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Palestine . Les Etats-Unis tentent de redorer leur blason dans le monde arabe en reprenant les contacts avec l'Autorité palestinienne, alors que les destructions israéliennes de maisons à Rafah suscitent l'indignation internationale.
Washington reprend langue
avec les Palestiniens

Alors que l'Administration américaine s'était montrée jusqu'à présent très critique envers l'Autorité palestinienne et particulièrement son président Yasser Arafat, Washington semble avoir changé de position. Rencontrant des difficultés croissantes en Iraq, éclaboussés par le scandale des sévices infligés aux détenus iraqiens qui lui ont valu des critiques acerbes dans le monde arabe, les Etats-Unis cherchent à redorer leur blason en tentant de calmer les inquiétudes arabes sur leur engagement quant à une solution équitable de la question palestinienne. C'est ainsi que les responsables américains ont tenu cette semaine deux rencontres de haut niveau pour « élargir le dialogue avec les Palestiniens ».

Le premier ministre palestinien, Ahmad Qorei, et la conseillère du président américain pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, se sont rencontrés lundi à Berlin. Mme Rice a assuré à M. Qorei que le conflit israélo-palestinien devrait être résolu dans le cadre de négociations sur le statut final des territoires palestiniens entre toutes les parties. Elle a demandé au responsable palestinien de saisir la chance que constitue la proposition israélienne de se retirer de la bande de Gaza. « Nous croyons vraiment qu'il n'y a rien de faux dans des démarches unilatérales qui vont dans la bonne direction », a-t-elle déclaré.

Selon un haut responsable américain, Mme Rice a insisté sur la nécessité de la mise en place de forces de sécurité, en préalable à un retrait israélien de Gaza. « Avant qu'il y ait un retrait, il doit y avoir des forces de sécurité », a-t-il souligné, ajoutant : « L'une des tâches-clés pour elles sera de restaurer la loi et l'ordre à Gaza d'ici à un retrait israélien ».

Pour sa part, le négociateur palestinien Saëb Eraqat, présent à Berlin, a souligné que M. Qorei avait appelé à « une reprise immédiate des négociations sur le statut final ». Il a redit à Mme Rice que le retrait israélien de Gaza « devrait intervenir dans le cadre de la Feuille de route et non en lieu et place de celle-ci », a précisé M. Eraqat. Il a également plaidé pour qu'il y ait un « contact géographique » entre la bande de Gaza et la Cisjordanie, essentiellement sous la forme d'une liaison terrestre.

Les Palestiniens ont suggéré que le président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, serait en mesure de jouer un rôle plus constructif s'il était libre de ses mouvements, mais « Mme Rice a dit que les Etats-Unis n'avaient pas fait cette expérience », a-t-on précisé de même source.

Dans un entretien télévisé dimanche soir à Berlin, Mme Rice a réfuté les accusations de blocage du processus de paix après le soutien du président américain George W. Bush au plan d'évacuation de la bande de Gaza décidé par le premier ministre israélien Ariel Sharon, et affirmé que Washington était « prêt à être un partenaire de la population palestinienne pour la création de son Etat ».

Deux jours avant la rencontre Qorei-Rice, le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, s'était aussi entretenu, samedi à Amman, avec le premier ministre palestinien. Cette rencontre est la première entre M. Powell et M. Qorei depuis la nomination de ce dernier au poste de premier ministre à l'automne 2003.

M. Powell a réaffirmé à son interlocuteur que le président Bush n'avait pas changé d'avis sur la perspective d'un Etat palestinien indépendant. A l'issue de leur rencontre, le premier ministre palestinien a déclaré : « nous avons affirmé à M. Powell que d'ici à 2005, il y avait suffisamment de temps pour organiser des négociations sérieuses et crédibles pour atteindre l'objectif » de la création d'un Etat palestinien indépendant. M. Qorei s'est par ailleurs dit ouvert à une éventuelle démarche américaine qui pourrait « donner de l'élan au processus de paix », sans plus de précision.


« Catastrophe humaine » à Rafah

Lors de sa rencontre avec Mme Rice, M. Qorei a exhorté les Etats-Unis de faire pression sur Israël pour empêcher la destruction planifiée de centaines de maisons à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. L'armée israélienne avait reçu l'ordre du premier ministre Ariel Sharon pour détruire des centaines de maisons à Rafah et son camp de réfugiés densément peuplé afin « d'élargir » le corridor qui sépare la bande de Gaza de la frontière égyptienne. Dimanche, la Cour suprême a de son côté donné le feu vert à l'armée pour continuer à détruire des maisons de Palestiniens à Rafah. La Cour suprême a rejeté les appels présentés contre ces destructions, alors que plus de 1 000 Palestiniens se sont déjà retrouvés à la rue dans ce secteur après la démolition de 88 habitations ces derniers jours, selon les chiffres de l'Agence des Nations-Unies pour l'aide aux réfugiés palestiniens (Unrwa). Selon la radio publique, le chef d'état-major le général Moshé Yaalon a indiqué dimanche au cours du Conseil des ministre que « plusieurs centaines de maisons » destinées à être démolies ont d'ores et déjà été sélectionnées.

