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Exposition . A travers cinquante huiles et acryliques, Zeinab Al-Ségueni, 73 ans, invite le visiteur à plonger dans son univers fantastique.
La femme aux couleurs du printemps

Au milieu de la morosité du politique et de la laideur du quotidien, l'artiste Zeinab Al-Ségueni nous offre une chose principale : la joie de vivre. Cela est dû premièrement à cette luminosité qui exhale de ses œuvres, à cette palette printanière qui glorifie le blanc, marie le jaune au vert et rend à l'orange ses lettres de noblesse. Or, le choix de l’orange ne peut pas être gratuit, notamment si l’on cherche dans la thérapie des couleurs. Il s’agit d’une couleur qui reflète la joie et la créativité, toutes les deux s’inscrivant bien dans l’itinéraire et la personnalité de l’artiste.

L’osmose de coloris bien orchestrée dans l'espace de la galerie Zamalek n'étonne pas si l'on connaît que l'artiste est spécialiste de design, qu’elle était parmi les premières promues dans le domaine, de la faculté de l’éducation artistique, vers la fin des années 1950. Elle était aussi parmi les premières femmes à enseigner dans cette faculté. A la retraite, une fois qu’elle accomplit son rôle vis-à-vis de ses étudiants, elle se consacre entièrement à la peinture, 13 ans durant. Aujourd’hui, à l’âge de 73 ans, pleine de vie et de volonté, Zeinab Al-Ségueni présente plus d’une cinquantaine de tableaux entre peinture à l’huile et acrylique sur toile. « Je n’ai jamais renoncé à la peinture, mais mes préoccupations me rendaient moins productrice, confie l’artiste. J’avais toujours cette idée que ce monde est contraignant, il exige toujours un compromis avec les points de vue d’un autrui, tandis que dans la peinture, je suis maître de mon œuvre ». Cette recherche de liberté et du grand air se lit clairement dans l’ensemble de ses œuvres, dans ces vastes étendues du désert, mais un désert propre à l’artiste. Un espace qui unit tantôt le rêve de la verdure, tantôt le bleu de la mer. Cette liberté de créativité se manifeste également dans les proportions massives qui peuplent la surface de la toile (comme le tableau de la femme et le poisson) ou dans cette composition qui omet les différents plans du tableau. Ainsi, les jeunes filles placées de part et d’autre d’une rivière occupent le même plan sur la même platitude. Est-ce une tentative de mimer le dessin même des enfants ? Une quête de l’univers de l’innocence ?

En fait, Zeinab Al-Ségueni pense l’art traditionnellement comme une sorte de catharsis, cette notion d’Aristote qui conçoit l’art comme moyen de purification pour atteindre un univers sublime. Ce serait facile donc de voir des corps réels en chair et en os, des voiles de bateaux, une surface rugueuse qui rappellent la texture du sable, mais tout cela appartient à un univers autre, un monde irréel et onirique.

Dans de nombreux tableaux on ne peut pas échapper à cette expression du regard de cette femme assise à gauche de la toile, aux jambes fléchies, guettant un avenir incognito, ou à ces dispositions de corps de femmes rangées sur un bateau mythique, telles des figurines sur une peinture murale, aux regards quasiment abattus, dans une attente qui s’avère longue. On est tout le temps enveloppé par le mystère, on sent que ses êtres ont des histoires enfouies, des secrets qu’il importe de dévoiler. Les visages sont teintés d'un on ne sait quoi de mythique, avec un regard qui rappelle les icônes coptes, est-ce l'influence des portraits du Fayoum ? Ou celles des peintures murales pharaoniques ?

Zeinab Al-Ségueni avoue s’ouvrir à toutes les influences, s’intéressant au patrimoine de l’art égyptien, mais continue à s’attacher premièrement et exclusivement à la femme et la jeune fille. Ce sont les protagonistes de toutes ses expositions. Ce parti pris revient à une raison pure et simple : c’est l’univers que l’artiste connaît le mieux. Mais il revient également à une profonde volonté de l’artiste à rendre hommage à la femme qui est empêchée de s’épanouir à maints niveaux. « Rien n’est intentionnel chez moi, je me laisse aller dans quelque chose que j’aime et ce sont mes profonds penchants qui dominent ».

Dina Kabil

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GALERIE ZAMALEK

11, rue Al-Brazil, Zamalek.
Tél. : 735 12 40
www.zamalekartgalery.com
Jusqu’au 11 mai, de 10h30 à 21h (sauf le vendredi)
Sens in my Memory, peintures de Zeinab Al-Ségueni.

 

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