Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Carrefour

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie
Carrefour
de Mohamed Salmawy
Portrait
Livres
Arts
Femmes
Société
Sport
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Georges Moustaki ... le tendre Métèque
Par Mohamed Salmawy

Nous connaissons tous Le Métèque, célèbre chanson du non moins célèbre Georges Moustaki, né en Egypte. Cette chanson, un des plus grands succès de la chanson française, reste, et sans doute pour longtemps encore, vivante en nous. J'ai rencontré Moustaki à plusieurs reprises. Ma première rencontre a eu lieu en été dans un café parisien du quartier latin, alors que la seconde s'est déroulée en automne sur un voilier cairote qui sillonnait le Nil. C'était au moment du lancement de l'Hebdo, en septembre 1994. Entre ces deux moments et ces deux pays, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Mais Georges Moustaki, lui, est resté égal à lui-même dans son amour pour l'Egypte.

Georges Moustaki, actuellement de passage en Egypte, appartient à cette génération de chanteurs, de musiciens et d'écrivains d'origines différentes qui ont été célèbres en France, mais qui sont tous nés en Egypte. Nous nous souvenons de Dalida, originaire du quartier de Choubra. Dalida a chanté en dialecte égyptien, ce qui lui a valu la renommée en Egypte. Salma ya salama du grand poète Salah Jahine est sa première chanson dans ce registre. Elle a été suivie par de nombreuses autres, dont Helwa ya baladi, Aghani ... Aghani ... Aghani, et Ahssan nass, dernière de ses chansons égyptiennes, et dernière collaboration avec Jahine, à la suite de laquelle tous deux ont quitté notre monde.

Claude François appartient à cette même catégorie. Né à Ismaïliya et fils d'un fonctionnaire du Canal de Suez, ses chansons ont séduit grand nombre de jeunes à travers le monde dans les années 1960 et 70. Tout comme Dalida, qui s'est suicidée en mai 1987, il est mort aussi violemment électrocuté dans sa baignoire. Nous pouvons citer aussi le chanteur Guy Béart dont la fille Emmanuelle est l'une des grandes stars du 7e art français. D'ailleurs, elle était l'invitée d'honneur du Festival du film du Caire en novembre dernier où elle a été primée.

Emmanuelle Béart m'a appris qu'elle était la descendante d'une famille française dont plusieurs générations successives ont vécu en Egypte. Au cours de sa récente visite au Caire, elle s'est rendue sur la tombe de son grand-père enterré en Egypte.

Quant aux écrivains, nous en connaissons de nombreux dont les racines égyptiennes ne font point de doute. Andrée Chédid est l'une des celles qui ont remporté de nombreux prix pour ses romans écrits en français. Le Sixième jour est dans nos mémoires à cause du film du même nom réalisé par Youssef Chahine et dont l'héroïne n'était autre que Dalida qui n'a pas chanté une seule chanson durant tout le film et qui a disparu quelques mois après la sortie. Il y a aussi Albert Cossery, dont deux des romans ont fait l'objet de films réalisés par Asmaa Al-Bakri. Et encore Robert Solé, journaliste et écrivain. Solé est l'un des plus importants journalistes du quotidien Le Monde : il a occupé le poste de directeur adjoint de la rédaction et occupe actuellement celui de médiateur. Son dernier roman traite du célèbre périple de l'obélisque de Louqsor qui a atterri place de la Concorde à Paris.

Le chanteur et musicien français Georges Moustaki est né, lui, à Alexandrie d'un père grec. Il s'appelait Jiuseppe (Joseph) qu'il a transformé en Georges sous les cieux de la ville des lumières qui abonde de stars étincelantes.

Moustaki a débuté sa carrière artistique en tant que compositeur, et non en tant que chanteur. Il est devenu célèbre pour les airs qu'il a composés pour Edith Piaf. Il a également composé des chansons pour Dalida, Yves Montand, Barbara ainsi que d'autres. Mais il gardait la deuxième place, puisque la première revient à ceux qui sont sous les feux de la rampe, à savoir les chanteurs. Il est devenu doublement célèbre en 1969 avec sa première chanson Le Métèque composée et chantée par lui.

