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Sociétés islamiques d'investissement . 40 % des sommes placées dans ces sociétés sont remboursées aux dépositaires victimes de la faillite de ces dernières. Après environ 15 ans d'attente et de déception, des milliers de personnes se précipitent dans les banques nationales. Les joies se mêlent aux larmes, et pour cause. Reportage.
La joie mêlée d'amertume des épargnants

C'est l'état d’urgence dans les banques nationales ! Une file interminable de personnes attend depuis 7h devant les différentes filiales de la banque Al-Ahli et de la Banque Misr. Ce sont les épargnants victimes de la faillite de plusieurs sociétés islamiques de placement de fonds, fin des années 1980. Ils comptent récupérer une partie de leur argent perdu après la décision du procureur général de leur rendre 40 % de leurs placements. Les longues années d'attente les ont tellement marqués qu'ils ne font plus confiance à personne. Avec les années, leur capital a perdu de sa valeur. Le regard anxieux, les uns s'appuient sur un mur, les plus âgés, trop fatigués, se sont accroupis et font un brin de causette pour passer le temps. « Hamdou lillah (Dieu soit loué), il est préférable de récupérer un petit rien que rien du tout », dit l'un. « J'ai déposé 250 000 L.E. à Al-Rayyane et Al-Chérif. Une somme que j'ai réussi à économiser durant mes 20 ans de travail dans un pays du Golfe. Un an après avoir déposé mon argent, je suis rentré en Egypte. Quelque temps plus tard, j'apprenais que les deux sociétés où j'avais placé mon argent avaient fait faillite », répond amèrement Nour Al-Qoussi, un épargnant à qui on a remboursé 10 % seulement de la somme, et pas en argent liquide mais sous forme d'articles ménagers ou de meubles. C'était la seule solution qu'avait trouvée le gouvernement pour rembourser ces malheureux. Mais pour les épargnants, ce n'était pas du tout rentable puisque les prix des articles obtenus ont été gonflés. « Une véritable escroquerie. Par exemple, si une machine à laver coûtait sur le marché 1 200 L.E., son prix était multiplié par deux. J'ai été obligé de prendre deux réfrigérateurs et trois machines à laver alors que je n'en avais pas besoin. Je savais que les prix étaient exagéré, mais je voulais en finir ou plutôt récupérer une partie de mon argent », poursuit-il.

Il a été — comme des milliers d'autres — dupé par ces sociétés qui ont réussi à attirer un grand nombre d'épargnants en proposant un taux d'intérêt nettement plus avantageux que celui offert par toutes les banques. Et le rêve du grand profit s'est transformé en cauchemar. En 1988, ces sociétés ont fait faillite et les responsables ont annoncé que l'argent des épargnants serait gelé. Du moins, le temps de trouver une solution (voir encadré). Cependant, 16 ans se sont écoulés et le problème n'est pas encore résolu. Pourtant, le gouvernement d’Atef Ebeid a promis d'en finir en 2005. En fait, selon les déclarations du procureur général, 40 % de l'argent déposé sera remboursé dans les mois qui suivent. Une solution qui a un peu tranquillisé les épargnants, mais tous ignorent si d'ici 2005, ils auront récupéré tout leur argent. De plus, ce taux n'est pas le même pour tous les épargnants. Pour ceux qui ont placé une somme de moins de 3 000 L.E., ils percevront tout leur argent, pour ceux qui ont déposé entre 3 000 et 6 000 L.E., ils ne récupéreront que 3 000 L.E., et ceux qui ont épargné des sommes importantes ne toucheront que 40 % en espèce, sans compter les 10 % rendus en l'an 2000 sous forme d'articles, et ce pour arriver à un remboursement total de 50 % à tous les épargnants.


