Syrie .
Les relations entre Damas et Washington évoluent en dents
de scie depuis des années. Bien qu'elles soient aujourd'hui
très tendues, aucune des parties n'envisage cependant
la rupture. Probablement en raison du péril islamiste.
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Le
dessous des cartes |
Peu
après l'annonce des sanctions américaines contre la
Syrie, accusée de soutenir le terrorisme, le président
américain George W. Bush a déclaré qu'elles seraient
levées « si Damas coopère ». Pour leur
part, les dirigeants syriens n'ont cessé d'affirmer
que les sanctions n'empêcheront pas la poursuite du
dialogue entre Damas et Washington.
Alors
que ces sanctions devraient normalement laisser présager
que les relations sont au bord de la rupture, ces prises
de positions attestent de la complexité des rapports
syro-américains. Ceux-ci sont marqués tout à la fois
par l'attirance, le soupçon et la nécessité de coopérer
lorsque les intérêts des deux parties y trouvent leur
compte. « On a l'impression que l'Administration
américaine dit aux Syriens : vous devez coopérer
(en Iraq, dans la lutte contre le terrorisme),
mais sachez que vous allez être punis », explique
un diplomate occidental en poste à Damas, qui a requis
l'anonymat. Pour preuve de cette étrange relation, ce
même diplomate souligne le fait que Washington a attendu
cinq mois pour imposer ces sanctions, votées en décembre
dernier, et maintes fois annoncées comme « imminentes ».
« Les Américains ont même dépêché un nouvel
ambassadeur à Damas, juste après la signature le 16
décembre par Bush de la loi sur les sanctions, connue
sous le nom de Syria accountability and Lebanon
sovereignty act », ajoute-t-il. « Enfin,
poursuit-il, quelle étrange idée d'interdire
aux avions syriens de décoller ou d'atterrir aux Etats-Unis,
alors qu'il n'existe pas de liaison aérienne entre les
deux pays ! ».
De
fait, les relations syro-américaines connaissent un
curieux parcours depuis des années. Plutôt tièdes, avec
des hauts et des bas, elles ont fondamentalement changé
lorsque la Syrie s'est ralliée en 1990 aux forces multinationales
de la coalition dirigée par les Etats-Unis pour attaquer
l'Iraq, après son invasion du Koweït. Ce ralliement
a marqué un tournant dans la politique étrangère du
défunt président syrien Hafez Al-Assad qui a été récompensé
par l'ex-président George Bush. Celui-ci a en effet
invité la Syrie, jusque-là adversaire impénitent d'Israël,
à participer à la conférence de paix de Madrid en octobre
1991. Conséquence : pour la première fois, la Syrie
et Israël s'engageaient vers la fin des années 1990
dans des négociations de paix directes, encouragées
par Washington.
Ces
pourparlers devaient cependant échouer, lors du sommet
de Genève en mars 2000 entre les présidents Assad et
Bill Clinton. Se sentant personnellement floué par les
Etats-Unis, Hafez Al-Assad a gardé rancune contre les
Etats-Unis, accusés de duplicité. Le retour de la méfiance
entre les deux pays n'a toutefois pas entaché leur coopération,
la Syrie allant jusqu'à offrir ses services aux Etats-Unis
à la recherche d'informations sur Al-Qaëda, après
les attentats du 11 septembre 2001. Mais le point de
quasi-rupture a été atteint l'an dernier avec la guerre
en Iraq, à laquelle Damas s'est vivement opposée, s'attirant
la colère de Washington qui accuse notamment la Syrie
de laisser s'infiltrer en Iraq des groupes armés pour
mener des actions contre la coalition, et de ne pas
couper ses liens avec le Hezbollah libanais et
les islamistes palestiniens du Hamas et du Djihad
islamique. Même lorsqu'elles étaient plutôt bonnes
dans le passé, les relations entre Damas et Washington
n'ont jamais été tout à fait harmonieuses. La Syrie
figure depuis 1979 sur la liste des Etats qui soutiennent
le terrorisme, et fait l'objet déjà depuis cette date
de certaines sanctions économiques qui la privent de
l'aide américaine. Pour autant, « les Etats-Unis
n'ont pas l'intention d'ouvrir un nouveau front en Syrie »,
a estimé le précédent ambassadeur des Etats-Unis à Damas,
Theodor Katouf, interviewé mercredi sur la télévision
satellitaire arabe.
