Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'enquête

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Livres
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Syrie . Les relations entre Damas et Washington évoluent en dents de scie depuis des années. Bien qu'elles soient aujourd'hui très tendues, aucune des parties n'envisage cependant la rupture. Probablement en raison du péril islamiste.
Le dessous des cartes

Peu après l'annonce des sanctions américaines contre la Syrie, accusée de soutenir le terrorisme, le président américain George W. Bush a déclaré qu'elles seraient levées « si Damas coopère ». Pour leur part, les dirigeants syriens n'ont cessé d'affirmer que les sanctions n'empêcheront pas la poursuite du dialogue entre Damas et Washington.

Alors que ces sanctions devraient normalement laisser présager que les relations sont au bord de la rupture, ces prises de positions attestent de la complexité des rapports syro-américains. Ceux-ci sont marqués tout à la fois par l'attirance, le soupçon et la nécessité de coopérer lorsque les intérêts des deux parties y trouvent leur compte. « On a l'impression que l'Administration américaine dit aux Syriens : vous devez coopérer (en Iraq, dans la lutte contre le terrorisme), mais sachez que vous allez être punis », explique un diplomate occidental en poste à Damas, qui a requis l'anonymat. Pour preuve de cette étrange relation, ce même diplomate souligne le fait que Washington a attendu cinq mois pour imposer ces sanctions, votées en décembre dernier, et maintes fois annoncées comme « imminentes ». « Les Américains ont même dépêché un nouvel ambassadeur à Damas, juste après la signature le 16 décembre par Bush de la loi sur les sanctions, connue sous le nom de Syria accountability and Lebanon sovereignty act », ajoute-t-il. « Enfin, poursuit-il, quelle étrange idée d'interdire aux avions syriens de décoller ou d'atterrir aux Etats-Unis, alors qu'il n'existe pas de liaison aérienne entre les deux pays ! ».

De fait, les relations syro-américaines connaissent un curieux parcours depuis des années. Plutôt tièdes, avec des hauts et des bas, elles ont fondamentalement changé lorsque la Syrie s'est ralliée en 1990 aux forces multinationales de la coalition dirigée par les Etats-Unis pour attaquer l'Iraq, après son invasion du Koweït. Ce ralliement a marqué un tournant dans la politique étrangère du défunt président syrien Hafez Al-Assad qui a été récompensé par l'ex-président George Bush. Celui-ci a en effet invité la Syrie, jusque-là adversaire impénitent d'Israël, à participer à la conférence de paix de Madrid en octobre 1991. Conséquence : pour la première fois, la Syrie et Israël s'engageaient vers la fin des années 1990 dans des négociations de paix directes, encouragées par Washington.

Ces pourparlers devaient cependant échouer, lors du sommet de Genève en mars 2000 entre les présidents Assad et Bill Clinton. Se sentant personnellement floué par les Etats-Unis, Hafez Al-Assad a gardé rancune contre les Etats-Unis, accusés de duplicité. Le retour de la méfiance entre les deux pays n'a toutefois pas entaché leur coopération, la Syrie allant jusqu'à offrir ses services aux Etats-Unis à la recherche d'informations sur Al-Qaëda, après les attentats du 11 septembre 2001. Mais le point de quasi-rupture a été atteint l'an dernier avec la guerre en Iraq, à laquelle Damas s'est vivement opposée, s'attirant la colère de Washington qui accuse notamment la Syrie de laisser s'infiltrer en Iraq des groupes armés pour mener des actions contre la coalition, et de ne pas couper ses liens avec le Hezbollah libanais et les islamistes palestiniens du Hamas et du Djihad islamique. Même lorsqu'elles étaient plutôt bonnes dans le passé, les relations entre Damas et Washington n'ont jamais été tout à fait harmonieuses. La Syrie figure depuis 1979 sur la liste des Etats qui soutiennent le terrorisme, et fait l'objet déjà depuis cette date de certaines sanctions économiques qui la privent de l'aide américaine. Pour autant, « les Etats-Unis n'ont pas l'intention d'ouvrir un nouveau front en Syrie », a estimé le précédent ambassadeur des Etats-Unis à Damas, Theodor Katouf, interviewé mercredi sur la télévision satellitaire arabe.


