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Cinéma . Entre femmes, de Hala Galal, fera l'objet d'une première projection le 9 mai au cinéma Galaxy. Ce film a été produit dans le cadre de Euromed et Misr internationale dans la série de documentaires intitulée Elles ... Pionnières

Apartés au féminin

Entre passé et présent, présent et présent, le film de Hala Galal tisse une fresque d'une Egypte des femmes et des hommes évidemment, bien qu'ils n'apparaissent que par le biais de la parole féminine, qui tout en nous interpellant, nous ouvre les voies d'une réflexion qui se place hors des sentiers battus et des questions toutes faites.

Débat certes difficile que celui des femmes actuelles en Egypte. D'autant plus complexe voire même confus qu'on a souvent tendance à le ramener à une de ses composantes les plus simples : le voile. Et ce faisant, on élude tous les débordements ou les contradictions qui poseraient problème.

Hala Galal, elle, a choisi d'ouvrir plus d'un débat, de poser plus d'une question, de laisser déborder son monde au féminin, de nous prendre dans le flot des bavardages pour nous empêcher de répondre vite et d'avoir bonne conscience. A travers son scénario qui épouse sa manière de poser le problème et dont l'aspect décousu irrite au premier abord, mais permet au débat de se prolonger et de laisser libre cours aux réflexions qui n'en finissent pas d'affluer, Hala Galal pose les questions sous de nouveaux angles.

De prime abord, le film en se plaçant dans une rue du Caire se voudrait une comparaison avec un passé révolu, mais plus émancipé pour les femmes. En effet, en allant puiser dans les photos d'archives, en nous montrant de femmes en maillot et en nous racontant le périple de certaines pionnières, on aurait tendance à penser que la comparaison se solde au profit du passé. Mais ce n'est pas vrai. Très vite, on s'aperçoit que les choses ne sont pas aussi simples. Car si la manière de se vêtir était plus libre de par le passé, certaines femmes qui bavardent dans ce film, bien que voilées, continuent à travailler, connaissent leur droit et savent tenir tête, même à leur mari quand il s'agit de ce qu'elles veulent.

En choisissant les femmes de la ville, bien que des allusions viennent nous rappeler qu'elles ne représentent pas la seule réalité et sans doute pas la plus évoluée, elle nous montre à travers une famille cairote sur quatre générations et leur femme de ménage que les contradictions font elles aussi bon ménage en Egypte. Une grand-mère, qui a sans doute souffert d'une éducation stricte comme toutes les femmes de sa génération, raconte à sa manière ses tours et détours pour échapper aux contraintes sociales. Tout en souffrant d'une éducation trop stricte, elle ne semble pas avoir donné à sa fille une éducation plus libérale. Cette dernière sait pourtant se frayer un chemin vers les études et le travail, sans trop de difficulté. Mais n'est-ce pas là comme pour toutes les femmes de sa génération un des acquis des combats féminins ? Ses filles, elles, ont choisi de se voiler en dépit et contre tout, tout en continuant à travailler. Où se place le nouveau combat des femmes ? Y a-t-il prolongement ou régression ? La question n'est pas réglée.

Une autre jeune femme qui représenterait la génération des années 1970 parle d'un constat d'échec pour une génération qui n'a pas su régler les problèmes sociaux et qui se sent en porte à faux continuellement entre son ambition et le temps qu'elle consacre à ses enfants. Déchirement constant des femmes qui n'ont pas eu assez de soutien social pour mener à bien leur carrière et leur vie de famille.

Et de nous demander, où sont les hommes dans tout cela ? Ils sont, en effet, absents du film ou presque. Que pensent-ils de leur partenaire ? On ne sait d'ailleurs ce que ces femmes en pensent. Elles parlent peu et trop vaguement de leur partenaire et de leurs relations affectives. Les questions sociales et le rapport à l'autre sexe ne sont pas développés dans ce film qui se veut un touche-à-tout où les jeunes générations ne sont pas assez représentées. Comme d'ailleurs les autres classes sociales si ce n'est la classe moyenne citadine. La femme de ménage fait irruption pour parler d'indépendance financière et d'amour. Mais on reste sur sa faim.

Pourtant, ce film par ses manques et ses omissions, tout comme par son flot de paroles et de sujets, a l'avantage de nous ouvrir des brèches de réflexion et de nous questionner sur notre présent. Hala Galal a choisi aussi de renouer avec le passé. A travers le retour à l'histoire avec les analyses de Hoda Al-Sada. Intéressantes certes, mais qui interrompent le rythme des paroles de la gente féminine.

Avec humour et simplicité, Entre femmes a l'avantage de nous immiscer dans ce monde au féminin. Mais au-delà de ses femmes, nous sommes frappés par cette tolérance qui, au-delà des différences, permet aux unes et aux autres de continuer à s'aimer et à s'accepter. Plus encore les contradictions sans vraiment être confrontées, coexistent côte à côte. Pour le meilleur et le pire. Comme nous le suggère Hala Galal avec subtilité.

Soheir Fahmi

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