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Menaces
fondamentalistes
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Tout
compte fait, Washington ne devrait-il pas tirer les leçons
de son intervention en Iraq sachant que ce pays est devenu
un lieu de prédilection pour toute sorte de résistance
et de mouvement islamiste chiite ou sunnite ? Une
déstabilisation de la Syrie ne risque-t-elle pas de renforcer
les tendances extrémistes ? Déjà, l'attentat du 27
avril dernier constitue un signal d'alarme selon les analystes.
Et c'est bien un groupe « fondamentaliste extrémiste
isolé » de six personnes d'origine syrienne qui
a organisé l'attentat selon le ministère syrien de l'Intérieur.
« L'enquête a montré qu'un groupe fondamentaliste
extrémiste isolé composé de quatre personnes avait lancé
une attaque contre un ancien bâtiment de l'Onu à Mazzeh »,
dans l'ouest de la capitale syrienne, lors de laquelle
quatre personnes ont été tuées. « Deux autres
Syriens ont aidé ce groupe à préparer cette attaque criminelle »,
a-t-on ajouté de même source. « Les forces de
la sécurité intérieure ont fait face à ce groupe. Elles
ont arrêté deux criminels, Ahmad Chlache Hassane et Ezzo
Hussein Al-Hussein, et tué les deux autres, Aymane Chlache
Hassane et Mohammad Hussein Al-Nahar », a poursuivi
le responsable qui a requis l'anonymat. Selon lui, l'enquête
a montré que « deux autres Syriens, Azzam Al-Nahar
et Abdel-Basset Hassida avaient aidé ce groupe à préparer
l'attaque criminelle ». « Une passante
et un policier ont été tués, et trois personnes ont été
blessées dont deux policiers, sur les lieux de l'attaque »,
a rappelé ce responsable, lequel rajoute que « le
même groupe avait incendié le 27 avril le bâtiment de
la direction des finances à Quneitra (70 km au sud-ouest
de Damas) en y déposant une charge explosive ».
Cette attaque « visait à couvrir » le
détournement des biens publics commis au sein de cette
direction par le fonctionnaire Aymane Hassan Chlache qui
avait volé « plus de dix millions de livres syriennes
(environ 200 000 US$) », assure le même
responsable. Il a affirmé en outre qu'« une importante
quantité d'armes et d'explosifs introduits (en Syrie)
en contrebande avait été confisquée dans deux caches d'armes »,
dans le village de Khan Al-Chih, à 25 km au sud de Damas,
et à Moadamyah (à 5 km au sud de la capitale). Les auteurs
de l'attentat et leurs complices dans « cette
opération criminelle » ont été traduits en justice,
a poursuivi le responsable qui a annoncé que le ministère
de l'Intérieur allait « faire face avec fermeté
à tout acte criminel et saboteur visant la sécurité des
citoyens et la stabilité et l'union nationale de la Syrie ».
Le 3 mai, le groupe du martyr Adib Al-Kilani avait revendiqué
l'attentat qui visait, toujours selon le responsable,
« à venger les victimes de Hama », la
ville bombardée en 1982 par l'armée syrienne pour mater
les Frères musulmans. Dans un communiqué, ce groupe jusqu'alors
inconnu avait indiqué que l'attaque visait à « tuer
des officiers supérieurs et des responsables du régime
sectaire qui ont perpétré les massacres les plus horribles
contre les habitants et les dignitaires de Hama »,
à 210 km au nord de la capitale. Les Frères musulmans
s'étaient révoltés en 1982 contre le régime du Baas
mais ce mouvement avait été impitoyablement réprimé par
le président de l'époque, Hafez Al-Assad. Un témoin avait
indiqué que le sous-sol inhabité de l'ancien immeuble
de l'Onu attaqué à Mazzeh appartenait à l'oncle du président
Bachar Al-Assad, Rifaat Al-Assad, en charge des forces
de sécurité en 1982. Ce dernier est depuis tombé en disgrâce.
