Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Société

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine

Chirurgie esthétique . Elle n'est plus l'apanage des femmes. De plus en plus d'hommes, notamment des classes aisées, y recourent. Mais tradition et société obligent, ce n'est pas un pas qu'on crie sur les toits.

Coquetteries de messieurs

Quand on parle d'esthétique, c'est à la femme qu'on pense tout d'abord. Longtemps limités au sexe faible, les soins esthétiques ont suscité en Egypte, durant ces cinq dernières années, l'intérêt de plus en plus croissant de la gent masculine. Voire une tendance au pluriel à choisir cette voie pour une meilleure apparence. Longtemps cantonnée à la clientèle féminine traditionnelle, le marché compte aujourd'hui 10 % de clientèle masculine. « Les jeunes hommes s'intéressent de plus en plus à leur physique, ils n'hésitent pas à recourir à la chirurgie esthétique et mettent en relief leur corps musclé pour paraître plus beau », explique le Dr Hassan Aboul-Séoud, plasticien et dont le père exerce aussi ce métier depuis 40 ans. Le Dr Ahmad, le père, raconte qu'autrefois les clients étaient bien rares, soit un par mois alors qu'aujourd'hui, il lui arrive d'accueillir 5 clients par jour dans sa clinique.

« Les temps ont changé, la culture aussi. La vieille génération ne pensait qu'à éduquer ses enfants correctement pour leur garantir un meilleur avenir, la coquetterie passait au dernier rang », explique le Dr Hassan tout en ajoutant que l'avenir des enfants a toujours été une priorité chez les Egyptiens et peu importe s'ils négligent leur apparence, ils se contentent de dire « C'est fini pour nous, on est déjà des parents ».

En fait, la tendance actuelle des clients est d'avoir un new look. « J'ai suivi un régime draconien pour essayer de perdre les 3 kilos sur les hanches, sans pouvoir y parvenir. Finalement, j'ai opté pour l'intervention chirurgicale », explique Hayssam, 24 ans, guide touristique qui a voulu changer d'allure pour plaire aux touristes. D'après le Dr Ahmad, certains clients exagèrent et viennent le voir avec la photo de leur star préférée et demande un duplicata. « Dans ce cas, je fais comprendre à mon client qu'il ne doit pas trop rêver pour ne pas être déçu ».

La liposuccion est en fait l'intervention la plus courante chez les hommes. 90 % de la gent masculine recourt à ce genre d'opération pour enlever les masses graisseuses en surplus. D'autres veulent corriger certaines anomalies dues à de mauvaises pratiques ou habitudes telles que le relâchement des paupières ou celui des muscles du ventre, d'autres veulent réduire les mensurations du nez . L'implantation des cheveux est classée au dernier rang. « Les motifs qui poussent les hommes à recourir à ce genre de chirurgie sont divers : cela va du complexe dû à une déformation naturelle au besoin de changer tout simplement de look », explique le Dr Waël Abdel-Nasser, professeur de chirurgie esthétique à l'Université du Caire. Par ailleurs, les Egyptiens souffrent souvent de maux du colon, et de ce fait, les inflammations deviennent chroniques ce qui se traduit par une tendance à acquérir des silhouettes bedonnantes dont la conséquence fâcheuse est le relâchement de la ceinture abdominale. Ce qui nécessite une intervention chirurgicale. « On peut enlever environ 9 kilos de la masse graisseuse du ventre et de la taille pour alléger la pression sur les genoux », affirme le Dr Abdel-Nasser. Selon lui, la liposuccion doit intervenir après l'échec de la réduction de la masse pondérale par le régime ou l'exercice physique. La consommation des graisses et le fait de rester de longues heures derrière les bureaux peuvent facilement conduire à la concentration des graisses dans la partie inférieure du ventre de l'homme, ce qui peut aussi constituer un facteur gênant dans les rapports sexuels. « Beaucoup de nos problèmes conjugaux ont éclaté à cause des kilos en surplus », souligne Hanane, comptable, qui a failli divorcer pour cette raison, mais l'intervention qu'a subie son mari a tout réglé. Par ailleurs, certains hommes ont une poitrine rappelant celle du genre féminin. « Ils n'osent pas se découvrir au bord de la mer et vont même jusqu'à utiliser des rubans adhésifs pour fixer leurs seins afin de les dérober au regard des autres », explique le Dr Héba Hussein, chirurgienne de renom.


