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Revue . La Pensée de midi, « revue littéraire et de débats d'idées », consacre le dossier de son n°12 aux littératures d'Egypte(s). Elle sera le sujet d'un débat organisé au Centre Français de Culture et de Coopération (CFCC) de Mounira, le 26 mai.

Salutaire parti pris

La Pensée de midi est une revue du parti pris, et d'abord du parti pris politique. « Revue littéraire et de débats d'idées », elle ne s'impose pas cette illusoire neutralité que l'on retrouve souvent dans le domaine de la littérature, ni ne s'interdit de mener la réflexion dans le domaine de la politique. Car « le souci du monde est une urgence face aux tentations de repli et aux risques de démission collective », observe ainsi l'ouverture du n°7, consacré à la question « la politique a-t-elle encore un sens ? ».

Pour désamorcer les tentations de repli, il faut une bonne connaissance de l'autre, réelle et non basée sur des clichés, à l'image de ceux produits par l'école orientaliste, clichés qui ont, en ce qui concerne les Arabes et l'islam, rarement atteint la violence et l'aveuglement qu'on leur connaît aujourd'hui. « L'islam, voilà l'ennemi ! Ce slogan est en train de rallier de nombreux suffrages en France et en Europe, et il devient insensiblement une forme de lieu commun dans l'intelligentsia qui n'hésite plus à propager ces mots/maux ». Thierry Fabre, dans son éditorial, complète son constat en citant les cas de Houellebecq et d'Oriana Fallaci, rendus célèbres par leurs propos haineux contre l'islam.

Cette meilleure connaissance de l'autre est l'objet du dossier sur les littératures égyptiennes : « Après Naguib Mahfouz, père fécond entre tous, plusieurs générations d'écrivains ont vu le jour sur les bords du Nil, composant un paysage littéraire très riche et divers. Qu'en connaît-on, sur l'autre rive de la Méditerranée ? Un peu plus aujourd'hui qu'il y a dix ou vingt ans, mais si peu encore … », expliquent ainsi Stéphanie Dujols et Richard Jacquemond dans leur introduction. Le dossier comprend des extraits de romans parus « entre 1997 et 2003 », dont les auteurs, « à une exception près (…) n'ont jamais été traduits en français ». Les lieux y prennent une importance particulière, non seulement à travers une interview avec Alaa Khaled, animateur de la revue Amkinah (Lieux) paraissant à Alexandrie, mais aussi à travers les textes de la première partie du dossier, intitulée « Le Caire traversé ». Alaa Assouani conte ainsi le devenir de L'Immeuble Yacoubian (cinq éditions) en plein centre-ville. Khaïri Chalabi, auteur de la génération des années soixante, explore le même quartier, mais parce qu'on n'est plus dans la même rue on a déjà changé d'univers et on atterrit dans les fumeries de haschisch de la rue Maarouf. Hamdi Abou-Golayel (Petits voleurs à la retraite), et Ibrahim Aslan, appartenant à deux générations différentes, décrivent deux périphéries de la capitale, respectivement Manchiyet Nasser à Hélouan et Imbaba. Les trois textes très forts de la partie « Parcours initiatiques » racontent des expériences de vie vécues dans le passé, plus ou moins bien digérées, parfois même honnies — celle des cercles de jeunes intellos fauchés et désabusés qu’Imane Marcel décrit sans concessions, celle des hallucinations de la drogue dans la banlieue de Maadi que Yasser Abdel-Latif dépeint dans Les Lois de l'hérédité, et enfin celle de l'engagement politique accompagné d'un écœurant sentiment d'impuissance qu'expérimente la narratrice de Trois valises pour partir, de Mona Prince, à l'époque de la guerre du Golfe. Plus intime encore, « Espaces intérieurs » propose également trois textes, celui de Mansoura Ezzeddine, Somaya Ramadan et Moustapha Zékri, « où surgissent la douleur, l'étrange ou le fantastique ».

Pas de Naguib Mahfouz donc, ni de Taha Hussein ou de Youssef Idriss dans ce dossier. C'est un parti pris, les coordinateurs de ce dossier ne s'en défendent pas. Sans viser à l'exhaustivité, ce parti pris réussit à donner une image riche et diversifiée de la production littéraire actuelle en Egypte, en faisant appel aux apports de plusieurs générations d'écrivains — même si les jeunes ont la part du lion —, d'hommes et de femmes (quatre femmes sur dix auteurs, ce n'est pas mal) appartenant à des couches sociales aisées ou non, citadins ou campagnards, bref de tous horizons.

Si ce dossier réussit à faire dépasser à quelques lecteurs non avertis le « stade Mahfouz », il aura gagné son pari. Celui d'un échange culturel au plus près de la réalité. Car, s'il est vrai qu'on n'abolit jamais les prismes de lectures ni les partis pris, certains sont plus salutaires que d'autres. Ceux de La Pensée de midi sont de ceux là.

Dina Heshmat
 

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