Al-Ahram
Hebdo : Comment évaluez-vous les relations entre l'Egypte
pharaonique et la Haute-Nubie ?
Caroline
Rocheleau : Au VIIIe siècle av. J.-C., les Nubiens conquirent
l'Egypte, la terre des pharaons. Cependant, cent ans plus tard,
les pharaons nubiens perdirent le contrôle de ce bout de pays
et retournèrent chez eux, à la tête du grand empire méréotique.
Eventuellement, le Soudan devint une province très lointaine
de l'Empire romain, qui fut tour à tour envahie par les Blemmyes
et les Axumites (les anciens Ethiopiens).
Les
relations entre le Soudan et l'Egypte pharaonique étaient fort
diversifiées. Il y avait des relations commerciales, culturelles ...
L'Egypte a gouverné pendant longtemps la Nubie. Et les Nubiens
aussi gouvernaient l'Egypte. Les rois nubiens sont en fait la
XXVe dynastie. Et puis, ils ont construit des temples ici et
ils ont construit aussi des temples au Soudan. Alors ce sont
un peu que j'étudie : toutes ces relations surtout parce
que via la Nubie, via les temples, on pense surtout de la culture.
C'est ce que j'étudie.
— La
Haute-Nubie possède-t-elle d'importants sites archéologiques,
outre la cité royale de Méroé, susceptibles d'êtres visités ?
— En
dépit de la guerre civile, la famine et la pauvreté, le Soudan
est un endroit superbe à visiter, cependant les voyages dans
ce pays ne doivent pas être pris à la légère. Le Soudan n'est
pas une destination recommandée aux touristes. Néanmoins, des
archéologues travaillent au Soudan depuis plus d'un siècle,
tous fascinés par l'intéressante histoire de ce pays. Les anciens
Egyptiens connaissaient le Soudan, leur voisin du sud, voyant
souvent les habitants comme une menace et une civilisation rivale,
mais aussi comme un pays rempli de richesses telles l'or, l'encens,
l'ivoire et le bois d'ébène.
Sedeinga
est un important site archéologique situé sur la rive gauche
du Nil, entre la deuxième et la troisième cataracte. Avec la
présence d'un petit cimetière de l'époque néolithique, soit
5000 av. J.-C. Il existe aussi des cimetières des époques napatéenne
et méréotique (VIIe siècle av. J.-C., VIe siècle de notre ère).
Le monument le plus célèbre de Sedeinga est, sans aucun doute,
le temple égyptien construit par le pharaon Amenotep III en
l'honneur de sa grande épouse royale, la Reine Tiye. Les fouilles
de Sedeinga sont dirigées par la mission archéologique française
de Sedeinga.
— Et
où avez-vous fouillé précisément ?
— Je
suis une archéologue avec deux projets au Soudan : Berber-Abidiya
et la cité royale de Méroé. Mes premières fouilles archéologiques
furent en Jordanie en 1999. A l'époque, je commençais mon doctorat
en histoire et langues de l'Ancienne Egypte. J'ai adoré les
fouilles archéologiques ... et j'ai décidé de m'orienter
en archéologie. Je termine présentement mon doctorat en archéologie
de l'Ancienne Egypte et de la Nubie (Soudan). Je n'ai jamais
fait de fouilles en Egypte, seulement sur des sites au Soudan
(pharaonique, napatéen et méréotique).
— Vous
avez créé un site Internet. Qu'en est-il exactement ?
— Durant
mes rares moments de temps libres, j'ai créé ce site Internet
www.geocities.com, afin de partager mes aventures de voyages
avec les autres et leur montrer les nombreuses photos d'endroits
plus ou moins exotiques fréquentés par les archéologues. De
plus, ce site Internet veut répondre à la panoplie de questions
de gens qui se demandent à quoi ressemble la vie d'une vraie
archéologue. Une archéologue garde pratiquement toujours un
journal de fouilles pour décrire les activités de la journée.
Sur le site, mon journal, qui est en fait aussi un journal de
voyage, renferme beaucoup plus que des propos archéologiques,
des croquis et des notes. En effet, sont aussi inscrits dans
mon cahier quelques pensées errantes, de nouveaux mots en arabe,
des anecdotes un peu rigolotes ainsi que la beauté, parfois
sauvage, des endroits que je visite. Il va sans dire que cette
dernière est la section la plus intéressante de mon journal :
la description de ce que l'œil de ma caméra a capturé sur papier
glacé. J'ai décidé de créer un site Internet par plaisir, mais
aussi pour répondre aux multiples questions des jeunes qui veulent
savoir ce que c'est d'être archéologue. Plusieurs de mes amis
et des mes anciens professeurs m'envoyaient des e-mails pour
que je réponde à ces questions. Maintenant les jeunes ont simplement
à regarder mon site web.
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