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Alexandrie . Cette ville au multiple patrimoine et qui a connu le cosmopolitisme dès l'Antiquité a fait l'objet d'un colloque à la Bibliotheca Alexandrina.
Alexandrins d'hier et d'aujourd'hui

« Evoquer l'esprit, recréer la ville : Alexandrinisme au XXIe siècle », un colloque qui vient de se tenir à la Bibliothèque d'Alexandrie et organisé par le Centre de recherches de la Méditerranée (AlexMed) qui, tel l'antique musée (Mouseion), est affilié à la nouvelle Bibliothèque d'Alexandrie, poursuivant parmi ses missions le rétablissement du rôle d'Alexandrie comme modèle de cosmopolitisme, de tolérance et d’interaction culturelle. Son directeur est le dynamique Dr Mohamad Awad qui, infatigable, défend depuis de nombreuses années le patrimoine culturel d'Alexandrie. Ce colloque, ouvert par le directeur de la bibliothèque, le Dr Ismaïl Séragueddine, a réuni pendant trois jours une trentaine de spécialistes et de chercheurs, ainsi que des écrivains égyptiens prestigieux tels Edward Al-Kharrat et Ibrahim Abdel-Méguid, ou encore le cinéaste Youssef Chahine et le chanteur et poète Georges Moustaki, invités d'honneur et deux des enfants les plus glorieux de notre ville.

Le colloque est le premier d'une série de tables rondes qui ont pour objectif de discuter le phénomène de l'alexandrinisme et de définir la notion à travers un examen des aspects politiques, sociaux, géographiques, historiques, urbains, linguistiques et littéraires du cosmopolitisme alexandrin.

Les intervenants du colloque d'ouverture de la série étaient invités à se pencher sur trois principales questions structurant les travaux : les communautés étrangères et leurs rapports avec leurs pays et avec les Egyptiens, les établissements et les diverses associations dans l'Alexandrie contemporaine, la notion même de cosmopolitisme, son origine, son développement, ses rapports avec la question de l'identité et de l'appartenance.


Une tradition ancienne

Les différentes communications se sont partagées en quatre ensembles. Un premier ensemble a regroupé les intervenants qui ont détaillé le cosmopolitisme de l'Alexandrie antique des Ptolémées à l'Alexandrie ottomane. Un second ensemble a fait place au témoignage des écrivains et des artistes qui ont célébré Alexandrie. Ainsi, Al-Kharrat a évoqué son Alexandrie, « la Cité de safran », tandis qu'Abdel-Méguid a analysé le phénomène de l'alexandrinisme dans la vie et la littérature. D'autres ont commenté les Alexandries plurielles de Jacques Hassoun, l’expérience de Durrel ou encore le cosmopolitisme tel que recréé ou réinterprété par des écrivains alexandrins contemporains. L'écrivain et journaliste du Monde Robert Solé, dans un dialogue animé avec Georges Moustaki, au cours de la deuxième journée, ont échangé leurs souvenirs respectifs sur le cosmopolitisme alexandrin, tandis que lors de la troisième journée, Youssef Chahine a expliqué la signification du titre de son 4e film sur Alexandrie (Alexandrie-New York), séance qui fut précédée de la présentation d'extraits commentés de ses films évoquant l'Alexandrie cosmopolite.


Recueillir la mémoire

Un troisième ensemble a été consacré à la présentation par les chercheurs du centre AlexMed des projets en cours et de quelques-uns de leurs résultats, projets concernant le recueil de la mémoire orale et des pratiques culturelles d’Alexandrins égyptiens ou des membres des communautés étrangères et de la diaspora alexandrine, ou encore l'étude de la problématique de l'identité à travers des textes et des documents écrits, ou enfin de l'identité cosmopolite d'Alexandrie à travers leurs traces dans l'architecture de la ville de naguère et d'aujourd'hui. Enfin, un quatrième ensemble de communication a étudié les facettes de cent ans de cosmopolitisme alexandrin, de 1850 à 1950, son origine qui remonte à Mohamad Ali, les conditions politiques, économiques et culturelles ayant présidé à son développement, le rôle et les accomplissements de communautés étrangères, notamment la plus importante d'entre elles, la communauté grecque, le fonctionnement du cosmopolitisme alexandrin, les institutions médiatrices, les témoignages et les archives qui en conservent la spécificité. Un modèle explicatif de l'esprit cosmopolite des communautés étrangères parmi les plus efficaces et les plus dynamiques demeure celui proposé par Ilios Yanakakis qui fut cité par plusieurs intervenants. Les communautés procuraient à la fois sécurité et promotion sociale à leurs membres, et ouverture à l'autre selon l'exemple de leaders respectifs et des mécènes pendant que le lien indispensable entre toutes ces communautés, la lingua franca unissant les Alexandrins, était la langue française. La guerre et la montée des nationalismes devaient mettre fin à cette variante du cosmopolitisme alexandrin. Il faut noter dans le cadre de ce dernier ensemble de communications la création, depuis plusieurs années déjà, de l'AAHA (Association des Alexandrins d'Hier et d'Aujourd'hui) par Sandro Manzoni qui réunit, par le biais de bulletins de publications et d'un site Internet, les Alexandrins disséminés à travers quatre continents et dont la devise est : « Dispersés mais unis, unis mais divers ». C'est en quelque sorte le modèle du cosmopolitisme alexandrin qui se perpétue de cette façon virtuelle à travers le temps et l'espace.

Une table ronde, à la fin des travaux, animée par le Dr Awad, réunissait des représentants de la Banque mondiale, du comité de la Bibliotheca Alexandrina et de certains intervenants du colloque. Elle avait la charge de faire le point et d’examiner les manières dont AexMed, en interaction avec la Bibliotheca, peut promouvoir sa mission dans les domaines de la recherche et du développement en même temps qu'orienter une nouvelle incarnation du cosmopolitisme, de la tolérance et du dialogue des cultures dans l'Alexandrie contemporaine.

Georges Moustaki et ses musiciens clôturèrent triomphalement ces trois jours par le concert donné dans la salle des spectacles. Concert qui fut l'émouvante et poétique synthèse du cosmopolitisme alexandrin avec ce bouquet de belles chansons dans les diverses langues parlées à Alexandrie.

Gisèle Boulad
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