Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Le dossier

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Livres
Arts
Femmes
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Egypte-Italie . Le père des archéologues italiens, Fabrizio Sergio Donadoni, a consacré sa vie à l'égyptologie. Portrait à l'occasion d'une visite en Egypte.

L'égyptologie comme destin

Le parcours de celui qu'on surnomme le père des archéologues italiens est exemplaire. Dès son plus jeune âge, son destin paraît tracé. « A 15 ans, alors que je faisais la visite du pavillon égyptien au British Museum, j'ai été impressionné par les antiquités égyptiennes », une sorte de révélation. Un événement qui date de plus de 75 ans et qu'il n'est pas encore près d'oublier. Peut-être que le jeune garçon qu'il était alors ne savait pas que cette petite visite allait tracer à la fois sa vie professionnelle et privée. Pourtant, sa mère, elle, en était sûre. Voyant son enfant épris par les antiquités égyptiennes, elle lui a acheté un catalogue du musée. Plus tard, son oncle maternel a voulu qu'il étudie le droit comme lui. « Mais ma mère m'a empêché et m'a dirigé vers l'étude de l'égyptologie en France », raconte-t-il satisfait. En France, sous des maîtres tels Lefèbre et Moret, il s'initie à cette discipline. A cette époque, l'Italie n'avait pas encore de chaires de cette nouvelle science. Donadoni n'avait qu'à étudier la philologie et la papyrologie à l'Université de Pise, là où il rencontra un autre grand archéologue italien Breccia. Ce dernier, qui a été directeur du Musée gréco-romain d'Alexandrie, rentrait en Italie à cause d'une maladie. Il a envoyé à sa place le jeune Donadoni. « Seul et ne connaissant rien », mais qui trouve simple d'y accéder. Pendant les années 1930, les ports étaient ouverts.

Nouvelle terre, nouvelle vie et nouvelle société, Donadoni devait s'y adapter le plus vite possible et continuer les fouilles de Breccia à Cheikh Ebada. Là, le père des archéologues se souvient des difficultés pour s'y rendre. Il fallait prendre le train pour Minya, ensuite un train local pour Roda Al-Mahatta à Malawi, puis un autre pour Roda Al-Balad, et enfin une felouque pour atteindre le site. Paysage éblouissant : petit village à côté du Nil et la verdure, et puis le désert absolu. « J'ai décidé d'y demeurer pour toujours avec les paysans et devant ce panorama magnifique », affirme-t-il. On y a découvert dans un temple ramesside des pierres d'Akhénaton et des statues divines. Donadoni se mettait dans la peau d'un Egyptien. Il portait le tarbouche et utilisait l'âne pour se déplacer d'un lieu à l'autre au point que Christiane Des Roches Noblecourt, lors de sa visite, l'a pris pour un Egyptien quand elle l'a aperçu de loin.

En pleine saison, Donadoni devait quitter le site et retourner au Caire. La deuxième guerre mondiale est déclenchée. On l'a même détenu pour quelques jours. Mais il devait rentrer en Italie par chemin de fer. « C'était une aventure éblouissante pour moi. J'ai fait la tour des pays arabes jusqu'à Constantinople en 15 jours ». Aujourd'hui, c'est impossible de faire un tel tour avec les frontières et les conditions politiques actuelles, commente-t-il désolé. Malgré toutes ces années qui sont passées, et la vie qu'il mena pendant et après la guerre, Donadoni regrette l'interruption des fouilles à Cheikh Ebada, site où il n’est jamais revenu.

Finie la guerre, Donadoni dut faire face aux nécessités de la vie. Il travailla dans une librairie à Pise et Paris où il suivait des cours. Il eut l'occasion d'aller à Copenhague pour travailler avec Voltin le Danois, spécialiste en démotique. Pendant ce temps, Breccia passa en retraite, lui proposa de prendre sa chaire à l'Université de Pise et d'y enseigner l'histoire ancienne. Donadoni accepta à condition de donner des cours d'égyptologie. Par coïncidence, on lui proposa de même faire des cours de lectorat grec à l'Université de Milan. Il accepta aux mêmes conditions. « Cela m'a fait travailler et apprendre beaucoup. Mais aussi, désormais, on enseignait l'égyptologie dans les universités italienne », se souvient-il avec fierté.

