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Zones franches . Lors d'une conférence internationale, tenue au Caire le 27 et le 28 avril dernier, l'Egypte a exposé les atouts de ces zones pour attirer davantage d'investissements étrangers. Mais la tâche s'annonce ardue et de véritables réformes sont nécessaires.
Les investisseurs face à un mirage

L’Egypte doit effectuer de sérieuses réformes, notamment pour ce qui est des zones franches, pour pouvoir attirer les investissements étrangers. La conclusion de la conférence internationale pour les zones franches, tenue au Caire les 27 et 28 avril dernier, n'est pas surprenante. En effet, malgré les privilèges accordés aux investisseurs étrangers, la même question se pose toujours avec insistance : l’Egypte est-elle vraiment capable d’attirer ces investissements ? Ses zones franches sont-elles au niveau recommandé par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et l’Union Européenne (UE) ?

Il semble que même si l’Egypte a fait de gros progrès, elle demeure encore loin de satisfaire les critères internationaux puisque le taux d'investissement étranger est inférieur à 0,3 million de dollars (1,7 milliard de L.E.). « L’attraction des investissements est devenue un critère international. Tous les pays visent actuellement à attirer le plus d'investissements étrangers afin de relancer leur économie. La concurrence est donc devenue acharnée et c’est le plus fort qui l'emportera », explique Farid Khamis, PDG d'Al-Nassagoune Al-Charqiyoune, qui fabrique des tapis. En tant que président du comité de l'industrie auprès du conseil consultatif, il assure qu' « il est vrai que l’Egypte a modifié ses lois, a créé une culture économique moderne et a multiplié les privilèges accordés aux investisseurs, mais cela n’est pas suffisant pour qu’elle puisse faire face à la concurrence internationale féroce et s'imposer sur le plan international ».


De faux privilèges

Le chemin est alors encore long pour l’Egypte. Elle doit moderniser la structure législative à travers la promulgation de nouvelles lois, notamment concernant le monopole et les taxes, visant à rendre le marché égyptien plus attractif. Des modifications nécessaires qui répondent aux critères de l’UE et de l’OMC.

Pour ce qui est des zones franches, l'UE et l'OMC considèrent que les privilèges qu'accordent ces zones aux investisseurs ne sont qu'un leurre. Elles préfèrent que chaque pays améliore sa structure législative, ainsi que sa conjoncture économique plutôt que de privilégier les investisseurs dans ces zones. « Il ne s'agit pas seulement de privilégier les investisseurs des zones franches. Il ne faut pas leur donner des atouts préférentiels. Ce climat favorable pour les investisseurs des zones franches doit régner dans tous les pays et tous les investisseurs doivent en profiter », critique un haut responsable auprès de l'Organisation mondiale du commerce.

Il existe en Egypte 7 zones franches : Madinet Nasr, Alexandrie, Port-Saïd, Suez, Ismaïliya, Damiette, et une à l'intérieur de la cité médiatique du 6 Octobre. La première d'entre elles, Madinet Nasr, a été créée il y a 30 ans alors que la toute dernière, celle de la cité du 6 Octobre, a vu le jour en 2000. Les investisseurs qui viennent installer leurs projets dans ces zones profitent d’une liste des privilèges. Avec, entre autres : une exemption totale des droits de douanes sur leurs importations, des taxes sur les exportations, ainsi qu'une législation indépendante. Mais en réalité, ces avantages, d'ailleurs peu adaptés aux exigences de l'OMC, sont difficilement obtenus. « Pour obtenir les approbations nécessaires, nous, les investisseurs, sommes obligés d’avoir recours aux organismes gouvernementaux traditionnels. Ce qui nous fait dépendre une autre fois de la bureaucratie du pays. Ainsi, les privilèges des zones franches sont inexistants. C’est pourquoi les investisseurs étrangers préfèrent aller ailleurs, là où les démarches d’investissement sont simplifiées et rapides. C'est-à-dire dans des pays qui jouissent d'une réelle stabilité économique », affirme un responsable de Coca-Cola ayant requis l’anonymat.


L'Egypte en retrait

Selon une étude effectuée par l’Organisation Internationale du Travail (OIT), le nom de l’Egypte ne figure pas parmi les 10 premiers pays attirant le plus les investissements au sein des zones franches. « Les pays qui ne figurent pas sur la liste des 10 premiers pays doivent savoir que leurs zones franches ne répondent pas aux critères internationaux. C’est un signe d’alerte. Ces pays doivent rapidement mener des réformes pour pouvoir faire face à une concurrence acharnée », souligne Paul Bailey, un responsable au sein de l’OIT.

Les projets dans les zones franches en Egypte étaient au nombre de 709 fin 2003. Les exportations se sont alignées à 1,5 milliard de dollars la même année, alors que les importations s'élevaient à 2,1 milliards de dollars fin 2003. A la même période, les investissements étrangers au sein de ces zones n'ont pas dépassé 1,3 milliard de dollars. « Les progrès enregistrés par les zones franches égyptiennes sont très limités. Au cours des trois dernières années, le nombre des projets s'est stabilisé. Et les zones franches créées ces dernières années attirent moins d'investisseurs. Depuis les années 1980, les investissements sont peu nombreux et c'est la récession qui en est la cause », regrette l'un des participants chinois à la conférence qui a effectué une étude sur les zones franches dans les pays en voie de développement. « De plus, la plupart des investissements des zones franches égyptiennes sont arabes, les investissements étrangers sont très limités », ajoute-t-il.

Cet expert chinois compare la performance des zones franches des pays en voie de développement, notamment en Egypte, à celle de son pays. Et la conclusion est désolante. En Egypte, les réalisations sont très modestes si on les compare au boom chinois. La Chine est en effet le pays dont les zones franches attirent le plus les investissements étrangers. Le nombre des zones franches chinoises est passé de 79 en 1975 à 3 000 en 2003. Ce qui a relancé les exportations. Ces dernières sont passées de 44 milliards de dollars en 1999 à 236 milliards de dollars en 2001. Si l'Egypte veut suivre cet exemple, elle doit prendre l'affaire plus au sérieux. Car pour les organisations internationales, qui réclament de profondes réformes, les promesses ne suffisent pas. Ce sont les actes qui comptent.

Névine Kamel
Ibtessam Zayed 

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