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Egypte-Italie . Anna-Maria Donadoni, directrice du musée égyptien de Turin, évoque, à l'occasion d'un jumelage avec le Musée du Caire, les principales collections turinoises.

« Ce protocole a officialisé une coopération déjà existante »

Al-Ahram Hebdo : Le musée égyptien de Turin vient de signer un accord de jumelage avec le Musée du Caire. Qu'en pensez-vous ?

Anna-Maria Donadoni : Tout d'abord, le musée égyptien de Turin, créé en 1824, est le plus ancien musée du monde, tandis que le Musée du Caire est déjà plus que centenaire. Les liens entre les deux institutions ne sont pas récents. Cependant, le protocole qu'on vient de signer intervient dans le cadre de la coopération entre les femmes d'affaires des pays de la Méditerranée. Ce protocole a alors officialisé une coopération déjà existante. Ceci sans oublier surtout que l'administration des deux musées est féminine. A travers ce protocole, il y aura des échanges officiels : expériences scientifiques, formation et entraînement des jeunes archéologues italiens et égyptiens, les récentes méthodes de restauration, de conservation et d'exposition dans les deux musées. Bref, ce jumelage officiel a renforcé les liens de coopérations entre les deux premiers musées du monde.

— Comment s'est constitué le musée égyptien de Turin ?

— Le musée égyptien de Turin est né grâce à la collection de Drovetti. Bernardo Drovetti, piémontais, fut le consul général de France en Egypte après l'Expédition française et le conseiller de Mohamad Ali. A cause de sa position politique, il a pu collectionner une grande quantité de papyrus administratifs et royaux, des sarcophages et des amulettes ainsi que 98 statues. Grâce à cette collection, le musée égyptien de Turin est né ainsi grand. D'ailleurs, Champollion aurait voulu acheter cette première collection afin d'étudier les textes originaux. Mais, ce n'était pas possible. Enfin, le roi de Piémont l'a achetée pour en faire un musée dans la capitale de son royaume, Turin. Champollion n'avait qu'à aller au musée de Turin pour accomplir ses études. D'autre part, Drovetti avait une deuxième collection d'antiquités égyptiennes. Cette fois-ci, le musée du Louvre l'a achetée.

— Parmi la collection de Drovetti, beaucoup de papyrus. Lesquels sont les plus importants ?

— C'est le papyrus des listes des rois (voir enc.). Aussi, le musée de Turin renferme le papyrus de la « conjuration ». Dans ce papyrus, des coupables ont été punis à la peine capitale parce qu'ils ont tenté d'assassiner Ramsès III. Ce papyrus explique alors les actes du procès et le tribunal. A côté des papyrus royaux, le musée égyptien de Turin renferme d'autres qui composaient l'archive administrative et architecturale des Ramessides. Sur l'un, il y a le plan de la tombe de Ramsès IV. On trouve sur ce plan, les portes de la tombe et les décorations qu'elles devraient porter. Le plus surprenant est qu'on a découvert un autre plan de la même tombe après avoir recomposé d'autres fragments de papyrus. Peut-être l'architecte faisait-il plusieurs plans pour en choisir un à réaliser ? Sur un autre est rédigée la fameuse première grève de l'histoire qui a eu lieu vers la fin du règne de Ramsès III ou le début du règne de Ramsès IV. On a de même plusieurs papyrus de Deir Al-Madina. L'un comprend la première grève de l'histoire dont l'époque remonte vers la fin du règne de Ramsès III et le début du règne de Ramsès V. Un autre parle de l'état civil et administratif de Deir Al-Madina où tout est noté : les noms des familles qui y vivaient, les difficultés du travail et les contrats, les mariages qui ont eu lieu. Un troisième contenait les fils de Ramsès II et la confirmation de leur tombe KV5. Le musée de Turin renferme aussi plusieurs papyrus du Livre des Morts. Parmi ceux-ci un qui porte les titres des chapitres du Livre des Morts numérotés, intacts, dont la longueur atteint les 19 mètres.

— Quels sont les autres objets importants de la collection ?

— La tombe de Kha. Cette tombe a été découverte en 1906 à Deir Al-Madina par l'archéologue Ernesto Schiaparelli. Etant l'élève de Maspero, ce dernier fut le premier archéologue italien qui a mené des fouilles scientifiques. Cherchant d'éviter les vols d'antiquités, il a travaillé dans plusieurs endroits. Et Bien que Deir Al-Madina ait perdu, à cette époque, pas mal de ses trésors, Schiaparelli a découvert la tombe de l'architecte Kha et sa femme intacte datée de la seconde moitié de la XVIIIe dynastie. Parmi les antiquités trouvées se distingue la boîte de maquillage qui renfermait beaucoup de vases. Le couvercle de l'un est décoré d'une tête de canard. La netteté et la finesse de ce couvercle sont incomparables. Schiaparelli a transporté toute la tombe avec ses composants au musée de Turin. Et pour donner l'impression de sa place originelle, elle est déposée maintenant dans une petite pièce.

— Où a travaillé Schiaparelli en Egypte ?