Menaces fondamentalistes

Tout compte fait, Washington ne devrait-il pas tirer les leçons de son intervention en Iraq sachant que ce pays est devenu un lieu de prédilection pour toute sorte de résistance et de mouvement islamiste chiite ou sunnite ? Une déstabilisation de la Syrie ne risque-t-elle pas de renforcer les tendances extrémistes ? Déjà, l'attentat du 27 avril dernier constitue un signal d'alarme selon les analystes. Et c'est bien un groupe « fondamentaliste extrémiste isolé » de six personnes d'origine syrienne qui a organisé l'attentat selon le ministère syrien de l'Intérieur. « L'enquête a montré qu'un groupe fondamentaliste extrémiste isolé composé de quatre personnes avait lancé une attaque contre un ancien bâtiment de l'Onu à Mazzeh », dans l'ouest de la capitale syrienne, lors de laquelle quatre personnes ont été tuées. « Deux autres Syriens ont aidé ce groupe à préparer cette attaque criminelle », a-t-on ajouté de même source. « Les forces de la sécurité intérieure ont fait face à ce groupe. Elles ont arrêté deux criminels, Ahmad Chlache Hassane et Ezzo Hussein Al-Hussein, et tué les deux autres, Aymane Chlache Hassane et Mohammad Hussein Al-Nahar », a poursuivi le responsable qui a requis l'anonymat. Selon lui, l'enquête a montré que « deux autres Syriens, Azzam Al-Nahar et Abdel-Basset Hassida avaient aidé ce groupe à préparer l'attaque criminelle ». « Une passante et un policier ont été tués, et trois personnes ont été blessées dont deux policiers, sur les lieux de l'attaque », a rappelé ce responsable, lequel rajoute que « le même groupe avait incendié le 27 avril le bâtiment de la direction des finances à Quneitra (70 km au sud-ouest de Damas) en y déposant une charge explosive ». Cette attaque « visait à couvrir » le détournement des biens publics commis au sein de cette direction par le fonctionnaire Aymane Hassan Chlache qui avait volé « plus de dix millions de livres syriennes (environ 200 000 US$) », assure le même responsable. Il a affirmé en outre qu'« une importante quantité d'armes et d'explosifs introduits (en Syrie) en contrebande avait été confisquée dans deux caches d'armes », dans le village de Khan Al-Chih, à 25 km au sud de Damas, et à Moadamyah (à 5 km au sud de la capitale). Les auteurs de l'attentat et leurs complices dans « cette opération criminelle » ont été traduits en justice, a poursuivi le responsable qui a annoncé que le ministère de l'Intérieur allait « faire face avec fermeté à tout acte criminel et saboteur visant la sécurité des citoyens et la stabilité et l'union nationale de la Syrie ». Le 3 mai, le groupe du martyr Adib Al-Kilani avait revendiqué l'attentat qui visait, toujours selon le responsable, « à venger les victimes de Hama », la ville bombardée en 1982 par l'armée syrienne pour mater les Frères musulmans. Dans un communiqué, ce groupe jusqu'alors inconnu avait indiqué que l'attaque visait à « tuer des officiers supérieurs et des responsables du régime sectaire qui ont perpétré les massacres les plus horribles contre les habitants et les dignitaires de Hama », à 210 km au nord de la capitale. Les Frères musulmans s'étaient révoltés en 1982 contre le régime du Baas mais ce mouvement avait été impitoyablement réprimé par le président de l'époque, Hafez Al-Assad. Un témoin avait indiqué que le sous-sol inhabité de l'ancien immeuble de l'Onu attaqué à Mazzeh appartenait à l'oncle du président Bachar Al-Assad, Rifaat Al-Assad, en charge des forces de sécurité en 1982. Ce dernier est depuis tombé en disgrâce. Montré en épingle par Damas afin de peaufiner son jeu avec Washington ou revenu sur scène de manière dangereuse, le péril fondamentaliste en Syrie ne devrait-il pas pousser Américains et Syriens à se rapprocher ?

