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Iraq
. Le cheikh tribal Ghazi Al-Yaouar a été
désigné mardi premier président de
l'Iraq post-Saddam Hussein après de multiples tergiversations.
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| L'Etat
prend forme |
Véritable
coup de théâtre. C'est finalement le chef
tribal Ghazi Al-Yaouar qui a été choisi
comme président de l'Iraq, et ce à la suite
de la défection d'Adnane Pachachi. Le dénouement
aura été dur à cause des désaccords
entre les membres de l'exécutif iraqien et la coalition.
Mardi matin, un responsable de la coalition a d'abord
annoncé la nomination de Pachachi. Une demi-heure
après, rebondissement : ce dernier a fait savoir,
par la voix d'un de ses plus proches collaborateurs, le
ministre du Plan Mehdi Al-Hafez, qu'il rejetait le poste.
Selon un autre de ses collaborateurs, « Pachachi
a refusé ce poste car certains membres du Conseil
de gouvernement ont fait courir le bruit qu'il était
le candidat des Américains pour le brûler,
mais le vrai candidat des Américains était
Ghazi Al-Yaouar ». Immédiatement après,
le Conseil de gouvernement faisait savoir qu'il appuyait
la candidature de Ghazi Al-Yaouar, et annonçait
que « la coalition et le Conseil de gouvernement
ont choisi à l'unanimité Ghazi Al-Yaouar
comme président ».
Pourtant, les deux noms avaient dans un premier temps
été écartés et la nomination
du président ne s'est pas faite sans difficulté.
La coalition semblait s'opposer au Conseil de gouvernement
sur la nomination du président : la première
souhaitant voir nommer Adnane Pachachi, un ancien diplomate
de 81 ans, le second s'étant prononcé en
très grande majorité en faveur du sunnite
Ghazi Al-Yaouar, un chef tribal de 46 ans et actuel président
en exercice du Conseil de gouvernement iraqien.
La nomination d'Al-Yaouar a été confirmée
par l'émissaire des Nations-Unies en Iraq, Lakhdar
Brahimi. Ce dernier a également annoncé
les nominations du chiite Ibrahim Jaafari et du Kurde
Roj Nouri Shawis aux postes de vice-présidents.
« J'ai donné dimanche au premier ministre
désigné Iyad Allaoui mes recommandations
concernant la composition de son cabinet (...) J'ai l'honneur
et le privilège d'annoncer que cette composition
est la suivante : Ghazi Al-Yaouar, président ;
Ibrahim Jaafari (du parti Al-Dawa) vice-président
; Roj Nouri Shawis (du Parti démocratique du Kurdistan)
vice-président », écrit M. Brahimi
dans un communiqué.
Iyad Allaoui, un ancien baasiste chiite de 58 ans proche
des Américains, avait été choisi
vendredi pour le poste de premier ministre par le Conseil
de gouvernement. Quant à la formation du gouvernement,
le porte-parole du Conseil de gouvernement a annoncé
dimanche soir que les actuels ministres de la Défense
et de l'Intérieur conserveraient leur poste dans
le gouvernement provisoire. Ces deux ministres, désignés
en avril, sont respectivement Ali Allaoui et Samir Soumaydaï.
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Poursuite
de la violence
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Aussitôt
après la nomination du président, trois
nouvelles explosions ont été entendues mardi
dans le centre de Bagdad. Les explosions étaient
situées dans la zone verte, qui abrite le siège
de la coalition, près de l'ancien palais présidentiel.
Un soldat américain et un jeune Iraqien ont également
été blessés mardi dans un attentat
à la bombe dans le sud-ouest de Bagdad. Selon un
policier iraqien, « une bombe artisanale a explosé
dans une artère du quartier Al-Jihad à 09h30
(05h30 GMT) après le passage d'un convoi de trois
Humvees. L'explosion a blessé un soldat américain
et un Iraqien de 16 ans ». La veille, dans l'ouest
de Bagdad, une voiture piégée a explosé
dans le quartier de Harthiyah, faisant au moins quatre
morts et 21 blessés, selon des témoins et
des sources médicales. L'explosion s'est produite
près de la maison d'un ex-dirigeant du parti Baas,
Naïm Haddad, qui a été blessé
ainsi que sa femme et ses trois enfants. Il a démenti
avoir été la cible de l'attaque. Ailleurs
en Iraq, la ville de Koufa (centre) a été
le théâtre de nouveaux heurts entre miliciens
chiites et troupes de la coalition. Deux militaires américains
ont été tués dans des attaques dimanche
soir au sud de la ville. Une mère de famille iraqienne
de 40 ans a aussi péri dans le bombardement de
sa maison, tandis que l'hôpital de la ville faisait
état de neuf blessés iraqiens. Selon la
télévision satellitaire Al-Arabiya, 20 miliciens
ont été tués dans les combats, un
chiffre jugé « proche de la vérité
» par un porte-parole de la coalition. Mais selon
le bureau du chef chiite radical Moqtada Sadr à
Najaf, seuls deux miliciens ont été tués
et trois autres blessés. La trêve entre les
miliciens et les troupes de la coalition, entrée
en vigueur jeudi, a été rompue à
plusieurs reprises à Koufa, ville voisine de Najaf,
où Sadr est retranché. |
Abir
Taleb |
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Ghazi
Al-Yaouar,
un sunnite laïque |
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Ghazi
Al-Yaouar, choisi mardi par la coalition et le Conseil
de gouvernement comme le premier chef de l'Etat iraqien
après Saddam Hussein, est le neveu du chef des
Chammar, une des plus grandes tribus du pays qui compte
trois millions d'âmes sunnites et chiites, des confins
de la Syrie au nord, à l'Arabie Saoudite au sud,
en passant par l'Iraq et le Koweït, mais aussi un
homme d'affaires avisé. Agé de 46 ans, il
se présente comme un rassembleur alliant la culture
orientale et occidentale. Après des études
d'ingénieur à l'Université George
Washington dans la capitale fédérale américaine,
il s'installe en Arabie où il ouvre une entreprise
prospère. La chute de l'ancien dictateur va modifier
ses plans. « J'étais dans le business des
télécommunications en Arabie saoudite. J'ai
tout laissé derrière moi, ma famille, ma
femme, mes quatre enfants, mes affaires », disait-il
à des journalistes il y a un an. Après la
chute du régime de Saddam, il rentre en Iraq et,
en juillet 2003, Ghazi Al-Yaouar est nommé membre
du Conseil de gouvernement sur le quota sunnite. Parfaitement
anglophone, désireux de retenir dans chaque culture,
quelle qu'elle soit, « ce qu'il y a de meilleur
», il est un farouche partisan de l'intégrité
de l'Iraq, même s'il est favorable à une
large autonomie pour les Kurdes. Il se présente
comme étant laïque et tolérant.
Ce pragmatique est capable de décisions. En avril,
lors de la bataille de Falloujah, cette ville sunnite
rebelle à l'ouest de Bagdad, il fait tout pour
stopper l'effusion de sang et a tenu à participer
aux négociations pour l'arrêt des combats.
Il a porté un jugement sévère sur
le Conseil de gouvernement. « Nous avons échoué
», avait-il expliqué en avril à un
journaliste américain. « Nous sommes assis
alors que le pays est en feu et parlons de procédures.
Nous ressemblons aux Byzantins à Constantinople,
qui débattaient du sexe des anges alors que l'ennemi
était aux portes de la ville ». Après
l'assassinat d'Ezzedine Salim, le 17 mai, il lui succède
à la présidence tournante du Conseil de
gouvernement, qui devrait être dissous le 30 juin,
après la passation des pouvoirs de la coalition.
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