|
Entre passé et
présent, présent et présent, le film de Hala Galal tisse une
fresque d'une Egypte des femmes et des hommes évidemment, bien
qu'ils n'apparaissent que par le biais de la parole féminine,
qui tout en nous interpellant, nous ouvre les voies d'une réflexion
qui se place hors des sentiers battus et des questions toutes
faites.
Débat
certes difficile que celui des femmes actuelles en Egypte. D'autant
plus complexe voire même confus qu'on a souvent tendance à le
ramener à une de ses composantes les plus simples : le
voile. Et ce faisant, on élude tous les débordements ou les
contradictions qui poseraient problème.
Hala Galal, elle,
a choisi d'ouvrir plus d'un débat, de poser plus d'une question,
de laisser déborder son monde au féminin, de nous prendre dans
le flot des bavardages pour nous empêcher de répondre vite et
d'avoir bonne conscience. A travers son scénario qui épouse
sa manière de poser le problème et dont l'aspect décousu irrite
au premier abord, mais permet au débat de se prolonger et de
laisser libre cours aux réflexions qui n'en finissent pas d'affluer,
Hala Galal pose les questions sous de nouveaux angles.
De prime abord,
le film en se plaçant dans une rue du Caire se voudrait une
comparaison avec un passé révolu, mais plus émancipé pour les
femmes. En effet, en allant puiser dans les photos d'archives,
en nous montrant de femmes en maillot et en nous racontant le
périple de certaines pionnières, on aurait tendance à penser
que la comparaison se solde au profit du passé. Mais ce n'est
pas vrai. Très vite, on s'aperçoit que les choses ne sont pas
aussi simples. Car si la manière de se vêtir était plus libre
de par le passé, certaines femmes qui bavardent dans ce film,
bien que voilées, continuent à travailler, connaissent leur
droit et savent tenir tête, même à leur mari quand il s'agit
de ce qu'elles veulent.
En choisissant
les femmes de la ville, bien que des allusions viennent nous
rappeler qu'elles ne représentent pas la seule réalité et sans
doute pas la plus évoluée, elle nous montre à travers une famille
cairote sur quatre générations et leur femme de ménage que les
contradictions font elles aussi bon ménage en Egypte. Une grand-mère,
qui a sans doute souffert d'une éducation stricte comme toutes
les femmes de sa génération, raconte à sa manière ses tours
et détours pour échapper aux contraintes sociales. Tout en souffrant
d'une éducation trop stricte, elle ne semble pas avoir donné
à sa fille une éducation plus libérale. Cette dernière sait
pourtant se frayer un chemin vers les études et le travail,
sans trop de difficulté. Mais n'est-ce pas là comme pour toutes
les femmes de sa génération un des acquis des combats féminins ?
Ses filles, elles, ont choisi de se voiler en dépit et contre
tout, tout en continuant à travailler. Où se place le nouveau
combat des femmes ? Y a-t-il prolongement ou régression ?
La question n'est pas réglée.
Une autre jeune
femme qui représenterait la génération des années 1970 parle
d'un constat d'échec pour une génération qui n'a pas su régler
les problèmes sociaux et qui se sent en porte à faux continuellement
entre son ambition et le temps qu'elle consacre à ses enfants.
Déchirement constant des femmes qui n'ont pas eu assez de soutien
social pour mener à bien leur carrière et leur vie de famille.
Et de nous demander,
où sont les hommes dans tout cela ? Ils sont, en effet,
absents du film ou presque. Que pensent-ils de leur partenaire ?
On ne sait d'ailleurs ce que ces femmes en pensent. Elles parlent
peu et trop vaguement de leur partenaire et de leurs relations
affectives. Les questions sociales et le rapport à l'autre sexe
ne sont pas développés dans ce film qui se veut un touche-à-tout
où les jeunes générations ne sont pas assez représentées. Comme
d'ailleurs les autres classes sociales si ce n'est la classe
moyenne citadine. La femme de ménage fait irruption pour parler
d'indépendance financière et d'amour. Mais on reste sur sa faim.
Pourtant, ce film
par ses manques et ses omissions, tout comme par son flot de
paroles et de sujets, a l'avantage de nous ouvrir des brèches
de réflexion et de nous questionner sur notre présent. Hala
Galal a choisi aussi de renouer avec le passé. A travers le
retour à l'histoire avec les analyses de Hoda Al-Sada. Intéressantes
certes, mais qui interrompent le rythme des paroles de la gente
féminine.
Avec humour et
simplicité, Entre femmes a l'avantage de nous immiscer
dans ce monde au féminin. Mais au-delà de ses femmes, nous sommes
frappés par cette tolérance qui, au-delà des différences, permet
aux unes et aux autres de continuer à s'aimer et à s'accepter.
Plus encore les contradictions sans vraiment être confrontées,
coexistent côte à côte. Pour le meilleur et le pire. Comme nous
le suggère Hala Galal avec subtilité.
|