Montré en épingle par Damas afin de peaufiner son jeu
avec Washington ou revenu sur scène de manière dangereuse,
le péril fondamentaliste en Syrie ne devrait-il pas pousser
Américains et Syriens à se rapprocher ?
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Ahmed
Loutfi (avec agences) |
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| « Nous
avons déjà évoqué nos préoccupations concernant la poursuite
du développement d'armes de destruction massive (par
la Syrie), son soutien au terrorisme et son incapacité
à surveiller sa frontière avec l'Iraq ». |
Scott
McClellan, porte-parole de la Maison Blanche. |
« C'est
une nouvelle preuve de la partialité de l'Administration
américaine et de sa soumission historique à Israël (...)
Ces sanctions montrent l'incapacité de Washington à comprendre
la nature de la région. Cette décision américaine est une
erreur dans son contenu et dans son timing ». |
Le
président libanais Emile Lahoud. |
« Les
sanctions ne sont pas seulement injustes, elles sont contraires
à la légitimité internationale ». |
| Mohamad
Sabah Al-Salem Al-Sabah, ministre koweïtien des Affaires
étrangères.
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« Les
menaces et l'imposition de sanctions ne résoudront pas les
problèmes, et les différends doivent être résolus par le
dialogue». |
Ahmad
Maher, ministre égyptien des Affaires étrangères . |
« Cette
décision est très, très grave. Elle s'ajoute aux pas négatifs
accomplis par les Etats-Unis et à leur vision négative des
rapports arabo-américains, de la Palestine à la Syrie, en
passant par l'Iraq. C'est très regrettable ».
|
Amr
Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe. |
« La
Syrie est véritablement un Etat voyou, et cela est spécifié
par sa présence sur la liste des nations terroristes établie
par le département d'Etat ». |
Ari
Fleisher, porte-parole de la Maison Blanche. |
« Il
y a une longue liste de problèmes que nous souhaitons soulever
auprès des Syriens (...) Il est préférable que ces demandes
soient présentées par les Etats-Unis. Je crois que
les Américains n'ignoreront pas ce que la Syrie a fait.
Cela ne veut pas nécessairement dire qu'ils utiliseront
la force contre la Syrie ». |
Sylvan
Shalom, chef de la diplomatie israélienne. |
« La région passe par un processus très difficile
et je pense qu'il serait mieux de faire des déclarations
constructives pour voir si nous pouvons calmer le jeu », |
Javier
Solana, haut représentant de l'UE pour la politique étrangère. |
« Washington n'a pas, pour le moment, d'autres projets
de nouvelles punitions contre Damas, mais d'autres sanctions
sont disponibles ». |
Colin
Powell, secrétaire d'Etat américain. |
« L'inefficacité
des sanctions économiques est flagrante et les Etats-Unis
n'ont d'autre choix que de réviser leurs politiques erronées ». |
Hamid
Reza Assefi, porte-parole iranien des Affaires étrangères. |
« C'est une décision inacceptable et elle ne sert
pas la stabilité dans la région (...) La politique des sanctions
contre les pays arabes attisera la tension et les sentiments
de frustration chez les peuples arabes. Israël et
le gouvernement (d'Ariel) Sharon sont les mieux placés
pour être sanctionnés en raison de leurs agressions contre
le peuple palestinien et leurs violations des conventions
et lois internationales ». |
Abdel-Rahmane
Al-Attiya, secrétaire général du Conseil de Coopération
du Golfe (CCG). |
« Nous avons des objectifs et des inquiétudes similaires
à ceux des Etats-Unis, mais nous entendons poursuivre ceux-ci
via une politique d'engagement critique et constructive
qui nous permet d'encourager et de soutenir les réformes
tout en parlant avec franchise et sans détour des choses
qui nous inquiètent ». |
Le
porte-parole du premier ministre
Tony Blair. |
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