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Exposition . Noubar 6 est le tout nouvel espace d'art contemporain qui abrite pour son inauguration les installations d'Anne du Boistesslin intitulées Pop-up.

Le jeu de l'espace

Non loin du centre-ville, aux confins de Mounira, rue Moubtadayane, la galerie Noubar 6 se situe entre deux points prestigieux : la maison de presse Dar Al-Hilal et le Centre français de culture et de coopération. Elle s'insère dans le paysage architectural de l'Europe du XIXe siècle, dans le prolongement de l'architecture du centre-ville. Mais gardant en même temps la particularité des anciennes bâtisses à la fois délabrées et belles. Stefania Angarano, qui a monté et géré avec succès pendant dix ans la galerie d'art contemporain Machrabiya, a décidé de lancer un autre espace en collaboration avec Lisa Lounis. Il s'agit cette fois-ci de redécouvrir cette région riche historiquement jusque-là non exploitée. Un défi se présente quand même : il fallait courir l'aventure d'envahir cette ambiance conservatrice habitée par la petite bourgeoise de fonctionnaires pour la majorité et pouvoir non seulement attirer l'autre vers cet espace mais aussi pouvoir maintenir son attirance.

Un passage mène au rez-de-chaussée d'un ancien immeuble et constitue une véritable mise en train avant de pénétrer l'espace habité par les meubles-tableaux d'Anne du Boistesslin. Une œuvre d'installation qui s'intègre parfaitement dans l'espace. Ses tableaux : le salon, le studio, la cuisine et la chambre meublent l'espace Noubar 6 comme pour de vrai. Elle a même exploité la cour arrière de l'immeuble pour y installer une colonne et des statues grecques. Cet intérieur conçu au menu détail (papier peint, dessin des étoffes qui miment le textile même, une chaîne à ne pas franchir qui délimite chaque pièce) est une simulation des maisons-musées.

En fait, cela tombe à pic puisque la salle d'exposition en question n'est pas loin de Beit Al-Omma, la maison-musée du leader national Saad Zaghloul renouvelée et qui abrite actuellement différentes manifestations culturelles.

Les deux maisons partagent apparemment le même trait : les traces d'une vie. L'une renvoie à une existence réelle d'une personnalité historique qui suscite l'intérêt du public, et l'autre s'inscrit dans l'ici maintenant et va à l'extrême opposé du côté du rêve. Dans cet intérieur artistique de Du Boistesslin, un univers parallèle, poétique, prend corps, il nous entraîne vers diverses questions sur l'identité des personnages qui l'habitent. Et nous invite à plonger dans le mystère de la présence-absence qui secoue davantage l'imaginaire de tout et chacun. Ces meubles style rococo, cette pendule rocaille, ces statues portant des chandelles, et surtout ces tableaux en noir et blanc des pachas et grands militaires appartiennent-ils à des notables qui ont habité l'ancienne Mounira, ou bien à la petite bourgeoisie qui s'attache avec acharnement à ce genre d'intérieur doré, riche de couleurs et parsemé de fleurs colorées ?

C'est justement l'atout de l'exposition : la possibilité de se regarder à travers le miroir de l'autre. Tantôt nos regards se croisent et s'entremêlent, tantôt ils se distancient et s'opposent, mais dans tous les cas ils ne nous laissent pas indifférents. Ainsi, les choses anodines qu'on croise ou peut-être auxquelles on s'attache sans prendre conscience, l'artiste française les a captées subtilement et intégrées dans son œuvre. A titre d'exemple, les portraits en noir et blanc et la garde-robes. Ces portraits semblables aux tableaux qu'on retrouve dans les intérieurs des familles égyptiennes, désignant le chef de famille. Ces détails nous font penser au vécu de la classe moyenne : souligner et glorifier les exploits professionnels et militaires (les tableaux des diplômes ou médailles), se vanter d'un héroïsme personnel qui s'entrecroise avec une victoire collective. Bref, à un certain penchant nostalgique pour le bon vieux temps.

Avec un regard récapitulatif, Anne du Boistesslin, qui vit en Egypte depuis 3 ans et demi enregistre, nous raconte ses petites histoires de peinture. Comme dans ces tableaux rangés verticalement contre le mur, qu'elle appelle la garde-robe, et où on trouve différents linges d'une blancheur étincelante ou de couleurs vives, bien mis en relief . Ils rappellent les vitrines du centre-ville qui exposent, avec un certain kitsch, les lingeries au masculin et au féminin. « Je n'invente rien », avance-t-elle. Elle accumule, s'imprègne de tout ce qui l'entoure et va jusqu'à changer complètement de palette ; du noir et du sombre qu'elle avait coutume d'utiliser, elle s'ouvre sur les couleurs de la vie cairote.

Elle n'invente rien, peut-être si l'on creuse dans les sources desquelles elle puise, mais elle recrée sans doute un monde à la fois puéril et riche de signifiances.

Un univers innocent et bon enfant où elle s'amuse avec l'espace en construisant des objets à la verticale qui peuplent « sa » maison. Ainsi, elle recourt à l'idée du pop-up, d'où le titre de l'exposition, qui se rapproche dans les esprits aux livres qui nous ont, enfants, étonnés et éblouis. Ce petit livre scénique dont les éléments surgissent en se décollant de son fond dès qu'on l'ouvre. En reposant sur cette technique, l'artiste a conçu toute son œuvre, ainsi chaque meuble-tableau, dessiné sous un angle plat, acquiert une profondeur pour devenir un tableau en trois dimensions. Toujours entre simplicité et profondeur.

Dina Kabil

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Pop-up, d'Anne du Boistesslin, tous les jours à l'espace Noubar 6, de 18h à 21h, sauf le dimanche. Passage Hicham Moustapha, à hauteur du 6, rue Noubar. Métro : Saad Zaghloul. Tél. : 01 397 01 41.

 

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