L'Arabie saoudite
est de plus en plus confrontée à une recrudescence des attentats
terroristes qui ont franchi samedi dernier un nouveau pas dans
l'horreur. L'attentat sanglant, commis le 1er mai contre une
firme européenne à Yanbu (nord-ouest), où le corps d'une victime
occidentale a été mutilé et traîné dans les rues, marque une
progression dans l'atrocité de ces attaques en Arabie saoudite
qui ne sont plus cantonnées à la capitale Riyad.
Selon les autorités
saoudiennes, deux Américains, deux Britanniques et un Australien
ont été tués et trois personnes blessées dans l'attaque menée
par quatre hommes armés, qui ont ensuite été abattus au terme
d'une course poursuite et d'échanges de tirs avec les forces
de sécurité, dont ils ont tué un membre et blessé 18 autres.
Le corps d'un des cinq Occidentaux tués a été mutilé puis traîné
derrière un véhicule dans les rues de cette ville portuaire
par les assaillants. Les hommes armés avaient auparavant fait
irruption dans les locaux d'une filiale du groupe helvético-suédois
Asea Brown Boveri Ltd (ABB) à Yanbu, à 350 km au nord-ouest
de Riyad où ils ont ouvert le feu, la première attaque dans
le Royaume saoudien visant des Occidentaux depuis le début de
l'année. « J'ai vu trois hommes armés tirer (la
victime) près de mon lycée en criant : Aidez vos
frères à Falloujah. Jihad ! Jihad ! Dieu est le plus
grand », a affirmé un étudiant prénommé Zayd. La ville
iraqienne sunnite de Falloujah, à l'ouest de Bagdad, était encerclée
depuis près d'un mois par les forces américaines.
Le ministère saoudien
de l'Intérieur avait indiqué samedi que trois des assaillants
étaient employés sur le site attaqué. Selon le quotidien Saudi
Gazette, l'un des assaillants est « Abdallah Saoud
Abou-Nayan Al-Soubayi, qui figure sur la liste des 26 terroristes
les plus recherchés dans le royaume ». Cette liste
nominative a été publiée en décembre 2003 par les autorités
après deux séries d'attentats contre des complexes résidentiels
à Riyad qui ont tué 52 personnes en mai et novembre. Toutefois,
la liste a été réduite à 18 après la reddition de l'une des
personnes recherchées et la mort de sept autres dans des accrochages
avec la police.
A la suite de l'attaque
de Yanbu, les forces de sécurité se sont massivement déployées
dans la ville portuaire, en particulier autour des firmes et
complexes résidentiels pour les étrangers.
A Zurich, le porte-parole
d'ABB, Bjorn Eglund, a indiqué que le groupe allait rapidement
évacuer son personnel expatrié de Yanbu, après la mort de cinq
de ses ingénieurs travaillant pour sa filiale ABB Lummus,
basée au Texas (Etats-Unis). M. Eglund a précisé que cette décision
n'affectait pas les autres activités en Arabie saoudite du groupe
actif dans les secteurs de l'énergie et de l'automation. ABB
emploie plus de 50 personnes, notamment des Américains, Britanniques
et Australiens, sur une raffinerie de Yanbu gérée par le géant
pétrolier américain Exxon Mobil et la firme saoudienne
Sabic.
Cette attaque renforce
l'inquiétude des Occidentaux en Arabie saoudite. Elle intervient
neuf jours après un attentat suicide à la voiture piégée contre
le quartier général des services de sécurité à Riyad qui a tué
cinq personnes, outre son auteur. A la mi-avril, les Etats-Unis
avaient fait état de menaces de nouveaux attentats terroristes
en Arabie saoudite et annoncé l'évacuation de son personnel
diplomatique non essentiel. « Nous sommes inquiets,
le niveau de menace a augmenté et, au vu de ces menaces et des
informations que nous avons reçues, nous allons donner l'ordre
de partir » au personnel diplomatique, avait dit le
secrétaire d'Etat américain Colin Powell. La porte-parole de
l'ambassade américaine à Riyad, Carol Kalin, a indiqué que les
diplomates non indispensables et leurs proches avaient déjà
quitté le royaume, affirmant lundi que des restrictions ont
été imposées aux mouvements de ses diplomates en Arabie saoudite,
à la suite de l'attentat de Yanbu. Elle a néanmoins confirmé
qu'il y avait « beaucoup d'inquiétude chez les ressortissants
américains » installés dans le pays.
De son côté, la
Grande-Bretagne a encouragé ses ressortissants à quitter le
pays ou, le cas échéant, à ne pas s'y rendre. Quelque 28 000
à 30 000 Britanniques vivent actuellement sur le sol saoudien,
ainsi que 30 000 Américains .
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