« Marsa
Matrouh s'est développé à la vitesse de l'éclair ».
C'est ainsi que les habitants qualifient le développement que
leur gouvernorat a connu en l'espace de deux années. Ce gouvernorat,
qui s'étend sur 166 563 km2, à 480 km du nord-ouest du
Caire et à 350 km des frontières de la Libye, a été longtemps
privé des infrastructures les plus élémentaires. Aujourd'hui,
Marsa Matrouh a changé de visage. Un plan efficace de réaménagement
du gouvernorat a été mis en œuvre par le gouverneur, le général
Mohamad Al-Chahatte. « Notre priorité était de mettre
fin au problème de l'eau potable à Matrouh. La ville était privée
de toute ressource d'eau, à part celle de la Méditerranée et
les 20 000 m3 d'eau potable que nous achetons au gouvernorat
d'Alexandrie, à 280 km d'ici. Aujourd'hui, nous avons deux stations
de dessalement de l'eau de mer, qui alimentent en eau potable
sept des huit centres administratifs du gouvernorat »,
affirme Attiya Al-Sayed, chef du village de Matrouh. La plupart
des quartiers possèdent l'électricité et des lignes de téléphone,
70 % du réseau de canalisation sanitaire est achevé, 16
hôpitaux ont été créés, 1 343 écoles et 330 classes d'alphabétisation
ont été mises en place. « A cause du climat désertique,
Matrouh n'était autrefois habitée que par les bédouins. Le gouvernorat
est aujourd'hui attractif. C'est le revers de la médaille »,
affirme Samia Ahmad, originaire du gouvernorat de Fayoum. Marsa
Matrouh compte 255 000 habitants, dont environ 20 000
proviennent du Delta et de Haute-Egypte.
Le plan de réaménagement
est aussi salué par les habitants du gouvernorat. « Ce
plan ne concerne pas uniquement les infrastructures et le développement
humain du gouvernorat, mais aussi l'embellissement de la corniche.
En tant que station balnéaire, notre gouvernorat est aujourd'hui
mis sur un pied d'égalité avec Alexandrie », signale
Abdel-Fattah Mahmoud, patron d'une cafétéria sur la plage. Toutes
les routes qui mènent à la corniche sont pavées et ornées d'imposantes
statues qui se parent de lumières une fois la nuit tombée. De
grandes mosaïques témoignant des origines bédouines du gouvernorat
recouvrent les murs des plus grands quartiers. De belles arcades
illuminées et parées de couleurs vives se dressent à l'entrée
de la plage. Les lampadaires publics sont tous peints en bleu,
rappelant la couleur de la mer. Des cafés-magasins, également
décorés de mosaïques, abondent sur la corniche. Tenues par près
de 4 000 jeunes du gouvernorat, ces échoppes vendent des
produits à petits prix. De plus, vingt hôtels ont été restaurés
afin d'être prêts pour l'arrivée des estivants. Enfin, pour
faciliter le transport entre Le Caire et Marsa Matrouh, deux
aéroports ont été construits, sans compter que les voyageurs
peuvent emprunter le bus ou le train pour s'y rendre. Matrouh
a accueilli près de 88 000 visiteurs durant l'été 2003.
La ville espère cette année recevoir 2 millions d'estivants,
à l'image de sa voisine et rivale, Alexandrie. « Le
tourisme local est une source de revenus primordiale pour le
gouvernorat. Cela lui permet de poursuivre les projets de réaménagement »,
ajoute Attiya Al-Sayed.
Si Marsa Matrouh
fait aujourd'hui peau neuve pour ce qui est de ses équipements,
un problème de taille entrave cependant son développement humain.
