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Palestine .
La série d'assassinats des chefs des mouvements palestiniens,
dont les déplacements étaient censés être confidentiels,
relance le débat sur les agents à la solde de l'Etat hébreu.
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La
cinquième colonne d'Israël |
| Agents
ou collaborateurs palestiniens qui travaillent pour le
compte d'Israël. Qui sont-ils ? Combien sont-ils ?
Pourquoi le font-ils ? Depuis l’assassinat des deux
chefs du mouvement palestinien Hamas, Cheikh Yassine
et Abdel-Aziz Al-Rantissi, le dossier est passé sur le
devant de la scène, d'autant plus que la sécurité palestinienne
a découvert un réseau de Palestiniens collaborant avec
Israël juste après le meurtre du cheikh Yassine, chef
spirituel du Hamas, et que les brigades d'Al-Qassam,
branche armée du mouvement Hamas, ont affirmé que les
collaborateurs étaient équipés de matériel de transmission
sophistiqué. Aujourd'hui, les ONG parlent d'environ plus
de deux cents Palestiniens accusés de collaboration et
qui sont emprisonnés dans les différents centres de détention
de la bande de Gaza. Depuis l'établissement de l'Autorité
palestinienne en 1994, plusieurs Palestiniens ont été
exécutés à Gaza pour collaboration. Mais de nombreux autres,
simplement soupçonnés d'être des collaborateurs, ont été
victimes de vendettas.
Analystes
et responsables palestiniens ne sont pas en mesure d'avancer
un chiffre exact. Mais selon le politologue palestinien
Kayed Al-Ghoul, « même s'il est difficile de parler
de chiffre précis, je crois qu'il est en baisse grâce
à la présence de l'Autorité palestinienne qui se fait
voir dans les rues ». La question la plus importante
qui se pose n'est pas celle de savoir quel est le nombre
de ces collabos, mais comment Israël, qui dispose des
moyens d'espionnage les plus sophistiqués, dont la mise
sur écoute des communications, et la surveillance des
déplacements des responsables palestiniens, a recours
à ce genre d'agents. Le chef des gardes-frontières israéliens,
le commandant David Tzur, reconnaît : « Nous
excellons dans le recours aux moyens humains pour la collecte
des informations. Nous investissons beaucoup d’efforts
pour disposer d’agents, et Israël a réussi à obtenir des
résultats étonnants dans ce domaine ». Il semble
que les tentatives d'infiltration des mouvements palestiniens
deviennent de plus en plus difficiles pour Israël comme
le dit Moussa Abou-Marzouq, vice-président du bureau politique
du Hamas (lire Entretien). Il relève que suite
à l'échec de ce genre de noyautage, les Israéliens se
contentent du seul agent de reconnaissance.
Une
tâche qui s'avère plutôt simple sous une occupation qui
contrôle toutes les sorties, voire tous les moyens de
subsistance, des Palestiniens. Ainsi, selon Al-Ghoul,
« Israël profite du besoin des Palestiniens de
travailler sur son territoire et au moment où ils retirent
la dite carte magnétique (permettant de franchir les
frontières israéliennes et de travailler, NDLR), l'Etat
hébreu marchande avec eux ou avec ceux qui veulent suivre
des études ou un traitement médical à l'étranger ».
Une situation vouée donc à persister tant que le statu
quo demeure et tant que l'économie palestinienne est
tributaire d'Israël. Djibril Rajoub, ex-chef de la sécurité
palestinienne, est d'accord pour dire que, sous l'occupation,
recruter des agents n'est pas une question difficile,
mais voit les choses de manière différente. Il estime
que c'est un phénomène qui existe partout et contre lequel
l'Autorité palestinienne tente de combattre, avec les
moyens dont elle dispose. « C'est l'OLP qui assume
la responsabilité de poursuivre, arrêter ces agents et
les présenter en jugement », dit-il. Mais il
n'hésite pas à jeter la balle dans le camp des mouvements
palestiniens. Il affirme que ces derniers sont responsables
de leur propre protection. « Lorsqu'ils sont en
courant de telles choses, ils ne nous avertissent pas
de crainte de voir leur image déformée devant nous. Nous
les appelons à coopérer avec nous, qu'ils nous présentent
des listes et qu'ils discutent avec nous et nous sommes
capables de prendre les mesures nécessaires ».
En revanche, les différents mouvements de résistance accusent
l'Autorité palestinienne d'avoir négligé le dossier des
agents. « C'est ce manque de fermeté qui a permis
au phénomène de s'amplifier », accuse le responsable
du Hamas, en comparant le traitement du dossier
lors des deux Intifadas. |
Des
innocents accusés
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| Cependant,
lors de la première Intifada, plusieurs erreurs ont été
commises et des innocents ont été tués, accusés de collaboration.
« Un retour à la situation qui prévalait lors
de cette période aurait pour conséquence de mettre le
désordre partout dans la société palestinienne »,
indique Al-Ghoul. Au cours de la première Intifada, entre
1987 et 1993, plus de 800 collaborateurs présumés ont
été capturés par les Palestiniens, et d'autres, accusés
d'avoir collaboré avec Israël et d'avoir aidé l'Etat hébreu
à assassiner des militants palestiniens, ont été tués
de manière extrajudiciaire par des groupes armés ou des
individus palestiniens. Même depuis le début de l'actuelle
Intifada, en 29 septembre 2000, certaines ONG affirment
que le même phénomène s'est reproduit, mais dans une moindre
mesure.
