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Parcours
. Ils
ont choisi de gré ou de force de vivre au bord des autoroutes,
sans être pour autant des marginaux. Ils y ont bâti baraques
et vies. Ce sont des gens qui n'ont pas d'adresses mais
beaucoup d'histoires à raconter. |
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A une dizaine
de kilomètres du Caire, sur la route agricole qui mène
vers Alexandrie, plusieurs voitures cherchent la même
adresse : un grand arbre sur lequel est suspendue
une balance. C'est l'adresse d'Am Mansour, le vendeur
de volailles. Et ses clients n'hésitent pas à faire le
déplacement sur cette route caillouteuse où il a installé
son petit commerce. En fait, ni cette balance, ni Am Mansour,
ni même ses poules n'ont changé de résidence depuis 25
ans puisque notre marchand habite sur le lieu même où
il gagne son pain,
c'est-à-dire dans son poulailler. « Je n'ai pas
de logis, et je n'aurai jamais un autre que celui-là.
Je suis tout à fait à l'aise ici », explique
Am Mansour, 65 ans. Le regard fier, il raconte sa triste
histoire ; lorsque ses parents sont morts et que
ses deux frères mariés et plus âgés lui ont fait comprendre
qu'il n'avait plus de place à la maison familiale. Mansour
s'est donc retrouvé du jour au lendemain sans gîte, en
train de vendre quelques poules aux voyageurs empruntant
cette route. « Le fait d'être toujours là encourage
les clients à venir à n'importe quel moment de la journée,
car ils sont sûrs de me trouver. De plus, j'élève mes
poules sur place, ce qui me permet de faire beaucoup d'économie,
puisque je n'ai pas besoin de louer un véhicule pour le
transport deux fois par jour comme le font les autres »,
poursuit-il en se protégeant les yeux du nuage soulevé
par le passage d'un véhicule.
Mansour ne
regrette d'avoir fait ce choix que lorsqu'il se rappelle
qu'il n'a pas réussi à fonder un foyer. Tout simplement
parce qu'il n'a pas trouvé une femme qui accepte de partager
cette vie. « Lorsque je me suis rendu compte que
je devais me marier, j'avais déjà passé 15 ans sur ce
lieu, et il m'était difficile de changer de vie »,
et d'ajouter avec un sourire : « Je finirai
bien par trouver l'âme sœur ». Mais pour le moment,
sa seule préoccupation est de protéger ses poules contre
les nombreux vols qui ont lieu sur cette route. |
Un choix qui n'est pas un
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Beaucoup
comme lui ont fait le choix de vivre au bord de la route.
Sur le chemin qui mène à Damiette, juste avant d'arriver
au village de Dendana, se trouve la maison de Sayeda.
Elle est entièrement fabriquée de roseaux. Un drap fait
office de porte d'entrée et le mobilier se compose d'un
grand lit branlant et d'un vieux canapé. Un trou creusé
dans la boue sert de toilettes et à proximité, un petit
récipient plein d'eau. « On peut dire qu'on a
une maison », dit Sayeda, 70 ans. Après le décès
de son mari, cette femme et ses enfants ont choisi de
quitter leur maison qui menaçait de s'effondrer. « Nous
ne possédions pas les moyens d'acheter une autre maison
dans le village, alors on a préféré nous éloigner et nous
installer sur cette route. Là au moins nous n'avons pas
de loyer à payer », rétorque Sayeda. Cette dernière
profite de ce lieu de résidence pour vendre des chèvres
ou des fruits. Quant à son fils aîné handicapé, il est
occasionnellement vulgarisateur. En fait, après avoir
vécu plus de 20 ans sur ce sentier, entouré par des terrains
agricoles vastes et séparés de tous les villages par des
kilomètres, cette famille a dû créer son propre système
de sécurité : « Lorsque les enfants étaient
plus petits, j'avais peur qu'on les kidnappe ou qu'une
voiture les écrase, car quelques mètres de
boue nous séparent de la route seulement. Alors, très
tôt, je leur ai appris comment se protéger. Mais lorsque
les enfants sont devenus plus grands, cette peur a disparu,
mais il fallait doubler d'attention, prendre certaines
précautions surtout pour les filles », affirme
Sayeda : quand la mère ou l'une des deux filles passe
aux toilettes, l'une d'elle fait le guet pour s'assurer
qu'il n'y a pas de regards indiscrets. Mais pour prendre
un bain, c'est plus délicat, l'une d'elle reste debout
dehors pour surveiller les alentours. Et pour dormir,
c'est à tour de rôle que la mère ou le fils veille sur
les deux filles. Sayeda dort tôt pendant que son fils
reste éveillé au seuil de la porte, et juste avant l'aube,
elle se réveille pour céder la place à son fils.