Celui de la non-inscription de la population bédouine dans les
registres de l'Etat. Ces derniers vivent dans le désert, habitent
dans des maisons de pierre ou dans des tentes et n'ont pas été
recensés en raison de la grande distance qui les sépare du gouvernorat
de Marsa Matrouh. Pour accéder à leurs lieux de vie, il faut
en effet parcourir le désert en 4x4 sur plus de 100 km. En outre,
les habitations bédouines sont construites de telle façon qu'un
kilomètre sépare chacune des maisons. « Nous avons nos
propres coutumes et lois. Le chef de tribu proclame les mariages,
les naissances, les décès et les divorces. Il joue en fait le
rôle de l'Etat civil », explique Hussein Abou-Qédeira,
un bédouin. Le taux d'analphabétisme des bédouins frise les
100 %. Leurs coutumes prévoient que les hommes travaillent
dans la bergerie ou s'occupent du commerce de moutons ou de
lait, tandis que les femmes doivent rester au foyer. Elles sont
chargées du ménage, de l'éducation des enfants et de l'élevage
des volailles. « Nous n'avons aucun document officiel.
Comment pourrions-nous donc inscrire nos enfants à l'école ?
Un jour, j'ai fait une demande d'acte de naissance pour mon
fils. Les responsables ont réclamé ma carte d'identité, que
je ne possède pas, et m'ont arrêté. Ils m'ont relâché lorsque
le chef de la tribu a témoigné de mon identité auprès des autorités.
Cet événement a refroidi tous les bédouins pour les démarches
d'immatriculation », lâche Abou-Ahmad, un autre bédouin.
Aucun cas de mariage, de divorce ou de naissance les concernant
n'est authentifié dans les registres de l'Etat. Le problème
a été soumis en 2000 auprès des responsables du gouvernorat.
Toutefois, aucune réaction ne s'en est suivie, d'un côté comme
de l'autre. Les sommes d'argent importantes que nécessite l'inscription
des bédouins aux registres étatiques ne veulent être assumées
par personne. « C'est en 2002 que le Conseil national
de la femme a pris l'initiative de contacter les responsables
des ministères de l'Intérieur, de la Santé, des Waqfs
et des Affaires sociales ainsi que du gouvernorat de Marsa Matrouh
afin de prendre les mesures indispensables pour remédier au
problème », souligne Salima Abdel-Réhim, responsable
du Conseil national de la femme à Marsa Matrouh. Une commission
a par la suite été formée par des représentants de ces ministères.
Pour s'assurer de l'identité de chaque bédouin, le témoignage
du chef de tribu et de deux autres personnes était nécessaire.
Désormais, pour encourager les bédouins ainsi que leurs enfants
à s'inscrire, l'enregistrement est déclaré gratuit jusqu'au
début 2005, au lieu des 50 L.E. par personne requises en temps
normal. Une somme de 100 000 L.E. a de plus été débloquée
par le gouverneur, Mohamad Al-Chahatte, afin de financer le
projet. Sur les 20 000 bédouins recensés depuis 2002, 17 000
numéros d'immatriculation ont été délivrés jusqu'à présent.
De plus, 2 000 nouveaux-nés ont été enregistrés. Des allocations
à 110 veuves et divorcées sur 415 ont été accordées. Des campagnes
de sensibilisation pour le planning familial et l'éducation
de la femme ont été lancées. Toutefois, des problèmes subsistent.
Certaines femmes bédouines ayant obtenu une carte d'identité
avaient signalé qu'elles étaient demoiselles, alors qu'elles
sont veuves ou divorcées. Pire encore, des certificats de décès
ont été délivrés concernant des hommes encore vivants !
Certaines personnes falsifient les données afin de couvrir des
individus impliqués dans des crimes ou des trafics entre la
Libye et l'Egypte. Malgré tout, un autre problème est vite apparu,
celui de la mainmise des bédouins sur les terres qu'ils habitent.
« Aucun titre de propriété ne nous a été délivré pour
habiter ces terres. Aujourd'hui, le gouvernorat veut nous chasser,
ou nous vendre les terrains après les avoir évalués »,
explique un bédouin qui vit ici depuis la seconde guerre mondiale.
Nagatte Mansour, responsable aux Affaires sociales, pour sa
part, estime que ce problème doit être résolu au plus vite pour
sortir le gouvernorat de l'impasse et garantir sa sécurité.
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