Même
Amnesty International a encore condamné l'iniquité
des procès qui se tiennent devant la Cour de sûreté de
l'Etat et non devant un tribunal civil. Mais le ministre
palestinien de la Justice, Abou-Meddeine, avait répliqué :
« Nous sommes en guerre et cela devait servir
d’avertissement » à ceux qui seraient tentés
de collaborer avec Israël. Ces procédures judiciaires
se déroulent devant des juges militaires, et les jugements
rendus par la Cour sont sans appel. Les sentences doivent
simplement être ratifiées par le président Yasser Arafat.
Cependant, celui-ci n'a toujours pas ratifié certaines
condamnations à mort. Peut-être que l'OLP a été obligée
de traiter le dossier avec réticence parce qu'elle est
ligotée par un nombre de mesures et d'accords avec Israël,
en plus du fait que la communauté internationale, et surtout
l'Union européenne, voient d'un mauvais œil les exécutions
comme moyen de résoudre ce problème.
C'est
peut-être une exception dans la société palestinienne,
mais le phénomène existe et il doit être traité de manière
plus sérieuse dans le but de combattre les facteurs qui
poussent les agents à collaborer avec l'ennemi. Le politologue
palestinien affirme qu'il faut agir sur deux volets. Le
juridique, c'est-à-dire que toute sanction doit se dérouler
conformément à la loi (inspirée de la loi égyptienne qui
prévalait à Gaza jusqu'en 1967), avec preuves à l'appui
ou aveux. L'autre volet — qu'il trouve plus important
encore — est celui de la sensibilisation, et de la
conscientisation en profitant des expériences des autres
peuples qui ont résisté à l'occupation, pour éviter que
l'affaire ne se transforme en une question de sang entre
Palestiniens. C'est pourquoi le Hamas a déclaré
qu'il est en discussion avec le Fatah, le mouvement
de Yasser Arafat, et avec les autres factions pour rouvrir
le dossier. Tous semblent conscients du sérieux de l'affaire
et disent cependant qu'il ne faudrait pas l'exagérer et
porter atteinte à la lutte palestinienne et au patriotisme.
L'exagération sert uniquement l'intérêt d'Israël. En perdant
ses agents, l'Etat hébreu joue sur le côté psychique et
porte atteinte au moral des Palestiniens. Il en recrute
ensuite d'autres, en laissant supposer qu'il dispose d'un
très grand nombre de collabos. Qu'ils soient nombreux
ou pas, efficaces ou non, l'affaire des agents ne se terminera
qu'avec la fin de l'occupation. |
| Samar
Al-Gamal |
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Chronologie
de la trahison
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| 12
février 2001
Deux
Palestiniens âgés de vingt-huit et dix-huit ans ont été
condamnés à mort par la Cour de sûreté de Bethléem. Ils
étaient accusés d’avoir fourni aux services de sécurité
israéliens des photos de Hussein Abayat, chef du Fatah
pour le Sud de la Cisjordanie, tué par un missile tiré
depuis un hélicoptère alors qu’il circulait dans la ville
de Beit Sahour. Deux passantes avaient également été tuées.
15
février 2001
Deux
Palestiniens condamnés à mort pour collaboration avec
Israël ont été fusillés. Majdi Makaoui, vingt-huit ans,
fusillé dans l’enceinte du commissariat de Gaza devant
500 policiers et responsables du Fatah, avait reconnu
avoir communiqué aux Israéliens des renseignements ayant
servi à l’assassinat de quatre membres du mouvement.
Allan
Béni Odeh, vingt-quatre ans, exécuté sur la place publique
à Naplouse, était accusé d’avoir fourni à Israël des renseignements
sur son cousin, un artificier du mouvement islamiste Hamas
assassiné par les services israéliens. Il a été fusillé
devant une foule de plusieurs milliers de personnes qui
criaient : « A mort les collaborateurs ».
1er
août 2001
A
Beit Sahour, un Palestinien de 57 ans, Jamal Chahine,
a été tué par un groupe de Palestiniens parce qu'ils le
considéraient comme un collaborateur d'Israël.
Un
jour plus tard, le tribunal de la sécurité palestinienne
a condamné à mort trois Palestiniens reconnus coupables
d'avoir coopéré avec l'Etat hébreu pour assassiner Thabet
Thabet, militant et chef du Fatah dans la ville
de Tulkarem, le 31 décembre dernier. L'audience a duré
dix minutes et le verdict a été salué par des rafales
de balles tirées devant le tribunal. Un autre Palestinien
a également été condamné à 15 ans de prison tandis qu'un
cinquième, privé selon le tribunal de ses facultés mentales,
a été libéré. Les cinq accusés avaient tous clamé leur
innocence.
