l'introduction de réformes politiques, en vain. Nos régimes ne leur ont porté aucun intérêt. Beaucoup ont même payé cher leurs revendications dans ce domaine. Certains se sont retrouvés en prison alors que d'autres ont perdu leur vie. Mais le discours officiel ne s'est intéressé à la réforme que depuis le lancement du projet du « Grand Moyen-Orient ». C'est ainsi en raison des pressions américaines que les régimes arabes se sont trouvés obligés de l'aborder au cours du dernier sommet. Ils étaient conscients qu'ils s'adressaient aux Etats-Unis et non à leurs peuples.

Quelle serait la position des médias ? Suivront-ils la position officielle et refuseront-ils la réforme en attendant le règlement du conflit arabo-israélien ? Ou bien s'aligneront-ils sur les revendications populaires qui réclament l'application de la démocratie ?

Si toutes les forces se réunissent autour de la réforme recommandée par le communiqué final du sommet, cela constituera la force réelle qui nous permettra d'aborder le conflit avec Israël en position de force, au lieu de reporter la réforme et la lier au règlement de l'autre question.

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