— Schiaparelli cherchait les endroits qui n'étaient pas fameux. Il a travaillé à Assiout, Guiza, Deir Al-Madina et la Vallée des Reines. C'est lui qui a découvert la tombe de Néfertari. A Héliopolis, Schiaparelli a vécu une expérience de fouille exceptionnelle. A cause de l'eau souterraine, Schiaparelli pêchait des fragments du naos de Djoser. Après les avoir restaurés, on a constaté une délicatesse ultime. Dans le but de faire paraître cette finesse, le musée l'a exposé avec les filtres optiques. Il a encore découvert un autre naos de Séthi Ier qui représente des scènes des cultes religieux quotidiens.

Mais les fouilles les plus frappantes étaient celles qu'il a menées à Djebeleine, à 30 km, au sud de Thèbes. A cet endroit, il a découvert des vestiges, de la prédynastie jusqu'à l'époque byzantine sur des couches successives : un temple de l'époque archaïque, une stèle de la IIe dynastie, un temple de Mentouhotep, dont l'époque remonte à la XIe dynastie. Il y a découvert encore des fondations du temple de Toutmosis III. Dans une autre colline, découvrant une nécropole où il a dégagé des témoignages de la période de Nagata jusqu'à la deuxième période intermédiaire. Du même site, l'archéologue Giulio Farina a mis au jour des papyrus administratifs de la fin de la IVe dynastie. Conservé au Musée du Caire, ces papyrus comprennent des paiements concernant les étoffes et les graines.

— Le musée de Turin comprend-il d'autres temples complets ?

— Le temple de Toutmosis III de grès, sorti d'Ellija. Lorsque le gouvernement égyptien a décidé d'établir le Haut-Barrage, il l'a offert aux missions qui travaillaient sur le projet du sauvetage des antiquités de la Nubie. Le musée de Turin a obtenu ce temple rupestre gravé dans la roche, comme celui d'Abou-Simbel. Afin de le détacher du djebel, il faudrait l'entourer d'une galerie. Fragile qu'il soit, on devrait le consolider avant de le remonter et de le restaurer, surtout que ses parois sont décorées.

Propos recueillis
par Doaa Elhami

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La première carte de l'histoire
Parmi la collection de Drovetti, se distingue « le papyrus des mines d'or ». Par chance, ce papyrus était en bon état lorsqu'il est arrivé au Musée de Turin. « C'est la première carte géographique de l'histoire », affirme Anna-Maria Donadoni, directrice de ce musée. D'où provient son importance. Datée du règne de Ramsès IV (1150 av. J.-C.) qui a installé un système de recherches des trésors dans tout son empire, cette carte a été trouvée peut-être à Deir Al-Madina. Elle décrit Wadi Hammamat avec ses mines d'or et ses carrières des pierres et les roches précieuses que les pharaons utilisaient pour sculpter leurs statues et leurs temples. Aussi, sur cette carte se dominent le rouge, le noir, le blanc et le vert. Chacun d'eux symbolise une matière précise.

Le papyrus est divisé en deux parties essentielles. La hauteur atteint les 40 cm. Le centre de cette partie est marqué par la couleur rouge. « C'est où se trouvent non seulement la montagne des mines d'or, mais encore les carrières de pierre bekhen, par laquelle est sculptée la statue de Ramsès II qui se trouve au Musée de Turin », explique la directrice. Aussi, dans ce même endroit sont indiquées encore les carrières de porphyre, matière utilisée à l'époque romaine ainsi que les carrières de granite rouge, roche appréciée chez les pharaons. Dans le but de préciser et différencier entre toutes ces matières, indiquées par le rouge, des textes hiératiques les ont accompagnées. Afin de résumer tous ces trésors indiqués, ce papyrus est nommé « celui des mines d'or », puisque c'est la matière la plus précieuse.

Cette carte marque encore les puits d'eau naturelle symbolisés par la couleur verte. On peut voir aussi des citernes dessinées avec la même couleur. D'autre part, la couleur blanche trace une stèle dont l'époque remonte à l'époque de Sethi I ainsi qu'un temple dont la date est inconnue. « On ne sait pas exactement s'il a été bâti à l'époque de Ramsès IV ou avant », explique Mme Donadoni. De même, tout un village y est indiqué dont les maisons des ouvriers sont précisées.

Les experts considèrent cette carte « typiquement topographique ». Celle-ci représente un cours desséché qui a formé une vallée au milieu de deux séries de montagnes rouges. Sur cette vallée, sont esquissées plusieurs routes sur lesquelles sont rédigées en démotiques leurs destinations. La plus importante c’est celle qui lie Coptos, Qift aujourd'hui qui se trouve sur la rive est du Nil et traverse Wadi Hammamat jusqu'au port Qosseir sur la mer Rouge. Cette route était utilisée dans les anciens temps par les expéditions commerciales qui allaient aux pays de Pount. Sur ces routes sont mentionnées encore Wadi Al-Fawakhir et Bir Al-Hammamat, régions par lesquelles il fallait passer pour aller de la Vallée du Nil jusqu'à la mer Rouge.

Pour toutes ces causes, le Musée égyptien de Turin se sent une grande fierté de posséder un tel papyrus. Ce qui n'a pas empêché Zahi Hawas, le secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA) de demander qu'il soit offert au Musée égyptien du Caire, lors de la célébration d'un jumelage entre les deux musées égyptiens.

D. E.

 

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