8
août 2001
Détention
d’Assad Issa, collaborateur qui se déguisait en imam pour
extorquer des aveux aux prisonniers palestiniens pour
le compte des services israéliens.
Agé
de 29 ans, Assaad Issa affirme avoir rejoint en 1991 la
« cage aux oiseaux », appellation désignant
« une pièce où les collaborateurs d'Israël sont
jetés en appât pour arracher des informations aux
activistes palestiniens ayant résisté aux interrogatoires
israéliens ».
14
mars 2002
Des
miliciens palestiniens abattent deux collaborateurs présumés
d'Israël. Les deux informateurs présumés, accusés d'avoir
fourni des informations qui ont permis aux forces israéliennes
de tuer deux dirigeants d'organisations militantes palestiniennes,
ont été sortis d'une base des renseignements palestiniens
où ils étaient détenus. Des hommes armés ont emmené les
deux hommes à l'endroit même où l'un des dirigeants d'une
milice de Bethléem, Hussein Abayat, a été tué dans une
attaque ciblée israélienne au missile en novembre 2000.
Les deux suspects sont alors exécutés.
24
août 2002
Les
Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, groupe armé lié au Fatah,
le mouvement du président de l'Autorité palestinienne
Yasser Arafat, revendiquent l'enlèvement et la mort d'Ikhlas
Yassine, qui aurait, selon le groupe, avoué avoir aidé
les services de renseignements israéliens à assassiner
des dirigeants des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa au début
du mois d'août.
30
août 2002
Responsables
de la plupart des assassinats de collaborateurs présumés
ces derniers mois, les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa
assassinent deux femmes, de 19 et 35 ans, qu'elles accusaient
d'avoir collaboré avec l'Etat hébreu.
11
septembre 2002
Deux
Palestiniens soupçonnés de collaborer avec Israël sont
assassinés dans le nord de la Cisjordanie par des hommes
masqués. Les deux collaborateurs présumés, âgés respectivement
de 36 et de 65 ans, ont été tués, l'un dans le village
de Ramine, à mi-chemin entre Tulkarem et Naplouse, et
l'autre dans le village de Jayous, à l'est de Kalkiliya.
Selon les témoins, ces assassinats ont été perpétrés par
des membres des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa. Le Palestinien,
âgé de 36 ans et dont l'identité n'a pas été révélée,
avait été emprisonné pendant un mois par l'Autorité palestinienne
pour des « raisons de sécurité ». Il
était connu pour ses liens avec Israël, toujours selon
ces témoins.
17
octobre 2002
Walid
Hamdiya est condamné puis exécuté à mort par la Cour de
sûreté de l'Etat siégeant à Gaza. Deux jours plus tard,
la même peine a été prononcée contre Amin Khalafallah.
Les deux hommes ont été déclarés coupables de « trahison,
communication avec l'ennemi (les services de renseignements
israéliens) et affaiblissement du moral du peuple palestinien ».
Ancien militant du Hamas (Mouvement de la résistance
islamique), Walid Hamdiya a été arrêté en 1995 en tant
que « collaborateur » présumé. D'après
les informations recueillies, il a avoué avoir aidé les
autorités israéliennes à retrouver et à tuer cinq membres
du Hamas entre 1987 et 1995. Il aurait notamment
contribué à l'assassinat du commandant militaire de ce
mouvement dans la bande de Gaza en 1993. Des membres des
services de sécurité palestiniens ont déclaré que Walid
Hamdiya était le « collaborateur » palestinien
le plus haut placé découvert à ce jour. Amin Khalafallah
avait été arrêté en 1998 et également accusé de « collaboration »
avec Israël. D'après les informations recueillies, il
a fourni à l'Etat hébreu des renseignements qui ont débouché
en septembre 2002 sur une attaque au cours de laquelle
Muhammad Deif, un responsable de la branche militaire
du Hamas, a été blessé. D'autres informations fournies
précédemment par Amin Khalafallah avaient apparemment
eu pour conséquence l'élimination en 1996 de Yéhia Ayyach,
membre de premier plan du Hamas.
7
août 2003
Trois
hommes armés tuent dans le centre de Ramallah, en Cisjordanie,
un Palestinien nommé Samir Charour, qu’ils accusaient
de collaborer avec Israël. Selon des sources des services
de renseignements palestiniens, l'homme était un des 334
prisonniers relâchés ce moi-ci par l'Etat hébreu.
26
avril 2004
Les
Brigades des martyrs d’Al-Aqsa déclarent avoir exécuté
un Palestinien pour collaboration avec Israël, à Beit
Rima, au nord-ouest de Ramallah. Ce collaborateur, Mohamad
Athem, 30 ans, a avoué collaborer avec Israël depuis 1997,
et avoir aidé ainsi à l’arrestation de nombreux activistes
recherchés par l’armée israélienne.
29
avril 2004
Les
services de renseignements palestiniens ont détenu deux
hommes soupçonnés d'être des agents d’Israël. Mahmoud
Abou-Kanis, 52 ans, a avoué qu'il coopérait avec les services
israéliens depuis 1978, et c'est son fils qui a été chargé
de surveiller le déplacement de Rantissi.
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Aliaa
Al-Korachi |
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