Nous
vivons en général la vie quotidienne dans l’indifférence,
sans vraiment valoriser tous les minutieux détails
de la vie quotidienne, sans apprécier les rapports
humains. Nous vivons dans la précipitation, sans
prendre le temps de souffler, et ensuite nous déplorons
un quotidien machinal et monotone.
Le
théâtre de Thornton Wilder (1897-1975) propose une
réflexion sur le sens de la vie, empruntant le cadre
de ses œuvres à diverses époques et cultures. Ainsi,
Our Town (Notre ville), écrite en 1938, retrace
la vie quotidienne du monde rural américain au début
du XXe siècle, entre 1901 et 1913, dans une petite
ville du New Hampshire : Groover's Corners.
Tout le monde y vit en paix et avec beaucoup de
simplicité.
La
famille de Gibbes et de Webb sont l’exemple de deux
familles voisines dont les enfants s’aiment. A travers
3 actes on passe en revue l’histoire de ces deux
familles : la vie quotidienne, l’amour et le
mariage, la vie et la mort. Cycle de vie qui se
répète.
Par
rapport à l’écriture théâtrale de cette époque,
celle des années 1930 ou 40, le style utilisé par
Wilder dans Our Town est novateur et expérimental,
tout en respectant certains traits classiques du
drame grec. A travers le jeu d’un théâtre à l’intérieur
du théâtre, le personnage du directeur de la scène
raconte l’histoire, introduit les personnages, débute
et clôture les scènes, donne des ordres aux comédiens
ou personnages de Groover’s Corners. Un personnage
dont le rôle correspond au rôle du chœur d’un point
de vue très classique. S’ajoute à cela la structure
classique de trois actes. Wilder n’a pas implanté
un vrai décor, simplement des escaliers, des chaises
et deux tables en bois, un décor très sobre avec
peu d’accessoires. Pour lui, la pièce est basée
sur les mimes et le jeu des acteurs. Le lecteur
se retrouve ainsi impliqué dans la pièce et collabore
par son imagination dans la scène.
Dans
la récente version égyptienne (2004), en arabe dialectal,
d’Our Town, le jeune Américain Seth Gordon
a choisi dans sa mise en scène de respecter à la
lettre le texte et les notes du dramaturge, ce qui
n'est pas sans créer parfois une impression de
monotonie. La pièce est sobre. Les éléments
du décor que les acteurs déplacent eux-mêmes sont
en bois. Sauf dans les scènes de chants à l'église,
où la musique est complètement absente (ce qui n'est
pas le cas dans les directives de Wilder). L'éclairage
est limité, mais les couleurs sont trop directes,
qui se reflètent sur une toile de fond blanche.
Par exemple, le jaune ou le blanc pour le jour,
le bleu pour donner la nuit. Et évidemment le cercle
jaune reflété sur la toile de fond représente la
lune.
La
structure en 3 actes est toujours respectée. Tous
les personnages de Wilder ont gardé leurs discours
intacts. L'utilisation de la langue dialectale a
certainement allégé le texte, mais elle n'est pas
très familière au public d’autant plus qu’il s’agit
d’un contexte américain avec des personnages américains.
Gordon, bien qu'il ne comprenne pas l’arabe, se
vante qu’il est capable de découvrir au cours des
répétitions si l'un des acteurs saute ou oublie
une ligne de son discours. Par quels pouvoirs magiques
cela lui est-il possible ? Nous n'en saurons
pas plus.
On
ne peut nier que le jeu de certains acteurs a poussé
de temps en temps le public à faire l’effort de
rire. Soit par leurs mimes, soit par leurs gestes,
soit par un effet ou un jeu de mots très limité.
D’autres ont gardé la même intonation tout au long
de la pièce sans traduire aucune émotion, sinon
artificielle. De plus, la mise en scène, pauvre
et traditionnelle, a un rythme très lent et très
répétitif. Mais Gordon défend son choix : « J’aime
beaucoup Our Town de Thornton Wilder, je
n’ai pas voulu faire une nouvelle adaptation moderne
pour la pièce, ni toucher au texte parce que cela
nécessiterait que le public connaisse bien l’œuvre.
Or je ne savais pas si le public égyptien la connaissait.
Je pensais que c'était la première fois que cette
pièce était jouée sur les planches égyptiennes ».
Mais Our Town avait déjà été jouée dans
les années soixante en Egypte. « Quant au
choix de ce texte, il représente réellement l’histoire
du peuple américain au début du XXe siècle, mais
c'est aussi un texte à contenu universel. Our
Town peut être la ville de tout le monde ».
Le
message de Wilder dans Our Town est intéressant :
accorder plus d’attention aux détails de la vie,
aux rapports humains et se poser la question que
lance l'un des personnages, Emily Webb, depuis le
monde de l'au-delà qu'elle a rejoint après sa mort :
« Do any Human Beings Ever Realize Life
While they Live it » (L’être humain apprécie-t-il
jamais la vie pendant qu'il la vit ?) ».
La phrase résume toute la morale de la pièce, qui
suffit à sauver la pièce pour certains, mais pour
d’autres ni la morale ni les bonnes intentions ne
suffisent à créer un spectacle vivant ou réussi. |