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Coupe du monde 2010 . La FIFA s'est finalement prononcée en faveur de l'Afrique du Sud lors du vote du 15 mai. La déception est grande pour l'Egypte qui n'a obtenu aucune voix en sa faveur. Mais c'est sans doute le manque d'expérience et surtout de sérieux qui sont à l'origine de cet échec ressenti comme cuisant. Reportage.

Zéro pointé pour l'Egypte

Zurich,
De notre envoyé spécial —

Samedi 15 mai. Il est 11h55 à Zurich (Suisse). Des journalistes de toutes nationalités sont présents dans la grande salle de réunion du World Trade Center (WTC. C'est le jour J, celui où la FIFA doit annoncer le pays africain organisateur de la Coupe du monde 2010. Plus que quelques minutes avant le vote final. Cela fait moins de trois heures que les 24 membres votants du bureau exécutif de la FIFA sont en réunion. Et les 24 heures qui viennent de s'écouler ont été riches en événements : la Tunisie s’est retirée de la course en raison du refus de la FIFA d'une co-organisation avec le Libye. Quant à la Libye, la FIFA a refusé sa candidature à quelques heures du vote, son dossier n'étant pas conforme au règlement : une lettre y aurait glissé indiquant le refus du pays d'accueillir Israël sur son territoire s'il se qualifiait pour le Mondial 2010. Or, la FIFA ne mélange pas la politique et le sport. Mais le retrait de la Tunisie et de la Libye a ainsi donné l’occasion aux trois pays restant, à savoir l’Egypte, l’Afrique du Sud et le Maroc, d’attirer à eux les voix de ceux qui allaient se prononcer pour la Tunisie, comme celles du Tunisien Slim Aloulou et le Qatari Mohamad bin Hammam. Ces deux voix arabes ont laissé penser que le Maroc ou l'Egypte étaient en mesure de remporter le vote. En particulier le Maroc, puisque plusieurs membres du comité exécutif, dont le Français Michel Platini, l’Espagnol Villar et le Camerounais Issa Hayatou avaient affirmé qu'ils se prononceraient en sa faveur.

Le 15 mai, le public marocain a d'ailleurs commencé la fête de bon matin. Au son des tam-tams, ils annonçaient déjà leur victoire « attendue » après trois précédents échecs. « Cette fois, nous avons tout fait pour gagner. Notre dossier est bon et la promotion de notre candidature est un sans-faute. Le public marocain demandait aux responsables du comité de candidature de leur pays de ne revenir de Zurich qu’en ayant obtenu l'organisation du Mondial 2010 », explique Abdel-Latif Al-Motawakel, journaliste sportif au journal marocain Resalet Al-Omma. Quant à l’Egypte, le ministre de la Jeunesse, Alieddine Hilal, a déclaré à Zurich deux jours avant le vote que le pays avait fait de son mieux pour remporter le vote.

12h00. Sep Blatter, le président de la FIFA, a pris place sur l'estrade aux cotés d'autres responsables de l'organisation. Après un court discours, il annonce que l’Afrique du Sud a remporté le vote dès le premier tour. Les journalistes sud-africains sautent de joie, tandis que leurs collègues marocains commencent à émettre des doutes sur l'objectivité des votants. La tristesse des responsables égyptiens est profonde. L'Egypte n'a recueilli aucune voix. Ils assurent néanmoins être fiers de leur dossier et que si leur pays a perdu, c'est en raison d'« accords secrets et de dessous de table ». Mais pour les médias égyptiens, les « hommes de la candidature égyptienne » ont sévèrement porté atteinte à l’image de l’Egypte.

Si le Maroc a perdu, cela s'explique par le revirement des membres votant de la CONCACAF (Confédération de football du continent américain), alors que celle de l'Egypte s'explique par celui de la CAF (Confédération Africaine de Football). Car après la série de visites des représentants des pays candidats aux 24 membres du bureau exécutif de la FIFA, il a été clair, selon plusieurs grands magazines spécialisés étrangers, que les voix se sont réparties comme suit : celles du Suédois Johannson, du Belge Michel D’Hooghe, de l’Ecossais David Will, de l’Allemand Gerhard Mayer-Vorfelder, du Russe Viacheslav Koloskov, du Paraguayen Nicoals Leoz, du Brésilien Ricardo Terra Teixeira, de l'Argentin Julio Grondona avec la probabilité d’avoir celle du président, le Suisse Joseph Blatter, sont allées en faveur de l'Afrique du Sud. Quant au Maroc, il s'est assuré de celles de l’Espagnol Angel Maria Villar, du Français Michel Platini, du Camerounais Issa Hayatou, de Fusimalohi de l'île Tonga, du Japonais Junji Ogura, de Jack Warner de Trinidad et Tobago, de Sasso Sasso du Costa Rica et de l’Américain Chuck Blazer. Les voix que devaient recueillir l'Egypte étaient celles du Turc Erzik Seens qui entretient de bonnes relations avec la Fédération égyptienne de football depuis la Coupe du Méridien organisée en Egypte en 2003, du Coréen Joon Long Chung, du Malien Mamadou Keita et du Botswanais Ismaïl Bhamjee. Mais l'Egypte n'en a recueilli aucune, tandis que l'Afrique du Sud en a récolté 14 et le Maroc 10. « Sans doute que les membres de la CONCACAF, à savoir Warner, Sasso Sasso et Grondona ont changé d'avis. Ils ont toujours été en faveur de notre candidature. C’est une trahison », explique Adil Abdel-Majid, journaliste marocain.


