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| Iraq
. L'assassinat lundi du président
en exercice du Conseil de gouvernement provisoire confirme la
dégradation de la situation sécuritaire, d'autant plus qu'il
intervient à quelques semaines de la date prévue pour le transfert
de souveraineté aux Iraqiens. |
Dans
l'engrenage de la violence |
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La
violence est montée d'un cran cette semaine en Iraq avec la
mort lundi du président en exercice du Conseil de gouvernement
provisoire iraqien, Abdel-Zahra Osmane Mohammad, dit Ezzeddine
Salim, tué dans un attentat à la voiture piégée lundi à l'entrée
de la Zone verte, siège du QG de la coalition à Bagdad, selon
deux responsables politiques iraqiens. Selon la coalition, l'attentat
avait fait dix morts, tous Iraqiens, et six blessés, dont deux
grièvement. Deux soldats américains ont également été blessés
dans l'explosion. Il s'agit du deuxième membre du Conseil de
gouvernement à être tué de manière violente. En septembre 2003,
Mme Akila Hachémi avait été tuée dans une attaque alors qu'elle
sortait de chez elle à Bagdad.
Ezzeddine Salim a été immédiatement remplacé
par Ghazi Ajil Al-Yaouar, un chef tribal sunnite, qui devait
prendre ses fonctions en juin. « Mais à la suite de
la mort d'Ezzeddine Salim, il les prend immédiatement »,
a déclaré le porte-parole de l'exécutif Hamid Al-Kifaï.
La mort du responsable iraqien survient en
outre à 43 jours du transfert de pouvoirs prévu le 30 juin à
un gouvernement intérimaire iraqien. Il intervient donc dans
un contexte politique et sécuritaire particulièrement délicat,
alors que sont engagées des négociations pour aboutir à la formation
d'un nouvel exécutif provisoire iraqien, censé gérer le pays
à partir du 30 juin prochain. Réagissant à l'attentat, l'administrateur
civil américain en Iraq, Paul Bremer, a déclaré que « les
terroristes qui cherchent à détruire l'Iraq ont porté un coup
cruel avec cet acte vil. Mais ils seront vaincus ».
Le ministre iraqien des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari,
a déclaré en Jordanie que cet acte « renforcera notre
détermination » à recouvrer la souveraineté.
Toutefois, le transfert de souveraineté devient
de plus en plus problématique. A quelques semaines de ce transfert,
les Etats-Unis ont réaffirmé par la voix de Condoleezza Rice,
la conseillère pour la sécurité nationale du président George
W. Bush, que leurs troupes allaient rester en Iraq « jusqu'à
ce que le travail soit achevé ». Mais, selon une source
officielle britannique de haut rang citée par le quotidien conservateur
britannique Le Times de lundi, Londres et Washington
sont en train d'élaborer une « stratégie »
qui permettrait aux troupes de la coalition de quitter l'Iraq
« aussitôt que possible ». « Nous n'allons
pas nous enfuir. Mais le but est d'élaborer une stratégie qui
permette aux Iraqiens de prendre contrôle (de leur sécurité)
aussi vite que possible et nous permette de partir aussitôt
que possible », a déclaré cette source citée anonymement,
qui parle également de « changement de vitesse »
décidé par Londres et Washington en ce qui concerne le scénario
de retrait des troupes de la coalition.
Pour ce qui est de la force multinationale,
le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a
indiqué lundi que cette force, qui devrait prendre en charge
la sécurité en Iraq après le 30 juin, comprendra probablement
des pays arabes. « Je pense qu'il sera question d'une
force multinationale dans laquelle resteront les soldats américains
et des autres pays de la coalition. A ceux-ci s'ajouteront probablement
des contingents d'autres pays, arabes notamment »,
a indiqué M. Lavrov à son retour de Washington où il a participé
à une réunion des ministres des Affaires étrangères du G8 (les
pays les plus industrialisés). La force multinationale autorisée
par l'Onu, dont le déploiement est envisagé en Iraq après la
remise du pouvoir aux Iraqiens fin juin, sera sous commandement
américain.
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Le sud et le centre s'enflamment
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L'attentat de Bagdad intervient également alors
que le sud et le centre de l'Iraq se sont enflammés avec l'intensification
des affrontements entre les miliciens du jeune leader chiite
radical, Moqtada Sadr, et les forces de la coalition, faisant
au moins 16 morts. A Nassiriyah, ville chiite du sud de l'Iraq,
les affrontements entre carabiniers italiens et ces miliciens
de l'Armée du Mehdi ont fait dans la nuit de dimanche à lundi
neuf tués, des civils et miliciens, et 14 blessés. Un des six
militaires italiens blessés dans les combats de Nassiriyah est
décédé dans la nuit.
La situation est également tendue à Kerbala,
ville sainte chiite à 110 km au sud de Bagdad, au moins cinq
miliciens radicaux ont été tués et 32 autres blessés dans des
échanges de tirs durant la nuit de dimanche à lundi entre soldats
de la coalition et partisans de Moqtada Sadr, selon une source
médicale de la ville du centre de l'Iraq. Une colonne de chars
de la coalition avait fait dimanche une incursion dans le cœur
de la ville, dans un secteur où se trouvent les miliciens, s'arrêtant
brièvement devant les mausolées de l'imam Hussein et de l'imam
Abbass. En outre, au sud de Bagdad, un soldat américain a été
mortellement blessé dimanche et deux autres blessés dans un
échange de tirs, selon un communiqué militaire américain lundi.
Cette mort porte à 783 le nombre de soldats américains tués
au combat ou accidentellement en Iraq depuis le déclenchement
de la guerre en mars 2003.
L'insécurité persistante, les décès de soldats
américains et les difficultés qui entravent le transfert de
souveraineté mettent à mal la coalition, toujours éclaboussée
par le scandale des sévices infligés aux détenus iraqiens. De
nouvelles accusations ont été lancées dimanche contre les dirigeants
du Pentagone dans ce scandale. Selon un article du New Yorker
signé par le journaliste réputé qui a révélé le scandale avec
la chaîne CBS, les sévices infligés à des détenus iraqiens
par des militaires américains dans la prison d'Abou-Gharib ont
été la résultante d'une décision approuvée secrètement en 2003
par le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld lui-même, par
son adjoint Paul Wolfowitz et par le chef de l'état-major interarmes,
Richard Myers. Ils auraient autorisé l'envoi dans les prisons
iraqiennes d'une unité secrète des services de renseignement
de l'armée, dont les membres opéraient sous de fausses identités
et pratiquaient des méthodes d'interrogatoire coercitives.
Le Pentagone a démenti ces informations, mais
des parlementaires influents ont indiqué dimanche leur volonté
d'établir les responsabilités dans le scandale. En déplacement
en Jordanie, le secrétaire d'Etat, Colin Powell, a estimé important
de « faire la lumière » sur cette affaire.
Il a par ailleurs déclaré que les Etats-Unis accepteraient tout
gouvernement iraqien, même théocratique, qui serait issu d'élections
démocratiques. « Nous devrons accepter ce que le peuple
iraqien choisira », a-t-il dit à la chaîne de télévision
NBC. Cette prise de position marque un revirement dans
la politique du gouvernement américain, qui a jusqu'ici combattu
toute tentative des dirigeants religieux chiites en Iraq de
suivre les pas de leurs coreligionnaires iraniens. Reste à savoir
s'il s'agit d'un véritable revirement ou d'une simple manœuvre
des Etats-Unis pour redorer leur image ternie par l'affaire
des sévices.
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Abir
Taleb |
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