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Vidéoclip . Paroles, gestuelles et accoutrements souvent osés de la nouvelle vague de chanteuses pop égyptiennes provoquent l'opinion publique dont les réactions se font de plus en plus virulentes.

Les icônes de la zizanie

Elles s'appellent Rouby, Lucy, Nagla ou Sally. Dans tous les cafés du Caire, elles envahissent les petits écrans. Par l'intermédiaire du satellite, elles entrent dans les foyers, leur musique rythme les boîtes de nuit et les bateaux du Nil sont secoués de leurs danses, reprises par les jeunes gens. Mais ces chanteuses ne laissent pas non plus indifférente l'opinion publique. Elles choquent souvent, par le contenu de leurs paroles, par leurs tenues ou par leurs gestes. Rouby par exemple, dans sa première chanson, se déhanche de façon très suggestive, habillée d'un costume de danseuse orientale. Pour certains, cela constitue une véritable provocation. Des émissions de télévision se sont même penchées sur le phénomène et ont débattu du bien-fondé de cette nouvelle mode. Sur la chaîne Nile Variétés par exemple, une émission entière y a été consacrée. Après avoir diffusé le clip de la chanteuse Rouby, « pour la première et dernière fois », les invités ont débattu du sujet. La diffusion de ces clips est en effet interdite sur les chaînes égyptiennes mais Nile Variétés avait alors fait exception pour donner à voir au public l'objet du débat.

Après avoir défrayé la chronique dans les milieux artistiques et médiatiques, la nouvelle génération de chanteuse suscite dorénavant un véritable débat politique et social. « Depuis quelques années, nous assistons à l'invasion sur nos écrans des chanteuses libanaises qui dansent à moitié nues dans leurs vidéoclips. Aujourd'hui, des chanteuses égyptiennes suivent leur modèle. Il faut arrêter ça », s'indigne Bahaa Abdel-Méguid, député du PND au Parlement. Il a d'ailleurs soumis une interrogation au gouvernement à ce sujet. Les députés des Frères musulmans ont eux aussi évoqué cette affaire au Parlement en invoquant le deuxième article de la Constitution. Selon ce dernier, « la charia islamique est la source de la législation ». Pour Mohamad Morsi, député islamiste, « ce qui se passe à l’heure actuelle s’oppose à l’islam. Nous ne sommes pas contre l'art, nous nous opposons seulement à ce type de clips vulgaires qui incitent à la débauche. Il faut faire une campagne médiatique pour sensibiliser les gens à éviter ce genre de choses ». D'autres vont même plus loin encore, à l'instar de Hamdi Hassan, autre député islamiste, qui veut appliquer la censure aux vidéoclips. « Je me demande pourquoi les instances chargées de la censure ne font pas leur travail et ne tentent pas de freiner le phénomène ». Les responsables du Syndicat des musiciens se défendent en affirmant que leur travail consiste uniquement en la délivrance de permis de chanter et qu'ils ne peuvent agir directement sur le contenu des clips. Dernièrement, le syndicat a intenté un procès contre la chanteuse Rouby « parce qu'elle n'était pas membre du syndicat et ne possédait donc pas de permis, comme le requiert la loi 8/2003 ». Selon Hassan Aboul-Saoud, président du syndicat, il y aurait ainsi une cinquantaine de chanteurs et de chanteuses qui exercent sans permis. De son côté, le manager de la chanteuse Rouby, Chérif Sabri, se défend de ne pas respecter la loi : « Nous respectons la loi, Rouby n'a pas encore d'album. Nous aurons tous les permis nécessaires avant la sortie de celui-ci. Je ne comprends pas cet acharnement contre Rouby. Si le syndicat poursuivait tous les artistes sans permis, les prisons seraient remplies ». Hassan Aboul-Saoud a réclamé auprès de plusieurs instances, parmi lesquelles le ministère de la Culture et la censure, l'élaboration d'une loi permettant au syndicat de censurer les paroles et les vidéoclips des artistes. Le président de la censure, Madkour Sabet, affirme que celle-ci n'est pas pratiquée sur les clips diffusés sur les chaînes satellites mais uniquement sur ceux diffusés sur la télévision égyptienne. C'est la raison pour laquelle on ne peut pas voir de clips de Rouby, Lucy ou Nagla sur ces chaînes locales. De plus, certaines chaînes satellitaires comme Melody, Mazzica et Rotana sont les productrices de ces clips et sont donc à l'abri de toute censure.

Cette nouvelle mode est cependant le reflet d'une époque. « Ce phénomène répond à une demande provenant des jeunes générations, qui représentent 60 % de la population en Egypte », explique Béchir Abdel-Fattah, du Centre d'études politiques et stratégiques d'Al-Ahram. « Ces jeunes sont frustrés. Souvent au chômage, ils souffrent d'enfermement et ne demandent qu'à s'épanouir. La télévision et les clips sont pour eux une façon de s'évader, de toucher du doigt une autre vie. Ceux qui créent ces nouveaux artistes sont conscients de cette donne et ne font que répondre à une demande », conclut-il.

Ingy Al Qadi
Edward Bally

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