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Presse. Les sévices infligés par des soldats de la coalition aux prisonniers iraqiens ont alimenté la colère et la presse arabes.

Indignation contre
« un crime de guerre »

Réagissant au scandale suscité par la diffusion de photos de sévices infligés aux prisonniers iraqiens, la presse arabe et égyptienne n'a pas mâché ses mots cette semaine. L'événement est grand, la colère arabe l'est aussi. Les Unes des journaux étaient très significatives : « Le mauvais traitement des prisonniers, un crime de guerre », « L'humiliation », « La honte », « Profond choc », « Dégoût et indignation ». Les images des sévices infligés par des soldats britanniques à des prisonniers iraqiens ont en effet provoqué l'opinion publique arabe, déjà choquée par des premières révélations de tortures commises par des militaires américains.

« Après le choc des tortures infligées par des soldats américains, le Daily Mirror fait éclater un nouveau scandale en rapportant des sévices commis par des soldats britanniques contre les détenus iraqiens », écrit le quotidien Al-Ahram. « Le monde n'était pas encore sorti du choc provoqué par la diffusion des images de tortures dans la prison d'Abou-Gharib commises par des soldats américains », affirme le journal qui publie ces nouvelles photos en Une, comme la plupart des quotidiens égyptiens, arabes et internationaux. Al-Ahram estime que « les condamnations des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne ne suffisent pas » et appelle à « la formation rapide d'un tribunal international » pour « juger les soldats qui ont perpétré ces crimes ». « Le seul moyen de sortir de l'impasse est de mettre fin à l'occupation de l'Iraq », ajoute le journal.

La Honte titre le quotidien d'opposition d'Al-Wafd. « Après le scandale américain, les soldats britanniques torturent un détenu iraqien pendant huit heures », poursuit Al-Wafd. « Ces crimes ne datent pas d'aujourd'hui, mais bien depuis que les premiers soldats de l'occupation sont entrés sur nos terres arabes, et ce avec le soutien de certains régimes arabes et le silence de tant d'autres », écrit Magdi Sarhane dans sa colonne d'Al-Wafd.

L'hebdomadaire Al-Osboue y va encore plus fort : Les Salauds, titre-t-il sur toute la première page du journal. « Jusqu'à quand resterons-nous silencieux ? », s'interroge Moustapha Bakri dans son éditorial. Sur un ton pessimiste, Bakri appelle les Arabes à « ne pas permettre la perte de l'Iraq comme nous avons perdu la Palestine ».

Akhbar Al-Yom, qui titre son numéro hebdomadaire Le Scandale, dénonce « les crimes sauvages commis par les Américains dans la prison d'Abou-Gharib ». Le quotidien Al-Ahrar titre tout en rouge : « De nouveaux scandales pour les forces de coalition en Iraq ». « Le Pentagone reconnaît les tortures des prisonniers iraqiens », poursuit le journal.

Tout comme la presse égyptienne, la presse arabe a aussi haussé le ton dans ses principaux éditoriaux. L'envoyé spécial de l'Onu en Iraq, Lakhdar Ibrahimi, a affirmé dans le quotidien londonien Al-Hayat : « Il est nécessaire et urgent que tous les responsables de ces actes atroces soient châtiés ».

Le quotidien palestinien Al-Qods parle de « torture barbare et criminelle ». Alors qu'Achraf Al-Agrami écrit dans le quotidien palestinien Al-Ayam sur un ton moqueur : « La torture des prisonniers iraqiens n'est autre que des doses de démocratie américaine ». « La révélation de telles atrocités renforce les appels de la communauté internationale à remettre le dossier de l'Iraq à l'Onu », écrit le quotidien jordanien Al-Arab Al-Yom. Le quotidien libanais Al-Safir affirme que ces atrocités ont provoqué « un choc et un dégoût profond ». A Damas, le quotidien Al-Sawra affirme qu'il « existe des preuves que les opérations de torture ne sont pas limitées mais qu'elles constituent une pratique constante des forces d'occupation américano-britanniques. L'enquête dévoilera des détails épouvantables ».

Hoda Ghali
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Le temps du désenchantement

Le président George W. Bush a perdu en un an le ton triomphal qu'il avait adopté pour décréter la fin des principaux combats en Iraq, un pays que les Etats-Unis ne parviennent toujours pas à stabiliser et où l'armée américaine perd des hommes tous les jours. Ainsi, pour le seul mois d'avril, les Etats-Unis ont perdu 131 soldats, soit plus que pendant les six semaines de guerre, où 115 Américains avaient été tués au combat.

Aux prises avec une farouche résistance sunnite et chiite et confrontées à des défections parmi leurs alliés, les troupes américaines en Iraq semblent bien loin de la phase pacifique d'après-conflit promise par le président Bush il y a un an, lorsqu'il a annoncé la fin de la guerre, le 1er mai 2003. Le combat urbain, un talent particulier de résistants à exploiter les vulnérabilités de la coalition emmenée par les Etats-Unis, et une hostilité populaire grandissante, renforcée par des révélations sur les mauvais traitements contre des prisonniers iraqiens, mettent à l'épreuve la puissance américaine comme jamais depuis la guerre du Vietnam, à la fin des années 1960. La reconnaissance par le plus haut gradé de l'armée américaine, le chef d'état-major interarmées, le général Richard Myers, que la guerre n'est pas finie s'accompagne d'une série de changements de stratégie et tactiques.

Ainsi, l'Onu est appelée à l'aide pour former un nouveau gouvernement et d'anciens membres du parti Baas de Saddam Hussein sont réengagés dans les forces de sécurité iraqiennes et l'éducation. La perspective de réduire progressivement le contingent de 135 000 militaires américains déployés en Iraq est oubliée et le Pentagone vient de prolonger de trois mois le séjour de 20 000 hommes. Le ministère de la Défense a aussi identifié des renforts possibles dès que les commandants sur le terrain les demanderont, alors que Londres s'apprêtait à envoyer 4 000 soldats supplémentaires. Des chars lourds et des blindés ont été envoyés aux Marines, qui les avaient laissés dans leurs casernes, pensant n'affronter qu'une faible résistance. Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, qui avait balayé l'an dernier l'idée selon laquelle une force massive était nécessaire pour stabiliser l'Iraq, vient de rappeler que le choix d'effectifs limités visait à rendre les troupes d'occupation discrètes. Dans ce même esprit de discrétion, le transfert de souveraineté aux Iraqiens, le 30 juin, devait à l'origine s'accompagner de l'adoption d'un profil bas pour les militaires américains, avec un retrait des bases les plus visibles, à Bagdad et dans d'autres villes. Au lieu de cela, l'armée américaine est impliquée aujourd'hui dans des combats de rue et se trouve incapable de briser la résistance sunnite ou chiite.

 

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