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Palestine . Membre arabe de la Knesset israélienne et ancien conseiller du président Yasser Arafat, Ahmed Al-Tibi, présent au Caire pour assister à une rencontre sur les Palestiniens de 1948, parle de la discrimination subie par cette minorité arabe en Israël et de ses rapports avec les Palestiniens des territoires occupés en 1967.
« Nous luttons contre la marginalisation
et la discrimination 
»

Al-Ahram Hebdo : Comment évaluez-vous la réunion au Caire des Palestiniens de 1948, organisée par la Ligue arabe, en coopération avec le département des sciences politiques de l’Université du Caire ?

Ahmed Al-Tibi : Cette rencontre est sans précédent du point de vue qualitatif. Car, pour la première fois, on a été capables de réunir tous les courants politiques représentant ce qu’on appelle les Palestiniens de 1948 autour d’une même table. Cette rencontre avait comme objectif une meilleure approche et compréhension des questions et problèmes liés aux Arabes de 1948. Pour notre part, nous aimerions qu’aussi bien au Caire que dans tout le monde arabe, on ait une meilleure connaissance de la réalité des Palestiniens de 1948. Ces derniers ont une nature bien particulière parce qu'ils sont arabes palestiniens et, en même temps, citoyens israéliens. Pour cette raison, nous sommes en permanence victimes d’une politique de discrimination, menée par tout gouvernement israélien. C’est pour cette raison que la rencontre du Caire est un pas qui mérite d’être vivement salué.

— Qu’espèrent les Palestiniens de 1948 de leurs confrères arabes ?

— En réalité, il faut bien le dire, pendant des dizaines d’années il y a eu, chez certains Arabes, une déformation de l’image des Palestiniens de 1948. Ce comportement s’est atténué et a presque disparu au cours des dernières années, grâce à nos efforts personnels, l’amélioration des moyens de communication, l’Internet, les chaînes satellites, etc. A travers ces différents moyens, les Arabes ont pu connaître la réalité de notre situation. Nous avons commencé à être vus et reconnus comme une partie vivante de la nation arabe et du peuple palestinien, mais qui résiste et s’accroche à sa terre au fil des ans. On réalise maintenant que nous avons nos propres soucis et que nous souffrons d’une discrimination raciale très évidente, à l’intérieur d’Israël, pratiquée par les gouvernements en place.

Nous représentons une faction de cette société israélienne qui propose un modèle alternatif au sionisme. Nous voulons affirmer notre présence et défendre nos droits contre vents et marées. Et ce malgré toutes les politiques discriminatoires à notre encontre. Nous voulons également être en permanence en contact et liés aux autres peuples arabes, malgré toutes les oppositions officielles israéliennes et en dépit de la campagne menée contre nous par la droite israélienne lorsque nous avons accepté de participer à la rencontre du Caire.

— Quels types de rapports ont les Palestiniens de 1948 avec l’Autorité palestinienne, d'une part, et les Palestiniens vivant dans les territoires occupés, d'autre part ?

— Nous sommes en rapport constant avec l’Autorité palestinienne. Dans le passé et jusqu’en 1999, j’ai été moi-même conseiller du président Yasser Arafat. Puis, j’ai présenté ma démission et posé ma candidature pour la Knesset. Donc, je suis en contact permanent avec lui. Nous sommes également en rapport avec l'ensemble des Palestiniens dans les territoires à travers les campagnes d’aides et de secours aux nécessiteux. Bref, depuis 1967, et malgré l’occupation, qui est la pire des choses infligées aux Palestiniens, nous avons des contacts avec nos confrères dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Nous avons eu même des cas de mariage entre Palestiniens de l’intérieur et de l’extérieur de la ligne verte (séparant Israël des territoires palestiniens occupés en 1967). Donc, on parle d’un même peuple, qui partage les mêmes traditions et patrimoine culturel.

— Comment les Palestiniens de 1948 voient les garanties accordées par le président George W. Bush au plan de séparation d'avec les Palestiniens présenté par le premier ministre israélien Ariel Sharon, qui vient de subir un cinglant revers après le rejet de ce plan par son parti, le Likoud ?

