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Investissement . Mohamad Al-Ghamrawi, président de l'Organisme de l'investissement, répond aux critiques sur le faible niveau des investissements et estime que l'Egypte est un pays attractif.
« Dans six mois, nous aurons assaini
le climat de l'investissement 
»
Al-Ahram Hebdo : Pourquoi insistez-vous à qualifier le climat de l'investissement en Egypte de satisfaisant, malgré le maigre montant dont l'Egypte a reçu en 2003 ?
Mohamad Al-Ghamrawi : Tout d'abord, nous jouissons d'un bon niveau d'investissement. L'année dernière, l'Egypte a reçu 3,8 milliards de dollars, si l'on tient compte du secteur du pétrole et de l'industrie pétrochimique, ce qui est déjà pas mal. Les entreprises qui opèrent en Egypte ont bénéficié d'une augmentation de 150 % de leurs capitaux, ce qui prouve que les investisseurs sont satisfaits du climat de l'investissement. Certes, le niveau est inférieur à ce que nous espérons, mais la cause en est l'instabilité dans notre région. Dans les autres régions du monde, il peut y avoir des tensions, comme celle en Corée du Nord, mais qui restent sous contrôle. Mais pas un conflit, voire une guerre comme c'est le cas en Palestine ou en Iraq.

— Précisément, qu'est-ce qui rend le climat en Egypte attrayant ?

— Durant les quelques dernières années, plusieurs lois ont été promulguées, visant toutes à améliorer le climat de l'investissement. Je peux en citer la loi sur les droits de propriété intellectuelle, sur le travail, sur les exportations, ainsi que la décision de libérer le marché de change. Je veux bien aussi souligner le rôle du comité du règlement des disputes. Il s'occupe de résoudre les différends entre les investisseurs et les institutions gouvernementales. Ce comité, créé il y a deux ans, a réussi à régler 70-80 % des 250 plaintes qui lui ont été présentées. Il est présidé par le vice-premier ministre, et composé des ministres concernés et moi-même. Et ses décisions, approuvées par le Conseil des ministres, sont très puissantes.

— Le Parlement a récemment approuvé une nouvelle loi sur l'investissement, accordant à l'Organisme de l'investissement la responsabilité d'obtenir, à la place de l'investisseur, une trentaine d'approbations auprès des différentes institutions publiques et ministères. Plusieurs trouvent cette mission au-delà de vos capacités ...

— Selon la nouvelle loi, la création d'une firme passe par trois étapes. La première est l'approbation juridique, la deuxième est l'obtention dans un seul mois d'une approbation temporaire qui lui permet d'installer son usine ou sa firme. Et dernièrement, il déléguera l'Organisme pour lui obtenir les approbations des dizaines d'institutions publiques. Surtout que l'Organisme regroupera des représentants de 21 institutions gouvernementales et ministères.

— Mais comment peut-on se fier à une approbation temporaire que les autorités peuvent annuler un peu plus tard ?

— Cette approbation est valide devant les tribunaux et ne peut être annulée. L'investisseur devra en revanche s'engager qu'il respectera les lois de construction, de l'environnement, et ainsi de suite, ce qui lui épargnera les problèmes courants. Il obtiendra son permis permanent après avoir commencé à opérer, pour s'assurer qu'il a respecté ses engagements.

— Cette dernière loi sur l'investissement vient s'ajouter à une panoplie de lois déjà existantes, qui réglementent l'investissement. N'est-ce pas bizarre d'avoir une dizaine de lois sur le même thème ? Cette situation peut-elle perdurer ?

— Cette situation ne va pas durer longtemps. Un comité conjoint a été récemment formé des ministères de la Justice, du Développement administratif et de l'Organisme de l'investissement, afin de régler ce problème. Son objectif est de revoir toutes ces lois afin de simplifier les règles et les procédures bureaucratiques prévues par toutes ces lois. Je prévois qu'il terminerait sa mission dans un délai de six mois.

— L'Organisme est aussi responsable des zones franches destinées à l'investissement. Ces zones, qui bénéficient d'énormes exemptions fiscales et une exonération douanière totale, n'ont pas réussi à attirer beaucoup d'investissements. Pourquoi ?

