| La
tension est montée d'un cran cette semaine entre l'Etat et la
confrérie interdite mais tolérée des Frères musulmans. 55 cadres
ont été arrêtés dimanche dernier à l'aube lors d'une rafle menée
par les services de sécurité dans sept gouvernorats, dont Le
Caire, Ménoufiya, Daqahliya et Alexandrie. Parmi eux des médecins,
des ingénieurs et des fonctionnaires. Ils ont tous été placés
en détention provisoire pour une durée de 15 jours. Selon le
ministère de l'Intérieur, les individus en question ont tenu
plusieurs réunions secrètes en vue de relancer le mouvement.
Toujours selon le ministère, les Frères ont essayé de collecter
des dons de l'étranger en contactant par Internet des organisations
caritatives internationales et de créer des camps d'entraînement
pour leurs éléments à l'étranger afin de les envoyer par la
suite dans les zones de conflit comme l'Iraq, la Palestine et
la Tchétchénie.
C'est
la première fois en un an qu'une campagne d'une telle ampleur
est menée contre les Frères en Egypte. « C'est une escalade
contre nous. Ce qui s'est passé est inadmissible »,
dénonce un communiqué émis par la confrérie dont le site Internet
a été interrompu sur ordre des autorités. « Cette campagne
coïncide avec la campagne féroce lancée par les Etats-Unis dans
la région (...). La situation actuelle exigerait pourtant une
solidarité entre les régimes arabes et toutes les forces politiques
avec à leur tête les Frères musulmans », précise
leur communiqué.
Des
policiers ont effectué une descente dans le bureau de l'entreprise
d'où était diffusé le site. Ils ont saisi tout le matériel et
arrêté le directeur de la société, selon les dirigeants des
Frères musulmans. La police a perquisitionné des domiciles,
des bureaux et des sociétés où travaillaient des membres de
la confrérie.
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Cette
campagne d'arrestation à grande échelle intervient au moment
où il est question pour le gouvernement de mettre en place des
réformes politiques prévoyant notamment une plus grande liberté
pour les partis politiques et la société civile. C'est d'ailleurs
dans ce contexte que l'Etat envisage en ce moment la suppression
de la loi sur l'Etat d'urgence promulguée après l'assassinat
de l'ancien président Anouar Al-Sadate en 1981. En réalité,
la campagne gouvernementale contre les Frères fait figure de
mise en garde. L'Etat veut faire comprendre à la confrérie qu'elle
constitue toujours un groupe illégal et qu'il n'est en aucun
cas envisageable de lui accorder une plus grande marge de manœuvres
dans le cadre des réformes attendues. C'est dans ce même ordre
d'idées que les Frères ont été récemment exclus du dialogue
national lancé au début de l'année courante à l'initiative du
Parti National Démocrate (PND) au pouvoir, et visant à entamer
un débat entre les différents partis sur les questions d'intérêt
national.
Mais
ce n'est pas tout. Les Frères musulmans ont été particulièrement
actifs au cours des derniers mois dans les universités mais
aussi sur la scène syndicale. Ils ont participé récemment à
des manifestations de soutien aux peuples iraqien et palestinien
et contre l'hégémonie américaine. D'autre part, la campagne
d'arrestations survient quatre mois seulement après l'avènement
de Mohamad Mahdi Akef à la tête de la confrérie, après la mort
de l'ancien guide Maamoun Al-Hodeibi. Akef a œuvré, depuis son
entrée en fonction en janvier dernier, en vue de relancer le
mouvement des Frères et d'imposer la confrérie en tant qu'acteur
viable sur la scène politique, ce qui bien évidemment n'est
pas du goût de l'Etat. A cet égard, les arrestations de dimanche
dernier constituent un message ferme adressé au nouveau guide
de la confrérie. Akef avait annoncé début mars dernier une initiative
de réformes reconnaissant la nécessité de l'alternance politique
et réclamant le droit de former des partis politiques ainsi
que le retrait de l'armée de la vie politique et la limitation
des pouvoirs du président de la République.
Mais
le ministre de l'Intérieur, Habib Al-Adeli, avait jugé inacceptable
cette initiative, soulignant qu'elle émanait d'un groupe qui
ne bénéficie pas d'un statut légal.
La
confrérie des Frères musulmans a été créée en 1928. Son objectif :
la création d'un Etat islamique qui applique les lois de la
charia. Traqués par l'Etat et se trouvant dans l'incapacité
de fonder un parti politique, les Frères musulmans, qui disposent
de 16 députés au Parlement sur 454, sous la bannière d'« indépendant »,
tentent en vain de desserrer l'étau imposé autour d'eux par
l'Etat. « Nous ne savons pas ce que l'Etat veut au juste.
S'il a l'intention de mettre en place des réformes, alors toutes
les forces politiques doivent en profiter. Si l'Etat veut nous
transmettre un message, il n'a qu'à s'adresser à nous au lieu
de recourir à ces moyens inadmissibles. Nous avons déjà eu des
discussions avec l'Etat et nous nous sommes compris »,
lance Mahdi Akef. Le ministère de l'Intérieur insiste lui sur
le caractère illégal de la confrérie. Pour lui, les Frères cherchent
à s'emparer du pouvoir par des moyens illégitimes et sous le
couvert de la religion. |