Mise au travail tardive

De son côté, la légende française Juste Fontaine, meilleur buteur de l’histoire des Coupes du monde (13 buts), pense que le choix des votants pour l'Afrique du Sud s'explique par leur désir de donner une connotation politique au scrutin. « Le football, c’est du sport et il ne faut pas le mêler à la politique. Je suis le meilleur buteur de l’histoire des Coupes du monde, pourtant mon soutien à la candidature marocaine n'a pas eu d'impact. Peut-être qu'il faudrait que je remporte le Prix Nobel pour avoir de l'influence sur les membres du Bureau exécutif », plaisante-t-il. Fontaine ajoute que la cause principale de l'échec égyptien est due à son entrée en course trop tardive. « Pour obtenir l'organisation d'une Coupe du monde, il faut se mettre au travail très tôt, comme l'ont fait les Sud-Africains et les Marocains. Le Maroc travaille sur sa candidature depuis plus de 2 ans, et l’Afrique du Sud depuis 6 ans, puisqu’elle a présenté un dossier pour l'organisation du Mondial 2006 que l’Allemagne a décroché. Pourtant, elle n’a pas baissé les bras ». Et l'ancienne vedette d'athlétisme, la Marocaine Nawal Al-Motawakil, qui faisait partie de la délégation marocaine, de continuer : « Lorsque vous avez déposé votre dossier, on ne vous a pas vraiment entendu sur la scène sportive internationale. Je me suis dit que l’Egypte n’était pas sérieuse et j'ai ressenti une vraie concurrence entre le Maroc et l'Afrique du Sud. D'autant plus que j'étais certaine que la co-organisation entre la Tunisie et la Libye serait refusée par la FIFA ». La légende camerounaise de football Roger Milla est du même avis.

Blatter a, lui, annoncé qu'il respectait beaucoup l'Egypte mais que dès le début ses chances n’étaient pas énormes et qu'elle s'est même retrouvée hors compétition avant le vote. Pour lui, les Egyptiens ont manqué de sérieux. Une affirmation qui va de pair avec le rapport de la visite d’inspection de la FIFA qui, dans le cinquième chapitre concernant l’organisation du Comité de candidature, a fait état de ce qui suit : « … si le pays (l’Egypte) devait obtenir la Coupe du monde 2010, il serait nécessaire de renforcer le comité afin qu’il fonctionne de façon plus professionnelle et afin de garantir le bon déroulement de la Coupe du monde ». Patricia Camusso, responsable de la communication de la Radio Africa Foot, explique que l’Egypte aurait dû se doter de professionnels, car « zéro voix » obtenue signifie que les responsables de la promotion n’étaient pas à la hauteur de l'événement. « Sinon ils auraient au moins recueilli une ou deux voix », dit-elle.

L'autre point faible de l’Egypte à Zurich a été la faiblesse de sa délégation officielle qui regroupait le ministre de la Jeunesse, le président de la Fédération égyptienne de football, Essam Abdel-Moneim, Hicham Azmi, le coordinateur général du comité d’Egypte 2010, Nagui Al-Ghatrifi, l'ambassadeur d'Egypte en Suisse, l’acteur Omar Charif et le jeune Serge Zorayan, joueur amateur de football, qui a dû remplacer Boutros-Ghali, lequel s’est excusé à quelques jours du voyage en Suisse. Le connu des Egyptiens était Omar Charif. De son côté, la délégation marocaine comptait le prince Moulay Rachid, l’ancien président du Sénégal, Abdoulaye Wade, et des stars comme Timoumi, et le champion du monde du 1 500 mètres Hicham Al-Guerouj. Lesquels se sont étonnés de l'absence de personnalités égyptiennes comme le réalisateur Youssef Chahine ou l'acteur Adel Imam. Les Marocains se sont également étonnés du fait que les journalistes égyptiens n'étaient qu'au nombre de 3 tandis que plus de 25 de leur collègues marocains et 30 autres sud-africains avaient fait le déplacement. « On aurait dit que vous saviez dès le début que vous alliez perdre », lance un membre de la délégation marocaine.