— Ces garanties représentent une profonde atteinte à toutes les constantes du processus de règlement israélo-palestinien. D'autant plus qu'elles ont été accordées par le président du pays censé être le parrain du processus de paix. Les questions des réfugiés, des colonies, etc. devraient être tranchées dans la phase finale des négociations de paix. Mais avec ces déclarations, le président Bush tente d’imposer unilatéralement un statut final aux Palestiniens, sans même qu'aucune négociation n'ait lieu. Sharon a proposé son plan de retrait unilatéral de la bande de Gaza, sans avoir coordonné le moins du monde avec l’Autorité palestinienne. Bush a également agi de manière unilatérale en faisant ses dernières déclarations sur cette question. Reste alors aux Palestiniens de les imiter en répondant aussi par une mesure unilatérale : la proclamation d’un Etat palestinien indépendant à l’intérieur des frontières de 1967. Cette annonce n’arrêtera probablement pas l’occupation, mais permettra aux Palestiniens de reprendre l’initiative. Il faut signaler ici l’absence totale de la partie arabe, qui reste silencieuse sans jouer le moindre rôle, face à un Sharon qui, bénéficiant du soutien américain, fait ce qu’il veut, quand il veut et où il veut.

— Les Palestiniens de 1948 sont les premiers touchés par le double refus israélo-américain du droit au retour des réfugiés de 1948 aux terres qu'ils ont été forcés de quitter. Qu'en pensez-vous ?

— Le droit au retour des réfugiés de 1948 ne peut pas être supprimé par une simple annonce de la part d’un président, le président du pays le plus puissant du monde soit-il. Cette annonce ne peut effacer ou détruire la légitimité et les lois internationales qui reconnaissent ce droit. C’est pour cette raison que le droit au retour reste valide et le restera tant que la question des réfugiés existera. Cette question ne sera résolue que par des négociations de paix conduites selon les principes de l’initiative de paix arabe, présentée lors du sommet de Beyrouth en mars 2002. Il y a là un texte clair. Nous soutenons ses principes, notamment lorsqu'elle souligne la nécessité d’un règlement ayant pour base la résolution 194 des Nations-Unies.

— Les députés arabes à la Knesset sont-ils victimes de discrimination ou de tentatives de marginalisation politique ?

— Il y a sûrement une tentative de marginaliser la minorité arabe au sein de la Knesset et une tentative de lui enlever sa légitimité politique. Moi personnellement, j’ai été victime de cette campagne, lors des dernières élections, lorsque le Likoud a tenté de me retirer de la liste des candidats et de m'interdire de participer aux élections, sous prétexte que je suis un Palestinien, que je suis allé au camp de Jénine, en Cisjordanie, pendant le massacre commis par Israël et que je suis contre l’occupation israélienne, etc. Personnellement, j’ai répondu à ses accusations, en reconnaissant avec fierté tous ces faits. Ils m’ont alors retiré de la liste des candidats à la Knesset avec l’aide du gouvernement, mais j’ai fait appel devant la Haute Cour de justice, qui a affirmé que toutes ces accusations étaient de nature politique et m'a permis de prendre part aux élections.

Il existe également des tentatives de marginalisation culturelle. Car Israël nous empêche d’enseigner nos programmes scolaires dans nos écoles arabes. Il essaye de détruire notre identité et toutes les dimensions patriotiques et nationalistes des Palestiniens de 1948. C’est pour cette raison que notre existence est en elle-même une perpétuelle lutte contre la marginalisation et la discrimination, voire une lutte pour la survie sur tous les plans.

— On impute à Ariel Sharon la volonté de procéder, dans le cadre d'un règlement politique, à un échange de territoires visant à garder le caractère juif d'Israël : les blocs de colonies juives en Cisjordanie contre les localités à forte densité arabe à l'intérieur d'Israël. Qu'en dites-vous ?

— Nous refusons absoluce genre de comparaison. Politiquement et moralement parlant, on ne peut pas nous comparer, nous les habitants originels de la Palestine avec des colons qui se sont emparés d’une terre qui ne leur appartient pas et y ont construit des colonies totalement illégales. Ce n’est pas nous qui avons envahi Israël, c’est plutôt le contraire. Pour cette raison, on ne peut même pas accepter la comparaison entre nous et les colons.

Propos recueillis par Randa Achmawi

 

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