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La perestroïka
de Kadhafi |
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Par
Mohamed Sid-Ahmed |
| Je
me souviens d'un désaccord entre le colonel Kadhafi
et moi au cours de notre première rencontre, à
Al-Ahram, en 1969, quelques jours à peine
après la Révolution du premier septembre. Kadhafi
se rendait alors pour la première à Al-Ahram
pour rencontrer ses écrivains. Le rédacteur en
chef, Mohamad Hassanein Heykal, lui avait dit
en me pointant du doigt : « Cet homme
est de gauche, il admire l'Union soviétique et
ça m'intéresse que vous l'écoutiez ».
J'ai commencé à donner mon avis sur certaines
questions qui ont été discutées au cours de la
rencontre. Mais Kadhafi m'a interrompu en critiquant
sévèrement l'Union soviétique et les positions
de ses partisans. Ce que j'avais essayé de lui
dire était que la position isolée de la Libye
sur l'échiquier mondial ne lui permettrait pas
de bien comprendre tous les traits de la politique
internationale et inciterait à mettre les deux
superpuissances sur un pied d'égalité alors que
la réalité est bien plus compliquée. Je pense
que le problème des relations des différents pays
avec les superpuissances préoccupe Kadhafi jusqu'aujourd'hui.
Kadhafi a voulu baser son pouvoir sur des valeurs
différentes de celles qui régissent habituellement
l'ordre mondial. Les régimes arabes qui se sont
révoltés contre la monarchie sont devenus tous
des républiques, sauf la Libye. Le régime qu'avait
inventé Kadhafi est lié aux masses populaires
et non pas au régime républicain. C'est pour cette
raison qu'il n'a pas donné à son pays le nom de
République, mais de Jamahiriya, c'est-à-dire
pays des masses populaires. Il a d'autre part
inventé pour son régime une idéologie qui n'est
selon lui ni capitaliste ni communiste. Il s'agissait
d'un réseau de comités populaires qui aurait puisé
la forme certes, mais pas le fond du Livre
rouge de Mao Tsé-Tung. Kadhafi, lui,
a exposé cette idéologie dans un Livre
vert.
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Un mouvement pour la paix mondiale
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Kadhafi
aspire à présent à diriger le mouvement pour la
paix dans le monde. D'après lui, la Libye est
devenue un modèle à suivre. Kadhafi appelle tous
les pays, y compris les Etats-Unis et la Chine,
à éliminer les armes de destruction massive et
à les substituer par ce qu'il a appelé « armes
de construction massive ». Il adresse
la parole dorénavant à la Syrie, l'Iran et la
Corée du Nord et leur demande de se départir de
leurs armes de destruction massive. Et à Farouq
Al-Chareh, le ministre syrien des Affaires étrangères,
de répondre que Damas accueille favorablement
cette invitation libyenne, mais trouve injustifié
que la Libye lui demande d'éliminer ces armes
puisque la Syrie n'en possède et n'en produit
aucune.
Kadhafi,
au milieu des années 1980, adoptait une politique
qui était à l'opposé de celle qu'il prône actuellement.
Il soutenait tout un éventail de mouvements extrémistes
dans le monde, commençant par les « brigades
rouges » en Italie, le mouvement Abou-Sayaf
aux Philippines, l'Armée rouge au Japon et l'Armée
républicaine irlandaise (IRA), en passant par
tous les mouvements qui s'assimilent aux mouvements
de « libération » en Afrique,
Asie et Amérique latine, que l'Occident a taxés
de terrorisme.
On
a dit à Kadhafi : « Tu ne fais aucune
distinction entre les mouvements de libération
et les mouvements terroristes ». Et au
président de répondre : « Si l'on
adopte vos définitions, Nelson Mandela serait
le plus grand terroriste de l'Histoire ».
Mais
maintenant, tout a changé. Kadhafi est devenu
aux yeux de l'Occident un dirigeant politique
digne d'admiration et d'éloge. Il y a quelques
jours, il a visité Bruxelles, la capitale de l'Europe.
Cette visite, la première en dehors de l'Afrique
et du Moyen-Orient depuis 15 ans, a été précédée
par une rencontre et une poignée de main avec
Tony Blair et Silvio Berlusconi. A Bruxelles,
il a rencontré les principaux responsables de
l'Union européenne. D'après Kadhafi, la Libye
doit être un pont de paix et de coopération entre
l'Europe et l'Afrique. « Ne nous obligez
pas à revenir en arrière, au temps où nous avons
eu recours aux véhicules piégés et aux explosifs
dans des ceintures que portaient nos femmes, comme
c'est le cas en Iraq et en Palestine ».
Comment
interpréter ce revirement soudain ? Est-ce
un changement qui pourrait durer ou bien s'agit-il
d'une simple tactique dictée par la conjoncture ?
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Eviter le sort de Saddam
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Il
y a sans doute ce qui est advenu à Saddam Hussein.
Il y a les attentats du 11 septembre, il y a un
monde différent de celui qui existait avant l'apparition
du phénomène du « terrorisme »
et des armes de destruction massives entre les
mains des pays qualifiés de « voyous »
par l'Occident.
D'aucuns
pensent que Kadhafi a voulu éviter le sort de
Saddam Hussein, et s'est rattrapé avant qu'il
ne soit trop tard. D'autres signalent qu'il a
fait coûter au trésor libyen des milliards de
dollars dépensés en indemnités aux familles des
victimes des crashs des avions de la PanAm
et de l'UTA. Partant, l'objectif de sa
nouvelle politique est de se procurer des subventions
à même d'atténuer le fardeau financier de la Libye.