Qui d'autre mieux que Moustaki pouvait incarner les célèbres paroles de sa chanson ? Avec ses cheveux hirsutes et sa longue barbe touffue, il en était le prototype. Pourtant, dans sa manière de parler, on ne pouvait qu'apprécier cette douceur poétique qui était en contradiction avec cette apparence fougueuse.

Moustaki semblait avoir un lien secret avec tous ceux qui avaient aussi passé leur enfance en Egypte qui les rendaient complices, comme des souvenirs communs. C'est ce qu'il m'a confié lors de l'une de nos rencontres. D'ailleurs, il a participé de tout son cœur au spectacle de l'Unesco dont les recettes étaient destinées aux sinistrés du séisme du Caire de 1992.

Deux ans plus tard et précisément en septembre 1994, Moustaki a assisté au lancement de l'Hebdo, que j'ai eu l'honneur de fonder avec d'autres collègues, et ceci pour parachever le triangle de la présence médiatique internationale en trois langues avec la parution de l'édition internationale d'Al-Ahram en langue arabe, ensuite d'Al-Ahram Weekly que j'ai eu l'honneur de fonder avec le défunt Hosni Guindi.

Au cours de la cérémonie de lancement de l'Hebdo, qui était organisée dans l'un des grands hôtels de la ville, et à laquelle 500 personnalités, responsables, ministres, ambassadeurs, et intellectuels nous ont fait l'honneur d'assister, Georges Moustaki était la star. Dans son intervention, il a insisté sur cette occasion importante qui lui permettait de suivre de près les nouvelles d'Egypte qu'il ne pouvait malheureusement jusque-là suivre qu'à travers les journaux français avec leurs choix et leurs omissions.

Depuis quelques jours, Moustaki est revenu en Egypte pour fêter ses 70 ans, le 3 mai. 10 ans s'étaient écoulés depuis notre dernière rencontre. Il me dit de prime abord : « Tu as changé, où sont partis tes cheveux ? ». Je répondis : « Toi, au contraire, tu es resté le même avec ta barbe blanche et tes cheveux hirsutes comme tu t'es décrit dans Le Métèque ». Je lui demandai : « Pourquoi n'écris-tu pas autant de chansons que par le passé ? ». Il répondit qu'il écrivait et chantait encore beaucoup et que son nouvel album paraîtrait en novembre prochain. Mais pas autant qu'avant parce qu'il voyageait souvent pour rencontrer des amis et parfois même partait à leur recherche.

Georges Moustaki fait partie de ceux qui sacralisent les relations humaines, les « vraies relations » comme il les appelle. Il se désintéresse de ceux qui ne s'en prennent qu'à sa célébrité.

C'est un vrai artiste polyvalent. C'est non seulement un compositeur sans égal, mais aussi un chanteur à la voix chaude et douce qui a enflammé toute une génération.

De nombreuses publications lui ont été dédiées, dont Georges Moustaki, de Barthelemi Cécile. D'ailleurs, lui-même est l'auteur de plusieurs livres, dont : Les filles de la mémoire : souvenirs (1989) et son dernier-né est un roman Petite rue des bouchers (2001).

Georges Moustaki, ce parolier ou poète si l'on préfère, créateur du métèque, n'a cessé d'évoluer, de composer, de chanter et de rédiger des livres. Il a rencontré son public égyptien au cours d'une soirée magnifique le 3 mai dernier dans cet endroit des plus magiques qu'est la Citadelle historique de Saladin, lieu aménagé par le ministère de la Culture.

Lors de l'une des plus belles nuits du Caire, Moustaki a chanté de beaux airs, anciens et nouveaux, tout en ne cessant d'envoûter son public. Personnellement, j'ai été heureux de m'apercevoir qu'il existait encore un public capable d'apprécier les chansons et les mélodies de Moustaki qui ne ressemblent en rien à ce que nous avons l'habitude d'écouter aujourd'hui.

Pour sa part, Moustaki a été heureux de célébrer son anniversaire au bord de l'éternel Nil, en compagnie d'un public qu'il aime et au cœur de son ancienne patrie, à laquelle il voue un grand amour.

Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631