Sur la même
route et juste avant d'arriver à Kafr Al-Cheikh, on rencontre
une autre famille qui a choisi de vivre à proximité de
l'autoroute. C'est la famille de Hag Rachad, le boucher,
qui vivait auparavant dans un village pauvre. « Je
possédais une maison de trois étages et devais venir chaque
jour sur cette route pour vendre la viande aux voyageurs.
Certains sont devenus des clients fidèles. Au village,
beaucoup de gens n'achetaient pas ma viande, car ils sont
pauvres. Alors lorsque les enfants se sont mariés, j'ai
décidé de leur laisser la maison et nous sommes venus,
ma femme et moi, pour vivre sur l'autoroute, là où je
gagne mon pain », explique Rachad, 67 ans. Ce
dernier a acheté une parcelle de terre, la plus proche
de l'autoroute et y a construit une vaste maison. « C'est
vrai qu'on a été obligé de voler des fils du poteau électrique
pour avoir du courant, et qu'on a mis du temps pour s'adapter
à cause du bruit et de l'insécurité mais on n'a jamais
regretté notre décision », rétorque Rachad. Ce
boucher a toujours élevé ses bêtes à l'arrière-cour de
sa maison, il en égorge deux ou trois par jour et les
suspend au bas de sa maison. Sur la façade, quelques mains
de Fatma par-ci par-là dessinées avec le sang des bêtes.
Une façon d'éloigner le mauvais œil, dit-on. Quant à ses
enfants, ils sont toujours les bienvenus chez lui. Mais
Rachad retourne rarement au village, il préfère rester
là où il a choisi de vivre. |
Les sentiers du destin
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En se dirigeant
vers le sud, sur la route du Fayoum, on remarque plusieurs
camions et poids lourds en stationnement devant un point
précis que tous les chauffeurs connaissent très bien :
c'est le kiosque de Khalil ou le coin de repos comme préfèrent
le nommer quelques chauffeurs. Khalil était lui-même un
vieux routier. C'est après son accident qu'il s'est installé
là. Il lui a été impossible de s'éloigner de l'autoroute.
« J'ai passé une grande partie de ma vie sur cette
route, tous mes amis, mes souvenirs sont là »,
confie Khalil. Il a installé une table sur la route et
prépare du thé et du café pour ses anciens collègues.
« Ainsi, je gagne ma vie et j'en profite pour
rencontrer mes amis à l'endroit que j'aime le plus »,
poursuit Khalil. Originaire d'Assiout, il a laissé sa
femme et ses enfants dans sa ville natale pour s'installer
dans une baraque fabriquée de plaques d'aluminium. Elle
lui sert uniquement pour dormir, car le reste du temps,
il est en plein air. « Ma femme voulait venir
ici. Mais comment la laisser dormir dans la rue »,
dit-il. Ce dernier ne peut aller voir sa famille que durant
les fêtes. Le reste du temps, il lui envoie des messages
par l'intermédiaire des chauffeurs. Ces derniers, à leur
tour, se servent aussi de leur amitié avec Khalil et de
sa présence en permanence sur la route pour passer la
nuit chez lui ou laisser des commissions ou messages pour
les uns ou les autres.
Pas très
loin du coin de Khalil se trouve Abdel-Fattah, vendeur
de fèves. C'est suite à un tragique événement que
cet employé du ministère de l'Electricité est venu s'installer
sur l'autoroute. « J'habitais non loin d'ici,
et deux fois par jour, mon fils unique devait traverser
l'autoroute pour aller à l'école. J'avais tellement peur
pour lui, jusqu'au jour où il s'est fait tuer à l'âge
de 6 ans », raconte tristement Abdel-Fattah.
Il passait ses jours et ses nuits sur l'autoroute, là
où il a perdu son fils jusqu'au jour où il fut renvoyé
de son travail. « Je gagne très peu, mais je me
sens plus calme en vivant sur l'autoroute »,
dit Abdel-Fattah. Ce dernier s'est installé à côté d'un
robinet d'eau pour tremper ses fèves, et il a construit
une petite pièce en bois pour se loger.
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| Hanaa
El-Mekkawi |
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