Kadhafi
ne se considère pas comme un simple chef d'Etat
mais un homme à message. Le sort a voulu que la
Libye ne soit pas le meilleur pays arabe pour
faire passer ce message. Gamal Abdel-Nasser était
son idéal. Mais les conjonctures qui ne sont pas
propices l'obligent maintenant, semble-t-il, à
faire un type de transactions dans lequel Sadate
a excellé plus que Nasser.
Kadhafi
a reconnu dans des conversations privées que les
armes de destruction massive ne renforcent pas
la sécurité, mais entravent le développement économique.
Kadhafi n'a jamais imaginé que l'Union soviétique
et le régime mondial bipolaire pourraient s'écrouler
un jour, et que les secrets des régimes socialistes,
ainsi que les activités que les deux camps pratiquaient
sous la guerre froide, seraient dévoilés. |
Autocritique
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Kadhafi
a bien fait lorsqu'il a admis publiquement que
des crimes ont été commis en vertu d'une stratégie
qui autorisait des actes terroristes sous le label
de luttes de libération. Le fait que Kadhafi ait
accepté de payer des indemnités aux victimes des
deux avions veut dire qu'il reconnaît implicitement
la responsabilité de son pays dans les deux attentats.
Il est temps que ces déclarations à cœur ouvert
se poursuivent et que l'on continue à être transparent
jusqu'à la fin. Jusqu'à maintenant, on ne peut
pas dire que l'autocritique de Kadhafi sous-tend
une condamnation irrévocable de son ancien comportement.
Jusqu'à présent, on ne peut pas dire que le régime
libyen s'est totalement départi de ses anciennes
pratiques. Et on ne peut pas dire non plus que
le changement de Kadhafi est complètement dénué
de manœuvres.
Une
discussion franche ouvrira la voie à des réponses
à plusieurs questions importantes. S'agit-il du
début de la fin du terrorisme ? Peut-on traiter
avec le terrorisme ? Comment l'Union soviétique
a-t-elle été traitée après la perestroïka et comment
traite-t-on Kadhafi aujourd'hui ?
Reste
à dire que Kadhafi n'a pas été longtemps hostile
à l'égard de l'Union soviétique. Il a vite découvert
que les Soviétiques étaient en mesure de lui assurer
la couverture nécessaire dans sa lutte contre
l'impérialisme. Il s'est avéré que les deux superpuissances
n'ont pas été sur un pied d'égalité. Avec la disparition
du camp socialiste, la démocratie a occupé le
devant de la scène et il est devenu vital de faire
la distinction entre « libération »
et « terrorisme ».
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Des politiques
empoisonnantes
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| Par
Salama A. Salama
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| Aujourd'hui,
la pire des choses qui puisse arriver à un responsable
ou un fonctionnaire international est qu'il ose
adresser une quelconque critique aux politiques
israéliennes qui détruisent la paix, violent les
droits de l'homme et le droit international. Car
il s'exposera à une campagne de dénigrement et
de terrorisme intellectuel sans pareille.
C'est
précisément ce que subit, ou presque, aujourd'hui
l'émissaire du secrétaire général des Nations-Unies
en Iraq, Lakhdar Brahimi. Celui-ci ne s'est pas
départi d'une audace et d'un courage qui font
défaut à tous les autres fonctionnaires internationaux,
dont Hans Blix, le chef des inspecteurs de l'Onu,
qui n'a dévoilé aucune réalité concernant le dossier
des armes de destruction massive iraqiennes qu'après
sa démission. Brahimi a qualifié les politiques
d'Israël de « poison » pour le
Proche-Orient et qui compliquaient sa mission
en Iraq pour la formation d'un gouvernement
de transition. Brahimi n'a pas dispensé Washington
de la responsabilité en disant que le soutien
américain aux politiques israéliennes entravait
ses efforts en vue du 30 juin.
Il
était donc normal dans un tel contexte, qu'Israël
remue ciel et terre et proteste auprès du secrétaire
général de l'Onu qui n'a pas eu l'audace de prendre
une position claire condamnant les politiques
d'Israël dans les territoires occupés. Les commentateurs
américains reconnaissent qu'aux yeux du monde
arabe, les crimes d'Israël dans les territoires
occupés ne sont que le prolongement des crimes
et erreurs commis par les forces d'occupation
américaines en Iraq. Quoi qu'il en soit, les deux
problèmes sont indissociables.
Sans
doute, les Etats-Unis ont grandement besoin des
efforts de Brahimi pour les faire sortir du bourbier
iraqien. Un besoin qui les amènerait à fermer
les yeux sur la colère d'Israël, qui ne tolère
aucune critique à son égard. La dernière victime
du courroux israélien fut Mary Robinson, l'ex-présidente
de la République d'Irlande et l'ex-chef du Haut-Commissariat
des Nations-Unies pour les réfugiés. La seule
erreur de Robinson est qu'elle a osé dire, lors
d'un discours à une université américaine, que
la raison derrière le conflit arabo-israélien
n'est autre que l'occupation israélienne des territoires
palestiniens !
Il
y a quelques jours, 52 anciens diplomates britanniques
ont pris l'initiative d'envoyer une lettre critiquant
les politiques fâcheuses, selon eux, de leur premier
ministre Tony Blair. Ils y dénonçaient l'appui
britannique à la politique de l'Administration
Bush en Iraq ou celle de Sharon dans les territoires
palestiniens. Cette initiative contraste avec
le silence des associations d'amitié arabo-britanniques
qui se trouvent en Egypte ou dans les autres pays
arabes. Pourquoi n'adressent-elles pas leurs critiques
à leurs amis britanniques ?
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