Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Arts

Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Livres
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Théâtre . Our Town (Notre ville), écrite par Thornton Wilder en 1938 et mise en scène par l’Américain Seth Gordon avec une troupe égyptienne jouant en arabe dialectal, fait maintenant une tournée dans les différentes régions d'Egypte, après les planches d'Al-Hanaguer. Une pièce qui met en valeur les rapports humains hors des cadres spatio-temporels.
Notre ville universelle

Nous vivons en général la vie quotidienne dans l’indifférence, sans vraiment valoriser tous les minutieux détails de la vie quotidienne, sans apprécier les rapports humains. Nous vivons dans la précipitation, sans prendre le temps de souffler, et ensuite nous déplorons un quotidien machinal et monotone.

Le théâtre de Thornton Wilder (1897-1975) propose une réflexion sur le sens de la vie, empruntant le cadre de ses œuvres à diverses époques et cultures. Ainsi, Our Town (Notre ville), écrite en 1938, retrace la vie quotidienne du monde rural américain au début du XXe siècle, entre 1901 et 1913, dans une petite ville du New Hampshire : Groover's Corners. Tout le monde y vit en paix et avec beaucoup de simplicité.

La famille de Gibbes et de Webb sont l’exemple de deux familles voisines dont les enfants s’aiment. A travers 3 actes on passe en revue l’histoire de ces deux familles : la vie quotidienne, l’amour et le mariage, la vie et la mort. Cycle de vie qui se répète.

Par rapport à l’écriture théâtrale de cette époque, celle des années 1930 ou 40, le style utilisé par Wilder dans Our Town est novateur et expérimental, tout en respectant certains traits classiques du drame grec. A travers le jeu d’un théâtre à l’intérieur du théâtre, le personnage du directeur de la scène raconte l’histoire, introduit les personnages, débute et clôture les scènes, donne des ordres aux comédiens ou personnages de Groover’s Corners. Un personnage dont le rôle correspond au rôle du chœur d’un point de vue très classique. S’ajoute à cela la structure classique de trois actes. Wilder n’a pas implanté un vrai décor, simplement des escaliers, des chaises et deux tables en bois, un décor très sobre avec peu d’accessoires. Pour lui, la pièce est basée sur les mimes et le jeu des acteurs. Le lecteur se retrouve ainsi impliqué dans la pièce et collabore par son imagination dans la scène.

Dans la récente version égyptienne (2004), en arabe dialectal, d’Our Town, le jeune Américain Seth Gordon a choisi dans sa mise en scène de respecter à la lettre le texte et les notes du dramaturge, ce qui n'est pas sans créer parfois une impression de monotonie. La pièce est sobre. Les éléments du décor que les acteurs déplacent eux-mêmes sont en bois. Sauf dans les scènes de chants à l'église, où la musique est complètement absente (ce qui n'est pas le cas dans les directives de Wilder). L'éclairage est limité, mais les couleurs sont trop directes, qui se reflètent sur une toile de fond blanche. Par exemple, le jaune ou le blanc pour le jour, le bleu pour donner la nuit. Et évidemment le cercle jaune reflété sur la toile de fond représente la lune.

La structure en 3 actes est toujours respectée. Tous les personnages de Wilder ont gardé leurs discours intacts. L'utilisation de la langue dialectale a certainement allégé le texte, mais elle n'est pas très familière au public d’autant plus qu’il s’agit d’un contexte américain avec des personnages américains. Gordon, bien qu'il ne comprenne pas l’arabe, se vante qu’il est capable de découvrir au cours des répétitions si l'un des acteurs saute ou oublie une ligne de son discours. Par quels pouvoirs magiques cela lui est-il possible ? Nous n'en saurons pas plus.

On ne peut nier que le jeu de certains acteurs a poussé de temps en temps le public à faire l’effort de rire. Soit par leurs mimes, soit par leurs gestes, soit par un effet ou un jeu de mots très limité. D’autres ont gardé la même intonation tout au long de la pièce sans traduire aucune émotion, sinon artificielle. De plus, la mise en scène, pauvre et traditionnelle, a un rythme très lent et très répétitif. Mais Gordon défend son choix : « J’aime beaucoup Our Town de Thornton Wilder, je n’ai pas voulu faire une nouvelle adaptation moderne pour la pièce, ni toucher au texte parce que cela nécessiterait que le public connaisse bien l’œuvre. Or je ne savais pas si le public égyptien la connaissait. Je pensais que c'était la première fois que cette pièce était jouée sur les planches égyptiennes ». Mais Our Town avait déjà été jouée dans les années soixante en Egypte. « Quant au choix de ce texte, il représente réellement l’histoire du peuple américain au début du XXe siècle, mais c'est aussi un texte à contenu universel. Our Town peut être la ville de tout le monde ».

Le message de Wilder dans Our Town est intéressant : accorder plus d’attention aux détails de la vie, aux rapports humains et se poser la question que lance l'un des personnages, Emily Webb, depuis le monde de l'au-delà qu'elle a rejoint après sa mort : « Do any Human Beings Ever Realize Life While they Live it » (L’être humain apprécie-t-il jamais la vie pendant qu'il la vit ?) ». La phrase résume toute la morale de la pièce, qui suffit à sauver la pièce pour certains, mais pour d’autres ni la morale ni les bonnes intentions ne suffisent à créer un spectacle vivant ou réussi.

May Sélim

Retour au Sommaire

Our Town (Notre ville), écrite par Thornton Wilder et mise en scène par l’Américain Seth Gordon se donne le 4 juin à 20h au Palais de la culture du Fayoum, le 11 juin à 20h au théâtre des Jésuites à Minya, le 18 juin à 20h au Palais de la culture à Ismaïliya.

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631