Ahmed Loutfi (avec agences)

Ils ont dit

« Nous avons déjà évoqué nos préoccupations concernant la poursuite du développement d'armes de destruction massive (par la Syrie), son soutien au terrorisme et son incapacité à surveiller sa frontière avec l'Iraq ».
Scott McClellan, porte-parole de la Maison Blanche.

« C'est une nouvelle preuve de la partialité de l'Administration américaine et de sa soumission historique à Israël (...) Ces sanctions montrent l'incapacité de Washington à comprendre la nature de la région. Cette décision américaine est une erreur dans son contenu et dans son timing ».
Le président libanais Emile Lahoud.

« Les sanctions ne sont pas seulement injustes, elles sont contraires à la légitimité internationale ».
Mohamad Sabah Al-Salem Al-Sabah, ministre koweïtien des Affaires étrangères.

« Les menaces et l'imposition de sanctions ne résoudront pas les problèmes, et les différends doivent être résolus par le dialogue».
Ahmad Maher, ministre égyptien des Affaires étrangères .

« Cette décision est très, très grave. Elle s'ajoute aux pas négatifs accomplis par les Etats-Unis et à leur vision négative des rapports arabo-américains, de la Palestine à la Syrie, en passant par l'Iraq. C'est très regrettable ».
Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe.

« La Syrie est véritablement un Etat voyou, et cela est spécifié par sa présence sur la liste des nations terroristes établie par le département d'Etat ».
Ari Fleisher, porte-parole de la Maison Blanche.

« Il y a une longue liste de problèmes que nous souhaitons soulever auprès des Syriens (...) Il est préférable que ces demandes soient présentées par les Etats-Unis. Je crois que les Américains n'ignoreront pas ce que la Syrie a fait. Cela ne veut pas nécessairement dire qu'ils utiliseront la force contre la Syrie ».
Sylvan Shalom, chef de la diplomatie israélienne.

« La région passe par un processus très difficile et je pense qu'il serait mieux de faire des déclarations constructives pour voir si nous pouvons calmer le jeu »,
Javier Solana, haut représentant de l'UE pour la politique étrangère.

« Washington n'a pas, pour le moment, d'autres projets de nouvelles punitions contre Damas, mais d'autres sanctions sont disponibles ».
Colin Powell, secrétaire d'Etat américain.

« L'inefficacité des sanctions économiques est flagrante et les Etats-Unis n'ont d'autre choix que de réviser leurs politiques erronées ».
Hamid Reza Assefi, porte-parole iranien des Affaires étrangères.

« C'est une décision inacceptable et elle ne sert pas la stabilité dans la région (...) La politique des sanctions contre les pays arabes attisera la tension et les sentiments de frustration chez les peuples arabes. Israël et le gouvernement (d'Ariel) Sharon sont les mieux placés pour être sanctionnés en raison de leurs agressions contre le peuple palestinien et leurs violations des conventions et lois internationales ».
Abdel-Rahmane Al-Attiya, secrétaire général du Conseil de Coopération du Golfe (CCG).

« Nous avons des objectifs et des inquiétudes similaires à ceux des Etats-Unis, mais nous entendons poursuivre ceux-ci via une politique d'engagement critique et constructive qui nous permet d'encourager et de soutenir les réformes tout en parlant avec franchise et sans détour des choses qui nous inquiètent ».
Le porte-parole du premier ministre
Tony Blair.
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631