Par ailleurs, en ce moment, 1958, l'Egypte était sur le point de changer de visage. Toutes les missions archéologiques se consacraient pour le sauvetage des antiquités de la Nubie sous l'égide de l'Unesco. Les grands archéologues de toutes les nationalités travaillaient avec Mme Noblecourt, l'âme du projet. Pour se rendre à Abou-Simbel, on prenait un bateau du Challal à Wadi Halfa qui ne partait qu'une seule fois par semaine. On vivait des mois dans un bateau et on passait les journées à recopier les textes et prendre des photos la nuit. « Afin d'obtenir de bonnes résolutions », explique-t-il. Cependant, malgré ces difficultés, c'était une bonne occasion pour se connaître et échanger les expériences. « Je me rappelle Labib Habachi et Gamal Mokhtar », explique-t-il, ravi. Chacun a laissé ses impacts sur l'autre, à la fois sur les deux plans professionnel et humain.

A côté du sauvetage d'Abou-Simbel, Donadoni se souvient des campagnes italiennes qui ont tenté de découvrir les sites nubiens mineurs dont personne ne s'en occupait pas comme Al-Alaqui, Ikhmindi, Sabagoura et Tamit. A Ikhmindi, la mission italienne découvrit une stèle grecque chrétienne qui porte le nom du roi bâtisseur de la ville et nommé architecte. Ce dernier était déjà connu et contemporain de la clôture du temple d'Isis à Philae et le début de la christianisation de la Nubie à l'époque de l’empereur byzantin Justinien.

Donadoni se rappelle avec peine sa mission à Tamit, une ville qui comprenait une série d'églises avec de magnifiques peintures. On était en course avec le temps. Les restaurateurs égyptiens ont relevé le plus possible de ces peintures. On a fait les plans des églises. « Mais le barrage et son lac ont noyé tout cela », dit-il avec une voix sèche pleine d'amertume. Mais la joie de rester toute la vie dans cette discipline n'a pas disparu d'autant plus que son épouse n'est autre qu’Anna-Maria Donadoni, directrice du Musée égyptien de Turin.

Doaa Elhami

Retour au Sommaire

Des fragments qui en disent long

Le papyrus de Turin est la liste royale la plus précise.

« J'ai recueilli dans mes mains en respirant à peine un fragment de papyrus qui contenait la seule mémoire de roi, qui à son époque se trouvait peut-être à l'étroit dans l'immense palais de Karnak. La destinée humaine ». C'est ce qu'a dit Champollion lorsqu'il a reconnu le nom d'un roi sur l’un des fragments du papyrus de la liste des rois connu aujourd'hui par « le papyrus de Turin ». Selon Anna Maria Donadoni, directrice du Musée égyptien à Turin, Champollion a voulu dire par ces paroles que toute vie si fastueuse soit-elle se termine en fragments.

De la liste des pharaons, il n'en reste que des fragments, mais ils permettent, avec d’autres indices, d'établir la chronologie royale. Collectionner et réunir tous ces fragments ont pris longtemps et beaucoup d'efforts des égyptologues qui l'ont traité. Le travail sur ce papyrus a commencé avec le Français Champollion en 1824, terminé pendant les années 1930 avec l’Italien Giulio Farino et enfin publié et exposé par l'Anglais Gardiner.

Après avoir été restauré, on s'est rendu compte que ce papyrus comprend la liste des noms des rois dès la période mythique où les dieux régnaient jusqu'à la XVIIe dynastie. A côté de chaque nom est mentionnée la période du règne par années, mois et jours. Cette liste donne en fait 53 rois qui ont régné au total 955 ans. Le total des années est inscrit en encre rouge. Pour Mme Donadoni, il y a plusieurs listes des rois sur plusieurs parois des temples et des tombes surtout à Abydos et Saqqara. Toutes sont dépourvues de ces informations historiques. « L'unique liste originelle des rois sur papyrus et celle qui est exposée à Turin », affirme la directrice avec fierté. Donc c'est la moins douteuse. D'où son importance.

D. E.

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631