Réagissant à ces démolitions, le dirigeant palestinien, Yasser Arafat, a dénoncé cette « cruelle agression contre notre peuple », tandis que le bureau de son premier ministre, Ahmad Qorei, a assimilé les démolitions à un « nettoyage ethnique ». Le chef de la sécurité préventive à Gaza, Rachid Abou-Chbak, a affirmé de son côté qu'il « s'agit d'une catastrophe humanitaire et d'un crime de guerre ». Selon le principal conseiller de M. Arafat, Nabil Abou-Roudeina, le projet israélien « confirme que le retrait évoqué de Gaza n'est qu'un mensonge ».

Ces destructions n'ont pas manqué de susciter l'ire de la communauté internationale. Le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, l'Union européenne et l'Onu ont critiqué ces destructions. « Nous ne pensons pas que cela soit productif », a affirmé M. Powell dimanche. Un responsable de l'Unrwa à Gaza, Paul McCann, a dénoncé vendredi comme une « catastrophe humaine » la politique israélienne de destruction de maisons à Rafah. « Il est impossible de croire que chacune de ces maisons abrite des activistes ou cache l'entrée d'un tunnel » de contrebande d'armes, a-t-il dit.

Ces protestations n'ont pas empêché l'armée israélienne de mener lundi matin une importante incursion à Rafah avec des chars, des bulldozers et des hélicoptères qui ont ouvert le feu, ont indiqué des responsables des services de sécurité palestiniens. Selon la radio militaire israélienne, l'armée a déployé d'importants renforts dans le sud de la bande de Gaza pour isoler Rafah située près de la frontière égyptienne en vue de préparer une « opération de grande envergure » dans cette localité. Cette opération vise à empêcher le transfert d'armes et d'activistes palestiniens vers Rafah où l'armée compte lancer des opérations de recherches en vue d'arrêter des Palestiniens recherchés et de détruire des tunnels servant à la contrebande d'armes en provenance d'Egypte.

Rania Adel
Après le mur,
la tranchée

S'ajoutant à l'impressionnant arsenal d'ouvrages défensifs de l'Etat hébreu, dont le plus célèbre est la barrière en cours de construction en Cisjordanie, l'armée israélienne envisage de construire un canal à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Selon les révélations de la presse israélienne, il s'agirait ni plus ni moins de creuser une énorme tranchée de 20 m de profondeur et de 60 à 80 m de large le long de l'axe dit de Philadelphie, un couloir que contrôle Israël le long de la frontière israélo-égyptienne, à l'extrême sud de la bande de Gaza. Cet axe sépare le côté égyptien du coté palestinien de la ville de Rafah, qui est à cheval sur la frontière. Objectif : rendre impossible le creusement par les Palestiniens de tunnels de contrebande d'armes et d'explosifs reliant l'Egypte au sud de la bande de Gaza.

Le 12 mai, cinq militaires israéliens d'une unité engagée dans le repérage et la destruction de ces tunnels avaient été pulvérisés par l'explosion des explosifs qui se trouvaient dans leur transport de troupes blindé après que celui-ci eut été touché par une roquette antichar.

Ce projet de canal est alors sorti des cartons de l'armée et enflamme depuis les esprits. Croquis détaillés et commentaires abondent dans les médias. L'armée et le ministère israélien de la Défense sont toutefois bouche cousue. Comme il est impossible de déplacer la frontière pour élargir l'axe de patrouille où doit être creusée la tranchée, l'armée projette de raser des centaines de maisons à Rafah. Ce que dénoncent les Palestiniens et la communauté internationale comme étant une « catastrophe humaine ». Selon un schéma publié lundi par le quotidien Haaretz, la tranchée doit être creusée sur près de 15 km de long, du littoral méditerranéen jusqu'à hauteur du kibboutz de Kerem Shalom (sud d'Israël), le long de la frontière avec l'Egypte. Elle devrait être ensuite remplie d'eau de mer. Par la suite, le passage ne pourrait plus se faire qu'au moyen de ponts. La présence de la masse d'eau de mer créerait sur le sous-sol devenu humide une formidable pression qui menacerait d'effondrement tout tunnel creusé en dessous de cette douve.

Côté palestinien, à bonne distance de l'ouvrage, courrait un « mur de protection » qui parachèverait l'ensemble. Le coup d'envoi des travaux devrait être donné dans les prochains mois.

La barrière de séparation controversée de quelque 700 km de long dont Israël poursuit actuellement la construction en Cisjordanie devrait, pour sa part, être achevée d'ici à 2005. D'un coût total estimé à 3,4 milliards de dollars, elle est dénoncée par les Palestiniens comme un « mur de l'apartheid ». Il s'agit d'un vaste ensemble d'ouvrages défensifs d'une largeur pouvant atteindre plusieurs dizaines de mètres, comprenant une clôture de sécurité munie d'un dispositif électronique capable de détecter toute infiltration, des pistes de patrouille, des fossés antichar et, par endroits, une muraille de béton de huit mètres de haut.

Paradoxalement, ces ouvrages défensifs sont conçus par le gouvernement d'Ariel Sharon, un ancien général pour lequel l'attaque a toujours constitué la meilleure défense.

 

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