— J'aimerais plutôt regarder le nombre de projets qui augmentent constamment ainsi que le chiffre des exportations. En 2000, les exportations des zones franches ont été de 1,3 milliard de dollars. Elles sont passées à 1,8, puis à 2,5 milliards en 2001 et 2002. Elles ont ensuite légèrement baissé en 2003.

— Mais des rapports économiques ont indiqué que les importations des zones franches dépassent désormais leurs exportations. De même, les exportations sont bien inférieures à ce que vous mentionnez. Par exemple, en 2002, les zones franches ont exporté l'équivalent de 0,43 million de dollars seulement, contre 1,4 milliard d'importations ...

— Les chiffres que vous avancez sont ceux des transactions avec le monde extérieur. Or, ce que je vous donne sont des chiffres qui incluent les transactions des zones franches avec le territoire égyptien, puisque les zones franches ne sont pas considérées comme faisant partie du territoire égyptien. Et là, les chiffres des « exportations » dépassent ceux des importations. En 2003, les zones franches ont « exporté » à l'Egypte des biens d'un montant équivalent à 1,6 milliard de dollars, économisant ainsi au pays des dépenses en devises fortes. Ces biens sont des substituts à des produits qui auraient pu être importés à des prix beaucoup plus chers. Par exemple, en 2003, le gouvernement avait demandé aux producteurs des engrais dans les zones franches de ne pas exporter leur production hors du pays, car il y avait une crise d'offre ardue. Et donc, ils ont dû écouler leur production à l'intérieur du pays. Mais c'est quand même considéré comme des exportations.

— Les lois sur l'investissement en Egypte accordent des exemptions fiscales à certains secteurs d'investissement. Il en résulte que, dans certaines régions, les investisseurs préfèrent mettre leur argent dans des projets à faible risque dans la banlieue du Caire au lieu d'investir au sud du pays, région privée de capitaux et d'emplois ... Qu'en pensez-vous ?

— Les investisseurs au sud ont des exemptions fiscales de 20 ans, contre 10 % seulement au nord du pays. Mais nous n'avons qu'à donner des conseils aux investisseurs. Je me souviens qu'une fois un investisseur s'est adressé à notre organisme pour construire une usine d'assemblage d'automobiles. Son argent était prêt. Nos conseillers lui ont vain expliqué qu'il existe déjà 14 usines dans ce secteur et qu'il lui serait plus rentable de louer une ou deux lignes de production chez ces usines.

— Cet exemple rappelle le débat actuel sur les exemptions fiscales. Beaucoup d'économistes ont prouvé que ces exemptions seules ne suffisent pas pour attirer davantage de capitaux. Qu'en pensez-vous ?

— Je suis complètement contre ce que ces économistes enseignent. Mon expérience, en tant que président de l'Organisme, m'a prouvé que les exemptions comptent pour les investisseurs. Il y a trois ans, la firme Intel, travaillant dans le secteur de la haute technologie, voulait s'installer dans la région. Ses responsables comparaient entre trois pays, dont l'Egypte. Finalement, ils ont choisi le pays qui a alloué à la firme un don d'installation à hauteur de 300 millions de dollars.

— Certains pourtant préfèrent aux exemptions fiscales variées, pour une certaine durée, un taux d'imposition unifié et bas. C'est plus simple à calculer, et cela aide à éviter les fraudes ...

— Oui, certainement, je suis pour un taux d'imposition plus bas que le taux actuel.

— Récemment, des hommes d'affaires, même des membres au Parti National Démocrate (PND, au pouvoir), parlent d'un manque de confiance entre investisseurs et gouvernement, qu'en pensez-vous ?

— Cette discorde n'existe pas. Elle est seulement présente dans les médias, à cause d'une minorité. Si tout le monde, responsables et hommes d'affaires, s'occupe de son travail au lieu de bavarder, cela sera beaucoup mieux.

— Le comité économique du PND a aussi explicitement critiqué la performance du gouvernement …

— Il n'y a aucun doute que les comités des partis ont d'excellentes idées.Mais il faut du temps pour que celles-ci soient exécutées. Les académiciens peuvent donner des conférences sur des sujets économiques, mais l'application des propositions prend du temps. Certes, cette attitude a un côté positif, car elle donne un coup de pouce aux ministères pour qu'ils accélèrent les réformes.

Propos recueillis par
Salma Hussein 

 

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