Inquiétude et satisfaction

Devant la banque, les agents de sécurité essayent d’établir l'ordre. Il fait chaud et les gens commencent à s'impatienter. Ils se demandent si cette attente va les récompenser ou les décevoir. Commence alors l'appel par ordre alphabétique des épargnants. La file de gens avance à pas de fourmi. Papiers en main, les oreilles tendues pour pouvoir entendre la voix du fonctionnaire qui lance les noms et les numéros des ayants droits. L'angoisse se lit sur tous les visages. « Pas la peine de pleurer pour un lait qui s'est renversé. L'argent qu'on vient de me rembourser suffirait à peine à couvrir les cours particuliers, la facture du portable, l'électricité et les besoins alimentaires d’un mois », dit Hassan qui vient de toucher 2 000 L.E. alors qu'il avait placé 5 000 dollars. En fait, la banque n'a pas tenu compte du cours des changes actuel. Elle a fixé le prix du dollar à 1,35 pt. Pire encore, ceux qui ont déposé de l'argent en devises seront remboursés en L.E. « Ils nous ont fait attendre toutes ces longues années et les voilà en train de nous humilier avec ces longues files d'attente. Nous ne sommes pas contre ce taux de remboursement qu'ils ont imposé, mais c'est la lenteur bureaucratique qui nous tue. Il est navrant de les voir encore travailler de façon rudimentaire, utilisant des listes manuscrites ! », se plaint Mona, 55 ans, qui avait placé son argent à la société Al-Chérif. Le banquier l'appelle par son nom, soulagée elle avance vers le guichet. Mais à la grande déception de Mona, il lui fait savoir qu'elle ne pourra toucher aucun sou car son argent est mis sous saisie. Elle demande des explications, essaie de convaincre le fonctionnaire qu'il s'agit d'une erreur en lui remettant les papiers nécessaires. Rien à faire, il ne veut rien comprendre. Une grande peur s'empare d’elle. Ce n'est qu'au bout de deux jours que la banque lui fait savoir qu'il y a eu erreur entre deux noms. Un soulagement pour Mona, qui percevra 40 % de son argent. Cependant, le taux de change dérisoire du dollar, l'encombrement devant les guichets et la ressemblance entre les noms ne sont pas les seuls tracas. D'autres problèmes sont venus s'ajouter tels que la mort d'un ayant droit ou la perte de papiers.

Selon les responsables des banques, ces problèmes sont apparus durant la première semaine du remboursement. Aujourd'hui, les banques se sont mieux organisées et il n'y a plus autant d'affluence. « La perte des papiers et les erreurs de noms ont été résolues grâce à la première liste à laquelle se réfère actuellement la banque », explique Mohamad Abdel-Ati, directeur du département de contrôle à la banque Al-Ahli tout en ajoutant que le nombre de décès des ayants droits s'est avéré plus important. Un fait qui a provoqué la ruée des héritiers, pensant que le remboursement serait facile. Cependant, Abdel-Ati assure que les avocats de chaque banque ont pu résoudre facilement ce genre de problème et tranquilliser les héritiers, qui ne possèdent pas de papiers originaux. Les cris de joie se mêlent aux pleurs et les sourires s'esquissent après de longues années d'attente. Si les uns sont satisfaits, d'autres s'interrogent : « La décision du gouvernement de rembourser la moitié de l'argent placé prouve que l'actif des sociétés suffisait largement pour rembourser tout le monde. Et même si ce n'était pas le cas, les intérêts accumulés durant les 16 ans suffiraient à cela. Pourquoi le gouvernement insiste-t-il à nous rembourser au compte-gouttes alors qu'il promet que tout sera réglé d'ici 2005 ? », s'interroge Mohamad Fouad, l'un des épargnants à Al-Rayyane.

Or, si certains dépositaires sont chanceux parce qu'ils ont réussi à récupérer une partie de leur argent, d'autres ne le sont pas, notamment ceux qui ont transformé leur capital en actions fictives pour faire plus de gains. Mohamad Abdel-Latif, haut fonctionnaire à la retraite, a déposé 20 000 dollars à la société Al-Hoda. Il a acheté l'action à 100 dollars, mais n'a rien perçu malgré les différentes interventions. Après la décision du gouvernement de rembourser les 40 %, Mohamad, ainsi que des milliers de gens, ont pensé pouvoir récupérer leurs économies. Mais ils ont reçu un grand choc : les propriétaires des actions illusoires n'ont le droit à rien. La seule réponse obtenue est que le paiement de ces actions est remis aux calendes grecques.

Chahinaz Gheith

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