Palestine .
Moussa Abou-Marzouq, numéro 2 du Hamas, estime
qu'un certain laxisme de la part de l'Autorité palestinienne
est à l'origine de l'augmentation du nombre des collaborateurs
d'Israël. |
« L'infiltration
de Hamas reste difficile » |
Al-Ahram
Hebdo : Ce phénomène de collabos est-il nouveau
dans la société palestinienne ?
Moussa
Abou-Marzouq : Il est évident que depuis le début
de l'occupation, l'ennemi sioniste tente d'infiltrer
la société palestinienne à travers des collaborateurs.
Plusieurs cas de ce qu'on appelle la coopération sur
le terrain, comme l'identification des voitures et des
maisons ou la pose d'explosifs, avaient eu lieu à cause
de ce type d'agents. Lors de la première Intifada, l'étau
s'était resserré sur eux et ils étaient devenus des
cibles. Mais cela a changé avec l'arrivée de l'Autorité
palestinienne, celle-ci a traité le dossier avec négligence
et n'en a pas fait le suivi, ce qui a permis à ce phénomène
de se répandre dans la société palestinienne.
— N'y
a-t-il pas d'autres éléments qui ont contribué au retour
de cette 5e colonne ?
— Israël
comptait sur différents systèmes d'infiltration des
mouvements de la résistance, parfois à travers l'escorte
ou les compagnons de la personne visée, ou parfois à
l'aide de colis piégés ou par empoisonnement. Aujourd'hui,
les deux premiers cercles du mouvement ne subissent
plus ce genre de pénétration. L'ennemi a été incapable
d'infiltrer Hamas, c'est pourquoi il a recours
aux avions et hélicoptères pour atteindre la cible,
en passant par des collaborateurs se limitant à des
opérations de reconnaissance. Les opérations qui ont
visé le cheikh Yassine, Rantissi ou Ismaïl Abou-Chanab,
et même la tentative manquée contre Mahmoud Al-Zahar,
le prouvent. Ils visent leurs maisons ou leurs voitures,
mais toujours dans la zone de leur domicile
— Est-ce
qu'Israël a impérativement besoin de ce genre d'agents ?
— L'ennemi
sioniste utilise, certes, tous les moyens. L'infiltration
est le procédé le moins coûteux, suscite moins de condamnations
internationales et augmente la frustration au sein du
mouvement visé, puisqu'un de ses membres a trahi et
s'est vendu à l'ennemi. C'est un système qu'il applique
à tous les niveaux : organisations, commerçants,
politiciens, journalistes. Mais n'ayant pas réussi à
le faire avec le Hamas, l'ennemi a été forcé
à franchir toutes les lignes rouges et usé de procédés
inhabituels dans sa façon de traiter avec l'adversaire.
Dans l'histoire de la résistance, il y a toujours une
limite dans les moyens dont use l'occupant pour traiter
avec ses dirigeants, à l'exemple de Saad Zaghloul en
Egypte, Gandhi en Inde et Nelson Mandela en Afrique
du Sud. Ils n'étaient pas éliminés physiquement, ils
étaient exilés ou emprisonnés.
— Quels
sont les moyens qu'utilise Israël pour recruter les
agents ?
— Il
y a des traits communs à toutes les opérations de ce
genre. L'argent, la drogue, les pressions ou le sexe.
Les agents tombent dans des pièges, sont filmés dans
des situations indécentes, et sont soumis à un chantage.
Par crainte du scandale, parce que la société palestinienne
reste conservatrice, ils finissent par accepter ce qu'on
leur demande. A titre d'exemple, Ali Al-Zatma, qui a
collaboré à l'assassinat de Salah Chehada, est tombé
dans le piège parce qu'il voulait partir à l'étranger.
Les Israéliens, à travers une Canadienne qui travaillait
pour le Mossad, ont pu le filmer et le faire chanter.
Il a juste donné un renseignement sur une voiture avec
un numéro d'immatriculation déterminé, indiquant que
deux hommes et une femme en étaient sortis pour pénétrer
dans une maison. On a demandé au collaborateur de rentrer
chez lui et une minute après le bâtiment était bombardé.
L'agent ne savait pas de quoi il s'agissait, ni qui
étaient les personnes visées.
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Propos
recueillis par
S.G.
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Les
Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa avaient arrêté Hilal, lui-même
membre du groupe militant, et l'avaient interrogé pendant
trois semaines. Dans son édition du 9 novembre 2003, le
New York Times a publié les aveux de Mohamed Hilal,
23 ans, recueillis dans un enregistrement vidéo distribué
par les Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa à des agences internationales.
Il raconte avec force détails comment il renseignait ses
« manipulateurs » israéliens sur ses
camarades palestiniens de Cisjordanie, à l'aide d'un téléphone
portable caché, permettant ainsi aux forces de sécurité
de dénicher les militants. Hilal a dit qu'il avait commencé
à travailler pour Israël après être été chercher un permis
de voyage pour sa mère auprès d'une administration militaire.
Quand ce permis lui a été refusé, il a argumenté avec
l'officiel israélien et a été emmené dans une pièce où
il a été reçu par une femme en uniforme de l'armée israélienne.
« Elle
m'a demandé ce que je pensais du soulèvement palestinien »,
raconte Hilal. « J'ai dit que cela ne m'intéressait
pas. Elle a posé sa main sur mon épaule et sur une de
mes jambes et a commencé à me masser. Puis elle a retiré
tous ses vêtements. Quand je l'ai vue comme ça, toute
nue, j'ai été obligé de coucher avec elle ».
Hilal
raconte qu'ensuite, un officier israélien lui a montré
15 photos de la relation sexuelle, et lui a demandé de
travailler avec les Israéliens, faute de quoi les photos
seraient distribuées dans Tulkarem. Hilal a dit, dans
la vidéo, qu'après l'acte sexuel, il avait accepté les
demandes israéliennes et avait reçu 58 euros ainsi que
plusieurs numéros de téléphone. « Le lendemain,
je suis allé sur le lieu des affrontements, j'ai noté
les noms et j'ai envoyé trois rapports », dit-il
dans la vidéo. A un moment donné, il a fait savoir qu'un
expert en explosifs disposait de 19 bombes, et on l'a
félicité pour ça, ajoute-t-il.
« Je
recommande à tous les Palestiniens de se méfier de la
police secrète israélienne », dit Hilal à la
fin de sa vidéo. « Quoi qu'elle fasse pour essayer
de vous attirer, pour vous tromper, ne les laissez pas
faire ».
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