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Archéologie . Deux sarcophages intacts datant de la 26e dynastie viennent d'être découverts à Saqqara par la mission du Louvre. Ils apportent de précieuses informations sur le rituel funéraire de l'époque.
La bonne pioche du Louvre

L'agitation règne sur le plateau de Saqqara, près du mastaba d'Akhethetep. Les uns sont en galabiya, les autres en chemises et pantalons, portent foulards ou chapeaux sur la tête. Ouvriers, archéologues, journalistes, responsables ... on parle un peu arabe, anglais ou encore français. La mission archéologique du Louvre, dirigée par Christiane Zigler, vient de découvrir deux sarcophages intacts datant de la 26e dynastie (624-525 av. J.-C.), époque de renaissance culturelle de l'Egypte marquée par la grande richesse de ses tombes.

Jean-Pierre Adam, l'architecte de la fouille et du Centre National des Recherches Scientifiques (CNRS), cherchait un puits pour évacuer son matériel par l'autre extrémité d'une galerie. Et voilà qu'il tombe, avec Francis Janot, médecin spécialiste des momies, sur une immense nécropole violée avec des ouvertures permettant de passer d'un caveau à l'autre. Encore par hasard, et en nettoyant le site trouvé, ils tombent sur un premier sarcophage inviolé. « C'est comme une loterie puisque tout autour, on a trouvé des tombes qui étaient pillées depuis l'antiquité et depuis l'époque grecque », explique Adam. En tout, la mission du Louvre a découvert six sarcophages, certains en bois et d'autres en pierre, outre une cinquantaine de momies.

Ce genre de découverte, qui ne se produit qu'une ou deux fois par siècle, la plupart des archéologues en rêve. « Ce sont les momies les mieux conservées de cette époque que j'ai jamais vues », a assuré Zahi Hawas, secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA). Les tombes, riches en mobilier funéraire, sont celles de notables ou de personnages de moindre envergure. Ainsi, on trouve des momies soit à même le sol, soit dans des fossés et même dans des sortes de niches. « Tous les types d'inhumation sont présents », avance Adam. Une découverte qui, d'après les archéologues, permettra de « mieux connaître les coutumes funéraires de cette époque ptolémaïque ». L'objectif de cette mission, qui s'inscrit dans une longue tradition lancée par Auguste Mariette en 1850, était de retrouver l'emplacement original et ce qui subsistait du mastaba d'Akhethetep, le prêtre de la pyramide d'Ounas. Mais au fur et à mesure de leurs recherches, les scientifiques ont trouvé d'autres mastabas et l'espace funéraire familial s'est agrandi.

Les travaux de la mission, qui doivent aujourd'hui être suspendus, reprendront en mars prochain pour une étude plus approfondie d'identification et de restauration, en particulier des objets qui ont été trouvés à côté des momies. « Il faut parfois laisser les morts tranquille », rappelle Adam.

Samar Al-Gamal
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Trois questions à Jean-Pierre Adam, architecte du Centre National des Recherches Scientifiques (CNRS) et de la mission archéologique du Louvre à Saqqara.

Al-Ahram Hebdo : Quel est l'intérêt de cette découverte ?

Jean-Pierre Adam : C'est ce privilège extraordinaire non seulement d'avoir une architecture très bien conservée, mais aussi d'avoir un complexe funéraire familial et également cette chance inouïe d'avoir une tombe qui n'a jamais été pillée depuis l'Antiquité. Donc, on a un mobilier très riche préservé, des vases et des poteries et des informations très précieuses sur le rituel funéraire. C'est tout à fait exceptionnel parce qu'on a découvert non seulement les morts dans des sarcophages, mais aussi tout ce qui les accompagnait. D'habitude ces objets on les retrouvait au siècle dernier, ils étaient vendus par des paysans qui avaient trouvé des tombes par hasard. C'était morcelé et on n'avait jamais des séries complètes, hormis l'exception de Toutankamon qui n'est pas un personnage ordinaire et n'est donc pas représentatif de la société égyptienne. Là, ce sont des notables de grandes familles. Grâce à cette mise à jour on doit connaître beaucoup mieux le rituel funéraire.

— La mission du Louvre s'attendait-elle à une telle découverte ?

— Le but initial de notre mission était de rechercher un grand mastaba, ce monument funéraire qui a été découvert en 1996 et dont ont avait entendu parler parce qu'il a été déjà vu en 1903. On a alors relevé les reliefs qui étaient dans la chapelle mais il n'y avait pas eu de travail topographique et on avait perdu son emplacement. Maintenant, nous avons retrouvé non seulement son emplacement, mais le mastaba tout entier. Et depuis, on connaît le nom du personnage qui s'appelle Akhethetep. Plus tard, on a trouvé un grand mur de clôture qui délimitait l'espace réservé à la famille. Il se trouve qu'un fils ou un petit-fils avait construit son propre mastaba de l'autre coté du mur en venant s'appuyer dessus. Puis, un autre fils est arrivé et a construit son propre mastaba en s'appuyant contre le précédent et contre le mur de clôture. En avant se trouve un autre espace, une cour où se trouvent les puits funéraires des serviteurs de la famille. Ceux-ci sont très modestes mais étaient inviolés et donc très intéressants. Enfin, un autre mastaba peut-être pas de la même famille dont on a trouvé le puits et par une chance extraordinaire ce puits donnait sur des tombes intermédiaires qui étaient toutes deux scellées et non violées. Nous les avons trouvées en octobre 2003. Cette année, les chercheurs ne fouillaient plus parce qu'il y avait un travail de classement, d'identification et de restauration. Et le miracle, c'était de tomber sur ces momies et sarcophages.

— Quelle sera donc la prochaine étape ? Comptez-vous poursuivre les fouilles ?

— La mission s'arrête cette année, mais ce n'est pas fini bien entendu. On recommencera l'année prochaine. Cette fois-ci, nous allons tenter de dater les sarcophages de façon exacte mais nous allons notamment mener un énorme travail de traitement de mobilier, c'est-à-dire directement sur les objets, surtout ceux qui ont été pillés dès l'époque grecque puis recueillis par les prêtres. On va donc coller ces objets et les assembler et puis éventuellement les déposer dans le nouveau magasin du Conseil Suprême des Antiquités . L'idéal serait de tout laisser dans les tombes pour que d'autres scientifiques ou des visiteurs viennent voir ce qu'est une tombe avec son mobilier complet.

Propos recueillis par
S.G.

 

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