Le proverbe révélateur

Elle ajoute que les coutumes et les traditions de notre société privent les hommes de la liberté d'avouer leur décision d'une intervention chirurgicale.

« On ne peut railler un homme que pour un seul défaut : celui de son portefeuille ». Ce proverbe égyptien laisse entrevoir la mentalité de la société égyptienne. Celle-ci considère donc ce genre d'opération comme un tabou. Le patient choisit des chemins indirects durant le premier quart d'heure de la consultation jusqu'à sentir la sécurité et l'honnêteté du chirurgien qui doit conserver son secret. D'autres hommes subissent ce genre d'opération après avoir souffert des regards des gens. L'exemple de ce fonctionnaire de 35 ans qui est devenu agressif à cause de son nez retroussé. « Ton nez ressemble à celui du Sphinx » ne cessaient de lui répéter ses collègues. Et, bien qu'il ait subi un remodelage du nez, il a changé de boulot pour éviter les regards de ses collègues après l'opération, de peur qu'ils lui reprochent d'avoir recouru à la chirurgie plastique. Il a recommencé une nouvelle vie.

« La beauté et la séduction sont des critères qui donnent du succès à l'individu », explique le Dr Aïcha Charafeddine, psychologue et spécialiste de produits cosmétiques à la faculté de pharmacie. En effet, la vie d'un homme d'affaires nécessite, selon certains d'entre eux, le fait de prendre soin de soi car cela donne de l'assurance. « J'avais quelques rides prématurées autour de ma bouche, j'ai pris quelques piqûres de Botox pour parachever mon image et mon prestige social », confie un homme d'affaires de 40 ans et pour qui le fait de posséder la beauté et l'argent est le signe ultime du succès, « bien que parfois les rides donnent aux hommes du charme », dit le Dr Héba en souriant.

D'après le Dr Ali Fahmi, sociologue, les hommes qui subissent des interventions chirurgicales ne représentent pas la société égyptienne. Ils sont peu nombreux . Ce sont souvent des nouveaux riches qui aiment gaspiller de l'argent. « En général, les cadres supérieurs, subissant la pression de leur milieu professionnel et la concurrence des jeunes ont recours à ce genre d'opérations pour conserver leur poste », remarque de son côté le Dr Héba. Ses clients, même performants dans leur profession, ont besoin de soigner leur apparence, qu'ils considèrent comme un atout supplémentaire pour se maintenir dans la course. Selon Fahmi, les gens aisés d'autrefois tels que Talaat Harb, Mohamad Farghali pacha ou Abboud pacha n'accordaient pas beaucoup d'importance à leur apparence.

Mais aujourd'hui, cela a tendance à devenir important ne serait-ce que pour plaire. C'est le cas de cet ingénieur de 60 ans, qui pour pouvoir se remarier a recouru à la chirurgie pour se faire allonger le visage, afin de plaire à sa nouvelle épouse de 25 ans. « J'avais tellement besoin de recommencer ma vie après la retraite tant sur le plan familial que sur le plan de la profession », dit-il.

Par ailleurs, les chirurgiens s'accordent à dire que les hommes n'hésitent pas à prendre les risques d'une intervention chirurgicale tout comme ils ne marchandent pas à propos des prix comme le font les femmes. Pour l'homme, la décision est déjà prise, avant qu'il ne se présente devant le médecin.

Mais la majorité des hommes préfèrent encore vivre avec leurs petits défauts forts du fait que « rien ne lèse un homme sauf l'état de son portefeuille ».

Dina Ibrahim
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631