13h30. La salle des conférences est quasiment vide. La légende du football ghanéen Abedi Pelé accepte de rencontrer la presse égyptienne. « Vous devez tirer la leçon de vos erreurs et changer vos méthodes de travail. Sinon, excusez-moi, mais vous ne pourrez jamais espérer accueillir un tel événement chez vous », prévient-il.

Amr Moheb
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« Les Egyptiens ont manqué d’expérience »
Zurich,

De notre envoyé spécial —

Entretien exclusif avec Danny Jordaan, président du comité de candidature sud-africain, quelque minutes après l’annonce de la désignation de son pays pour l'organisation de l'événement.

Al-Ahram Hebdo : L'Afrique du Sud, votre pays, vient d'être désignée pour l'organisation de la Coupe du monde 2010. Que ressentez-vous ?
Danny Jordaan : C’est un rêve personnel qui se concrétise après mes efforts avec le comité de candidature. C'est aussi un rêve pour tous les Sud-Africains qui, avant le 15 mai, avaient encore le cœur brisé après avoir perdu l’organisation de la Coupe du monde 2006, qui aura lieu en Allemagne.

— Vous attendiez-vous à remporter le vote de la FIFA ?
— En matière de vote, rien n’est jamais joué d’avance. Mais nous étions très confiants en nos capacités, en notre potentiel et convaincus de la force de notre dossier. La visite d’inspection de la FIFA a indiqué que nous étions les meilleurs. Aujourd'hui, nous cueillons les fruits de notre travail. D'importantes personnalités sont venues soutenir le dossier sud-africain à Zurich : notre président de la République Thabo Mbeki, Nelson Mandela et Arch Bishop, des légendes du football comme le Ghanéen Abedi Pelé, le Camerounais Roger Milla et le Zambien Kalusha Bwalya. Ce qui a révélé le soutien politique dont bénéficiait notre candidature, la crédibilité de notre dossier ainsi que la confiance en nos capacités.

— Pourtant, de nombreuses personnalités sont aussi allées à Zurich pour soutenir le Maroc ...
— Le Maroc a été un sérieux concurrent. Mais à la fin de toute compétition, il ne reste qu'un vainqueur. Je suis franchement triste pour les Marocains. Ils ont bien travaillé et je sais bien à tel point ils sont déçus après leur défaite. Nous sommes passés par là lorsque nous avons perdu face à l’Allemagne il y a 4 ans. Je leur demande de ne pas se décourager et d'être patients. Peut-être qu'ils auront plus de chance que nous. Nous avons dû attendre presque 100 ans avant qu’une Coupe du monde ne soit organisée en Afrique. Les Marocains ne devront attendre que 28 ans avant de pouvoir redéposer un dossier de candidature.

— Pourquoi, selon vous, l'Egypte n'a-t-elle pas remporté de voix lors du vote ?
— Le dossier égyptien était très solide. Le rapport de la visite d’inspection a été positif et la présentation du dossier, le 14 mai dernier au siège de la FIFA, a aussi été très bonne. Mais vous (les Egyptiens) avez manqué d’expérience. Il aurait fallu que vous présentiez votre candidature en 2006 pour acquérir un certain savoir-faire. En plus, vous avez commencé la campagne de promotion très tard. Nous (les Sud-Africains) nous sommes mis au travail deux ans avant la désignation du pays organisateur de la Coupe du monde 2006 qui a eu lieu en 2000. Nous n'avons pas baissé les bras après la victoire de l'Allemagne. Nous travaillons donc depuis 6 ans pour décrocher le Mondial 2010.
— Comment se déroulera cette Coupe du monde de 2010 ?
— Je suis certain que l’Afrique du Sud réussira une grande Coupe du monde, digne du continent noir. Nous tiendrons nos promesses d’organiser un grand Mondial.

— Y a-t-il un message que vous désirez transmettre ?
— D'abord, je voudrais remercier Nelson Mandela pour sa fructueuse contribution. Ensuite, je voudrais transmettre toutes mes félicitations aux 44 millions de Sud-Africains qui ont vécu 4 ans de tristesse depuis le vote de 2000 et qui attendaient impatiemment l'issue du scrutin du 15 mai. Leur rêve s'est réalisé, la Coupe du monde sera chez vous en 2010. C'est le moment des célébrations !

Propos recueillis par
Amr Moheb
 

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