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Iraq . Le scandale des mauvais traitements infligés par les armées américaine et britannique à des détenus iraqiens éclabousse la coalition, dont l'image est déjà ternie par les violences, notamment à Falloujah et Najaf.
La coalition sur la défensive

A moins de deux mois du transfert de pouvoir aux Iraqiens, prévu le 30 juin prochain, les Américains, qui continuent d'enregistrer des pertes parmi leurs troupes, font face à un nouveau scandale à la suite de la diffusion de photos de sévices infligés par des militaires américains à des prisonniers dans le pénitencier d'Abou-Gharib en Iraq. Les premières images ont été diffusées mercredi dernier aux Etats-Unis. Elles montraient notamment des détenus nus entassés devant des soldats américains hilares.

Réagissant au scandale suscité par ces photos, la coalition a annoncé lundi avoir infligé un blâme écrit à six officiers de l'armée américaine à la suite de l'enquête sur les sévices infligés à des prisonniers en Iraq, ce qui ouvre la voie à une procédure de radiation de l'armée. Les six officiers ont reçu la plus haute réprimande écrite de l'armée américaine, qui bloque toute promotion, et signifie en fait la fin de leur carrière militaire, a expliqué un responsable de la coalition qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat. Selon lui, un septième officier a reçu une réprimande écrite de moindre degré, et l'ensemble de ces militaires ont décidé de faire appel. Les sept officiers ont été réprimandés au cours de l'une des trois enquêtes sur les cas de sévices infligés à des détenus de la prison d'Abou-Gharib, à l'ouest de Bagdad. Le général Janis Karpinski, une femme chargée des centre de détention en Iraq, figure parmi les officiers réprimandés, a indiqué ce responsable sans préciser si elle était parmi les six premiers.

En plus des officiers blâmés, six gardes pénitentiaires américains ont été accusés de conduite criminelle à l'encontre des détenus d'Abou-Gharib et quatre autres font toujours l'objet d'une enquête. Une autre enquête porte sur les méthodes d'interrogation à Abou-Gharib et peut donner lieu à des poursuites ou à des sanctions administratives contre des officiers des renseignements, dont des officiers de la CIA et des civils employés par la coalition, conduite par les Etats-Unis.

Avant l'annonce de ces mesures disciplinaires, le chef d'état-major interarmées américain, le général Richard Myers, avait affirmé, pour se défendre, que ces exactions restent des « cas isolés » qui seront punis. Dans une tentative de ne pas ternir davantage l'image de l'armée américaine, en bien mauvaise posture, le général Myers a insisté sur le fait qu'il s'agissait de dérives isolées et non d'une pratique systématique de l'armée américaine comme l'indiquaient les résultats de l'enquête préliminaire. Ces remarques sont intervenues après que le général de réserve, Janis Karpinski, eut affirmé que le quartier de haute sécurité de la prison d'Abou-Gharib, à l'ouest de Bagdad, était sous le contrôle direct d'officiers du renseignement militaire, qui pourraient avoir encouragé ces violations des droits des détenus.

En Grande-Bretagne également, la polémique continue de faire rage. « Nous avons dit la vérité », clamaient lundi deux soldats britanniques à la une du Daily Mirror, auquel ils avaient fourni des photos, publiées samedi, d'un prisonnier iraqien torturé par un militaire britannique, alors que l'authenticité de ces documents est mise en doute par des experts. « Nous maintenons chaque mot de notre histoire », affirment les deux soldats au quotidien, toujours sous couvert d'anonymat, « les photos sont vraies ». Après la presse américaine, le tabloïd londonien a publié samedi plusieurs photos montrant un prisonnier iraqien cagoulé et un soldat britannique le menaçant de son fusil d'assaut et lui urinant sur le corps.

Toutefois, selon des sources militaires proches du Queen's Lancashire Regiment, mis en cause par ces photos, plusieurs indices permettent de douter de l'authenticité de celles-ci. Selon ces sources citées par la BBC, ces photos pourraient même ne pas avoir été prises en Iraq. S'appuyant également sur l'avis d'experts militaires, la presse britannique de lundi, s'employait à décrypter les photos et semblait prudemment douter que ces clichés puissent être authentiques. Mais se défendant d'avoir publié des photos « truquées », le rédacteur en chef du Daily Mirror, Piers Morgan, s'est déclaré dimanche « absolument persuadé de leur authenticité ». Et le scandale ne s'arrête pas là. Dans son édition de lundi, le quotidien Times, évoque le cas de dix autres civils iraqiens, « dont sept sont morts » à la suite de mauvais traitements que leur auraient infligés « des militaires britanniques ». Le ministère de la Défense britannique a confirmé que « dix incidents de ce type » avaient été rapportés au cours de l'année dernière et avaient donné lieu à l'ouverture d'enquêtes.


Pertes militaires américaines

Ces scandales ne font que ternir davantage l'image de la coalition. D'autant plus qu'ils interviennent alors que les forces américaines, qui ont connu un mois d'avril très meurtrier, continuent de subir des pertes. Elles ont encore perdu onze soldats en début de semaine. Six d'entre eux ont été tués dimanche lors d'une attaque au mortier contre une base dans la province sunnite occidentale d'Al-Anbar. Cinq autres GI's ont été tués samedi et dimanche dans trois autres attaques.

Dans cette conjoncture, il est difficile d'imaginer comment s'opérera le transfert de souveraineté aux Iraqiens, prévu le 30 juin prochain. Le secrétaire général des Nations-Unies, Kofi Annan, a annoncé dimanche qu'une force multinationale autorisée par l'Onu participerait au maintien de la sécurité en Iraq après le transfert de la souveraineté aux autorités locales. « Je pense que cela fera partie de la nouvelle résolution que le Conseil va discuter et approuver et qui couvrira la période après le 30 juin », a souligné Annan.

En attendant ce transfert, la Grande-Bretagne devrait envoyer dans les semaines à venir jusqu'à 4 000 soldats supplémentaires pour pallier le départ des quelque 1 500 hommes du contingent espagnol autour de Najaf (160 km au sud de Bagdad), selon le journal britannique Sunday Telegraph, connu pour ses liens avec la hiérarchie militaire. Le chef radical chiite, Moqtada Sadr, violemment opposé à la coalition, est retranché à Najaf, avec plusieurs milliers d'hommes de sa milice qui ont menacé les forces américaines d'un bain de sang si elles rentraient dans la ville sainte chiite. Un nouvel échange de tirs a opposé dimanche soir des miliciens à des soldats américains, selon le bureau de Sadr.

A Falloujah, l'autre principal point chaud du pays, la situation semblait revenir à la normale avec le retour de centaines de civils après un accord entre la coalition et les autorités locales. La sécurité dans une partie de la ville a été confiée à une brigade iraqienne dont le commandement a été accordé au général Mohammed Latif emprisonné sept ans sous le régime de Saddam Hussein.

Abir Taleb
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