| |
|
Portrait .
Auteur de plusieurs documentaires
sur la Palestine, Samir Abdallah a toujours tourné sur le vif.
Ecrivains des frontières, un voyage en Palestine(s), son
dernier film, est resté à l'affiche au cinéma Saint-Michel
à Paris, pendant plus d'un mois. |
L'engagement
par l'image |
Un check-point,
en Cisjordanie. Un homme rentre de l'hôpital de Ramallah avec
sa femme enceinte. Il est en train de se faire arrêter. José
Bové intervient, avec d'autres militants. Bousculade. La caméra
bouscule et chavire.
C'est comme ça
que filme Samir Abdallah. Sur le vif. Dans l'action. La c améra
ne l'a pas empêché d'intervenir, lui aussi. C'était son premier
film tourné en Palestine, Voyages en Palestine. en 2001,
Il était parti avec les Missions civiles de protection du peuple
palestinien, comme José Bové, et d'autres. La seule différence,
c'est qu'il avait une caméra sur l'épaule. C'est une certaine
éthique de l'image, de ne pas se résoudre à trancher entre le
témoignage que peut apporter l'image et l'engagement immédiat.
La caméra sur l'épaule ne doit pas empêcher d'agir. Au contraire.
Elle peut s'intégrer à l'action d'un groupe, pour décupler le
message que ce groupe essaye de faire passer : « A
l'époque, l'idée de faire un film sur ce voyage faisait partie
du projet. En montrant des images, pas seulement de témoignages,
mais aussi de la manière dont on peut agir sur le terrain on
pensait que ça allait populariser le principe des missions civiles.
C'est ce qui s'est passé. Au retour, on a enchaîné meeting sur
meeting, 300 dans toute la France. Aujourd'hui, 3000 Français,
toutes classes sociales et origines confondues, sont allés en
Palestine dans plus de 80 missions, depuis 2001. Dans toute
l'Europe, il y a des délégations, près de 10 000 personnes
qui se sont rendues en Palestine ».
Depuis, Samir Abdallah
y est retourné sept fois. Il se retrouve à Ramallah dans le
QG d'Arafat en mars 2002. Il filme, bien sûr. Ça a donné
Chronique d'un siège, documentaire de 55 mn. Son dernier
film, tourné avec José Reynes, est également filmé en Palestine :
Ecrivains des frontières, un voyage en Palestine(s).
Son premier film à passer au cinéma, un mois à l'affiche au
ciné Saint-Michel. Tous ses documentaires sont en fait produits
par L'Yeux Ouverts, une petite boîte de production qui
se base sur la diffusion militante : l'organisation de
soirées-débat autour des films. Ecrivains des frontières
est lui-même un peu différent de ses précédents documentaires
sur la Palestine. Le rythme est plus lent, articulé autour de
paroles d'écrivains, celle de Mahmoud Darwich enfermé à Ramallah
bien sûr, mais aussi celles de l'Américain Russel Banks, du
Nigérian Wole Soyinka, du Portugais José Saramago, du Chinois
Bei Dao, du Sud-Africain Breyten Breytenbach, de l'Espagnol
Juan Goytisolo, de l'Italien Vincenzo Consolo, du Français Christian
Salmon, accompagnés par les Palestiniens Elias Sanbar et Leïla
Shahid. Ils disent leurs réactions face à une terre occupée,
maintes fois violée. Longent le mur en construction en Cisjordanie.
Rencontrent des femmes coincées dans les files d'attente à un
check point, assistent au désespoir d'un paysan dont les oliviers
viennent d'être arrachés.
Omniprésent dans
les films de Samir, ce déchirement de la terre blessée est également
très présent dans les œuvres de son père, le peintre Hamid Abdallah,
(1917-1985) qui a grandi dans un village près de Sohag. Dans
Nous Retournerons un jour, film sur les réfugiés palestiniens
au Liban, Samir avait intégré les tableaux de son père, souvent
en filigrane sous une autre image. Ces tableaux qui célèbrent
l'enracinement séculaire du paysan égyptien dans sa terre rythment
ainsi les récits des réfugiés sur la terre, leur terre perdue.
Qu'est-ce que la Palestine pour ces réfugiés dont certains sont
nés en exil ? Le film montre l'existence d'une identité
palestinienne forte qui continue à se construire, même arrachée
à sa terre. Ce n'est pas parce qu'on n'habite plus en terre
de Palestine qu'on cesse d'être palestinien, ce n'est pas parce
qu'on n'habite pas en terre arabe qu'on cesse d'être arabe. |
Préoccupations identitaires
|
Ces interrogations
recoupent l'histoire personnelle de Samir; né au Danemark, de
mère danoise et de père égyptien, il n'a que très peu vécu au
Danemark ou en Egypte.
Il a grandi en France. Il n'a en fait jamais réellement vécu
sur cette terre dont il revendique l'appartenance. « Si
on me pose la question, tu es quoi ? je dirai : je
suis arabe. Ça m'amène à penser l'arabité au-delà d'un
territoire précis ». Identité(s) à construire. Comme
pour ces millions de jeunes beurs en France et en Europe. Leur
histoire est celle de Samir, elles se croisent. Comme en 1982.
« Un ami marocain s'est fait tuer par un raciste, à
Nanterre. Ça a déclenché un mouvement de révolte. C'est
à ce moment que les jeunes appelés en France les jeunes beurs
ont commencé à s'organiser. A un moment, on a senti qu'il fallait
qu'on raconte nous-mêmes cette histoire ». C'est son
premier film. Depuis, il n'a plus arrêté. Il a monté avec son
frère une agence, Im'Média, « pour pouvoir raconter
le point de vue des jeunes issus de l'immigration et des quartiers
populaires ». Il fait un film sur les ouvriers de Peugeot,
il suit l'occupation par la DAL (l'association Droit Au Logement)
d'un immeuble rue du Dragon, il s'implique aux côtés des sans-papiers.
« J'ai toujours travaillé comme ça, sur des sujets dans
lesquels je suis impliqué moi-même ».
L'année 2004 a
été pour Samir Abdallah l'année d'un voyage auquel il rêvait
depuis longtemps : l'Egypte, après trente ans d'absence.
A Sohag, il a retrouvé toute une branche de la famille. A Manial,
il a retrouvé sa sœur et le reste de la famille. C'est une ruelle
très calme. La maison est ancienne, avec trois étages ;
une bâtisse tout en longueur aux plafonds hauts et aux pièces
étroites. Au mur, les esquisses de Hamid Abdallah. Le bonheur
de Samir Abdallah d'être là, tout simplement, est enfantin.
Trente ans d'absence. Peut-être qu'un film naîtra de ce voyage.
Comme toujours tourné sur le vif. A la fois engagé et impliqué.
|
| Dina Heshmat |
|
Retour
au Sommaire |
|
Cinématographie |
|
Drôle d'oiseau,
court-métrage de fiction de 15 mn. Prix du jeune cinéma méditerranéen
au Maroc, 1985.
La Balade des sans-papiers »,
documentaire de 60 mn sur le mouvement des sans-papiers en France.
Production : L’Yeux ouverts. Diffusion Planète,
1996.
Nous retournerons un jour ...,
documentaire de 60 mn., sur les réfugiés palestiniens au Liban.
Production : L'Yeux ouverts, 1999.
Ecrivains des frontières, Un voyage en Palestine(s),
documentaire de 80 mn, tourné avec José Reynes, 2003.
|
|
|